Le Clan des Sept 

”Nihoul

Le club des assassins

Auteur : Arnaud Nihoul

Mai­son d’édition : Genèse édi­tion

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 190

Prix : 22,50 €

Livre numérique : /

EAN : 9782382011003

Dans ses qua­tre pre­miers romans, Arnaud Nihoul avait esquis­sé un sil­lon orig­i­nal, choi­sis­sant pour décors des îles bri­tan­niques. Ain­si Caitlin (Prix Saga Café du meilleur pre­mier roman belge) évo­quait une dis­pari­tion mys­térieuse à Lag­gan Island, à l’ouest de l’Écosse ; Clay­more, un meurtre dans une dis­til­lerie de whisky… Sur­prise ! Le club des assas­sins pré­cip­ite le lecteur à Paris, au musée du Lou­vre…

Un début de thriller

Une vis­ite guidée avant l’ouverture, con­sacrée à la Joconde. Stu­peur ! Le tableau a été volé, rem­placé par une copie de Duchamp : « le vis­age de Mona Lisa était grat­i­fié d’une mous­tache et d’un bouc » ! Et les ser­vices spé­ci­aux de la police, du musée, de l’État de met­tre en place un plan d’intervention : traçage (grâce à une puce insérée dans le cadre), fer­me­ture de l’ile de Saint-Louis, etc.

Une suite policière

Un deux­ième fil s’insère. Par­mi les blo­qués, un juge à la retraite doit recevoir d’autres habi­tants de l’ile Saint-Louis, trois hommes et trois femmes, pour la ren­con­tre heb­do­madaire du Club des assas­sins, des pas­sion­nés de lec­tures poli­cières. L’octogénaire est en ébul­li­tion. Il a fait une décou­verte, en rap­port avec une affaire mal résolue de sa fin de car­rière, et celle-ci touche un de ses invités.

Ceux-ci, nous allons les décou­vrir un par un, sur les lieux de leurs activ­ités, tous entre­prenants et tal­entueux : une libraire, un restau­ra­teur, un acteur et directeur de théâtre, une galeriste, une créa­trice de par­fums, un prêtre, à un moment bas­cule de son exis­tence.

L’auteur pour­suit le tour de table des futurs pro­tag­o­nistes avec le com­man­dant Abel Saint-Yves et la lieu­tenante Mor­gane Calissier : lui, l’allure suran­née mais sophis­tiquée, la dif­férence d’âge bril­lante et ras­sur­ante ; elle, toute aus­si intel­li­gente mais trop char­mante et sexy.

Coup de ton­nerre ! Les autorités annon­cent le sui­cide du juge, sur­venu lors de la réu­nion du Club, et veu­lent envoy­er Saint-Yves et Calissier sur place. Il leur fau­dra franchir le blo­cus et s’en accom­mod­er.

Tous les ingré­di­ents d’un cock­tail tonique sont rassem­blés. Reste à sec­ouer le tout !

Un hommage au genre

Plus le réc­it avance, plus le fil intro­duc­tif du vol de la Joconde recule. Comme s’il s’était unique­ment agi de créer des con­di­tions hors du com­mun, avec une mise en abyme dans la mise en abyme. C’est que… L’affaire crim­inelle en cours s’ap­par­ente vite à un cas de meurtre dans un lieu « her­mé­tique­ment clos » (bib­lio­thèque fer­mée à clé). Et led­it huis-clos se dou­ble d’un autre, à l’échelle de l’ile Saint-Louis. Qui a des con­séquences tech­niques : les policiers et les sus­pects se retrou­vent con­finés tous ensem­ble. Troisième huis-clos !

S’infiltre l’idée qu’Arnaud Nihoul la joue défi, s’imposant un réc­it élaboré en hom­mage au genre polici­er :

Dans les années 1840, à l’Hôtel de Lauzun, le médecin More­au de Tours fon­da un cer­cle sin­guli­er : le Club des Haschischins, un groupe d’intellectuels fascinés par les effets du haschisch. 

Un endroit très prisé : Baude­laire, Delacroix, Balzac, Ner­val, Hugo, Dumas ou Gau­ti­er, qui allait écrire Le club des haschischins. Des références qui ren­voient à d’autres, médié­vales, vers le mythique « Vieux de la Mon­tagne », la citadelle d’Alamut où ont été con­nec­tées les idées de meurtre et de haschisch.

Les balis­es du genre défi­lent. Les glo­rieux ancêtres : Poirot et Agatha Christie, Poe et Ler­oux, Mai­gret et Stee­man… Puis les con­tem­po­rains… Mais, à trop citer… Le lecteur gourmet se dira peut-être : « Génial de citer Wilkie Collins, qui a inven­té le thriller et le roman polici­er, mais où sont Lecocq et J.D. Carr ? » Ou alors : « Étrange de citer le for­maté Dick­er plutôt qu’un Ell­roy… »

D’autres composantes du texte

Arnaud Nihoul utilise des phras­es sou­vent cour­tes, tou­jours sobres, au ser­vice de la nar­ra­tion. Il y a peu d’action, car celle-ci se situe hors-champ, avant les scènes, suiv­ant une théorie sur le genre polici­er trans­mise par la libraire :

(…) c’est dans la réac­tion des pro­tag­o­nistes que réside toute la saveur de ces romans. 

Est-ce à dire que le polici­er serait davan­tage psy­chologique que cérébral ? Ce qui est sûr : l’auteur priv­ilégie la rela­tion de ses deux enquê­teurs, et ceux-ci sont à la fois des super-héros et des incom­pris mar­gin­al­isés (l’un trop orig­i­nal, l’autre trop jolie pour être pris au sérieux).

Conclusions ?

Avec Le club des assas­sins, Arnaud Nihoul déploie des atouts para­dox­aux, et donc une note orig­i­nale : il installe une con­for­mité mais en dévoile les lim­ites et les ren­verse ; le crime cède devant les rap­ports humains, la néces­sité de la bien­veil­lance et du partage.

Philippe Remy-Wilkin