Nuits sans lune à Maubeuge

Lorent La lumière noire

La lumière noire

Auteur : Pas­cal Lorent

Mai­son d’édition : Weyrich

Col­lec­tion : Plumes du coq

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 350

Prix : 23,50 €

Livre numérique : /

ISBN : 9782390770138

Une femme âgée morte dans l’incendie de sa mai­son, un enseignant poignardé au porte-plume à la fin d’une soirée de ren­con­tre avec les par­ents. C’est déjà beau­coup pour la brigade qui a rapi­de­ment classé sans suite le pre­mier fait il y a quelques mois, faute d’indices per­me­t­tant de croire à un acte crim­inel. Au sein de l’équipe, les hypothès­es s’affrontent et l’une tente de s’imposer, celle d’actes isolés, la mort de l’enseignant étant rac­crochée à l’agissement d’un dji­hadiste tel que celui qui s’en était pris à Samuel Paty.

Pas de quoi con­va­in­cre vrai­ment le cap­i­taine Genaro qui con­nait les pen­chants islam­o­phobes et insup­port­a­bles de son col­lègue et qui ne croit pas à cette piste. Lorsque l’on retrou­ve le corps de deux jeunes pen­dus aux grilles du zoo de Maubeuge, l’émotion est à son comble. C’est alors que débar­que Hugues Ballinger, enquê­teur de l’Office Cen­tral des Crimes qui vient prêter main forte à l’équipe. En lui, Genaro va trou­ver un coéquip­i­er pré­cieux avec qui repren­dre les enquêtes à zéro : retour sur les lieux des crimes, inter­roga­toire du voisi­nage, explo­ration de toutes les sources pos­si­bles d’information, notam­ment les réseaux rela­tion­nels des vic­times qui sont étab­lis dans le détail. La démarche est lente, elle néces­site du temps. Le juge fait pres­sion sur la police pour avoir des résul­tats à présen­ter publique­ment, mais le mys­tère résiste. Au fil des jours, l’intuition de l’existence d’un lien entre ces morts mis­es en scène gagne en force. Des noms appa­rais­sent en périphérie de tous les dossiers, comme celui d’un homme introu­vable proche d’une famille dont le père se donne les apparences d’un être pieux et dévoué, dévasté par la mort de son fils et de sa femme. Il faut chercher encore, et sans relâche. Et quand le dernier fil de l’enquête est dénoué, il s’impose de faire très vite, car plusieurs vies sont men­acées.

Pas­cal Lorent nous a don­né une deux­ième enquête de bonne fac­ture à l’écriture vive et soignée. Ses per­son­nages sont cam­pés avec soin, il nous per­met de ren­tr­er dans leurs vies tour­men­tées, nous partage généreuse­ment leurs états d’âme en mou­ve­ments. Chaque étape de La lumière noire est l’occasion d’entrouvrir la porte d’univers dis­tincts, avec leurs cul­tures pro­pres — cité sociale, zoo, école, paroisse — qui nous sont livrés avec un sens du détail qui fait mouche. L’auteur, jour­nal­iste poli­tique au quo­ti­di­en Le Soir, assor­tit son réc­it de réflex­ions sur notre société, sur les men­tal­ités et les désor­dres du monde. Comme dans Retour à Anvie, où nous fai­sions la con­nais­sance de Ballinger, il s’intéresse aux rus­es qui per­me­t­tent aux humains de ren­dre la vie et la mort moins cru­elles, nous entrainant dans la fraicheur des églis­es et l’arrière-boutique d’une diseuse de bonne aven­ture. Et il met le doigt sur les mécan­ismes sub­tils qui com­man­dent le silence, dans les voisi­nages et au sein des familles, lorsqu’un proche fran­chit les inter­dits fon­da­men­taux et laisse libre cours au désir de vengeance, se lais­sant emporter dans une spi­rale sans fin.

Thier­ry Deti­enne