
Une femme âgée morte dans l’incendie de sa maison, un enseignant poignardé au porte-plume à la fin d’une soirée de rencontre avec les parents. C’est déjà beaucoup pour la brigade qui a rapidement classé sans suite le premier fait il y a quelques mois, faute d’indices permettant de croire à un acte criminel. Au sein de l’équipe, les hypothèses s’affrontent et l’une tente de s’imposer, celle d’actes isolés, la mort de l’enseignant étant raccrochée à l’agissement d’un djihadiste tel que celui qui s’en était pris à Samuel Paty.
Pas de quoi convaincre vraiment le capitaine Genaro qui connait les penchants islamophobes et insupportables de son collègue et qui ne croit pas à cette piste. Lorsque l’on retrouve le corps de deux jeunes pendus aux grilles du zoo de Maubeuge, l’émotion est à son comble. C’est alors que débarque Hugues Ballinger, enquêteur de l’Office Central des Crimes qui vient prêter main forte à l’équipe. En lui, Genaro va trouver un coéquipier précieux avec qui reprendre les enquêtes à zéro : retour sur les lieux des crimes, interrogatoire du voisinage, exploration de toutes les sources possibles d’information, notamment les réseaux relationnels des victimes qui sont établis dans le détail. La démarche est lente, elle nécessite du temps. Le juge fait pression sur la police pour avoir des résultats à présenter publiquement, mais le mystère résiste. Au fil des jours, l’intuition de l’existence d’un lien entre ces morts mises en scène gagne en force. Des noms apparaissent en périphérie de tous les dossiers, comme celui d’un homme introuvable proche d’une famille dont le père se donne les apparences d’un être pieux et dévoué, dévasté par la mort de son fils et de sa femme. Il faut chercher encore, et sans relâche. Et quand le dernier fil de l’enquête est dénoué, il s’impose de faire très vite, car plusieurs vies sont menacées.
Pascal Lorent nous a donné une deuxième enquête de bonne facture à l’écriture vive et soignée. Ses personnages sont campés avec soin, il nous permet de rentrer dans leurs vies tourmentées, nous partage généreusement leurs états d’âme en mouvements. Chaque étape de La lumière noire est l’occasion d’entrouvrir la porte d’univers distincts, avec leurs cultures propres — cité sociale, zoo, école, paroisse — qui nous sont livrés avec un sens du détail qui fait mouche. L’auteur, journaliste politique au quotidien Le Soir, assortit son récit de réflexions sur notre société, sur les mentalités et les désordres du monde. Comme dans Retour à Anvie, où nous faisions la connaissance de Ballinger, il s’intéresse aux ruses qui permettent aux humains de rendre la vie et la mort moins cruelles, nous entrainant dans la fraicheur des églises et l’arrière-boutique d’une diseuse de bonne aventure. Et il met le doigt sur les mécanismes subtils qui commandent le silence, dans les voisinages et au sein des familles, lorsqu’un proche franchit les interdits fondamentaux et laisse libre cours au désir de vengeance, se laissant emporter dans une spirale sans fin.
Thierry Detienne