Archives par étiquette : Paris

Ose réaliser tes rêves

Hakim BENBOUCHTA, Le bil­let de cinq, Istya & Cie, 2025, 220 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑88944–268‑3

benbouchta le billet de cinqLe nou­veau roman de Hakim Ben­bouch­ta est un réc­it poly­phonique qui donne la parole aux qua­tre héros qui ne se con­nais­sent pas, mais vont avoir en main le même bil­let de cinq euros écorné, ils vont se crois­er suc­cincte­ment sans le savoir.

Nous suiv­ons d’abord Louis, un jeune tri­somique de 22 ans qui a été élevé de façon aus­si nor­male que pos­si­ble par ses par­ents. Son père lui offre une place pour assis­ter à la Coupe de France à Paris, mais il se déchire les lig­a­ments croisés la veille et est obligé d’annuler leur expédi­tion. Louis ne peut se résoudre à laiss­er pass­er cet événe­ment his­torique, il pré­pare alors méthodique­ment son itinéraire et décide de par­tir seul dans la Ville Lumière pour assis­ter au match de foot­ball. Sans s’en ren­dre compte, il se lance dans une jun­gle où de mul­ti­ples périls rôdent autour de lui. Arrivera-t-il à se débrouiller seul et à assis­ter au match de ses rêves sans être lésé ? Con­tin­uer la lec­ture

Jardin du Palais-Royal à Paris : flâner en poésie

palais-royal

Ce 18 juin, dans le cadre du Marché de la poésie, seront inau­gurées dans le jardin du Palais-Roy­al à Paris trois œuvres d’art pub­lic qui met­tent à l’honneur la poésie, et en par­ti­c­uli­er la poésie fran­coph­o­ne. Elles sont signées du Québé­cois Michel Goulet et du Français François Mas­sut. Con­tin­uer la lec­ture

La révoltée

Kate MILIE, Femme vue de dos, 180° édi­tions, 2024, 167 p., 18 €, ISBN : 978–2‑9407–2141‑2

milie femme vue de dos« Un édi­teur m’a pro­posé d’écrire un livre sur la con­di­tion des femmes à la fin du XIXe siè­cle. » La voix, au télé­phone, chaleureuse, par­le de lib­erté dans le traite­ment ; Kate Milie, dans un souf­fle, portée par un élan, s’entend acqui­escer. Pour­tant, les délais de remise sont courts, le refus pos­si­ble, la rémunéra­tion passée sous silence. Mais, le soir même, une pos­si­bil­ité d’investir un stu­dio en sous-loca­tion, dans le bas de Mont­martre, se présente. Syn­chronic­ité jungi­en­ne et signe du des­tin ? Voilà notre autrice en route vers Paris, la Belle Époque et l’aventure. Con­tin­uer la lec­ture

Winter is coming !

Un coup de cœur du Car­net

Mimosa EFFE, Les traîtres, Ker, 2024, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8758–6472‑7

effe les traitresLa nuit est froide pour un mois de juin. Elle regrette de ne pas avoir pris de veste. Elle regarde l’heure sur son télé­phone. 00h52. Elle voit aus­si un mes­sage de Marc. « Appelle-moi, je m’inquiète. » Elle sourit ; évidem­ment qu’il s’inquiète. Elle monte sur le petit pont au-dessus du canal. L’éclairage est faible, mais elle peut tout de même observ­er l’eau du canal Saint-Mar­tin et les graf­fi­tis sur les quais. 

Leçon d’efficacité nar­ra­tive ! Les traîtres nous hap­pent d’emblée, tant la langue de Mimosa Effe est sobre et vive, ferme et légère, tout à la fois, des allures de cray­on­né à la Hugo Pratt. Con­tin­uer la lec­ture

Le devenir des idoles

Car­o­line DE MULDER, Bye Bye Elvis, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 326 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–590‑2
Un dossier péd­a­gogique accom­pa­gne la sor­tie du livre. À télécharg­er gra­tu­ite­ment (pdf).

de mulder bye bye elvis espace nordLa per­son­nal­ité d’Elvis Pres­ley est para­doxale. L’idole adulée par des fans sou­vent hys­tériques, le per­son­nage hyper médi­atisé, inau­gure une voie orig­i­nale dans le paysage cul­turel améri­cain. Mais sa vie privée est un désas­tre. La notoriété et la richess­es venues si vite ne peu­vent lui faire oubli­er le pau­vre qu’il était. Il reste dans une rela­tion fusion­nelle avec sa mère et dans le sou­venir de son jumeau mort à la nais­sance. Le per­son­nage est donc com­plexe. Dans Bye Bye Elvis, Car­o­line De Mul­der tire par­ti des nom­breuses zones d’ombre de la vie et de la car­rière du chanteur et acteur, pour com­pren­dre ce qui peut expli­quer le devenir des idol­es. Con­tin­uer la lec­ture

Street views

Guy GOFFETTE, Paris à ma porte, Gal­li­mard, 2023, 67 p., 14 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑07–302101‑4

Qu’importe le temps quand on aime
Voilà pourquoi je me promène

goffette paris a ma porteLors de son entrée, en antholo­gie, dans la belle col­lec­tion Espace Nord (L’oiseau de craie, févri­er 2023), Guy Gof­fette don­nait, à titre d’inédits, une poignée de poèmes ludiques et urbains sous le nom de Paris à ma porte. De quoi éveiller la curiosité d’une Bel­gique chez qui s’invitaient pour l’occasion, et en exclu­siv­ité, les venelles du Ier arrondisse­ment de Paris. Le priv­ilège de cet échan­til­lon devait être de courte durée, et le client fidèle peut aujourd’hui redé­cou­vrir ces textes promet­teurs dans leur milieu naturel, entourés de leurs sem­blables, sous l’indémodable cou­ver­ture blanche de Gal­li­mard. Con­tin­uer la lec­ture

Paris : inauguration du buste de Verhaeren restauré

emile verhaeren buste

Le buste d’Emille Ver­haeren, square André Lefèvre à Paris

Un buste du poète belge Emile Ver­haeren orne le square André Lefèvre, dans le 5e arrondisse­ment de Paris. Dû au sculp­teur César Schroevens, il a, comme d’autres mon­u­ments, subi les rav­ages du temps.  Con­tin­uer la lec­ture

Christian Dotremont et Régine Raufast, « jockey du vent »

Un coup de cœur du Car­net

Chris­t­ian DOTREMONT, La reine des murs suivi de Let­tres de Chris­t­ian Dotremont à Régine Rau­fast, Illus­tra­tions de Pierre Alechin­sky, Post­face de Stéphane Mas­sonet, Fata Mor­gana, 2022, 88 p., 15 €, ISBN : 978–2‑37792–117‑1

dotremont la reine des mursLes édi­tions Fata Mor­gana nous don­nent à lire ou à redé­cou­vrir une pépite poé­tique et amoureuse sculp­tée par Chris­t­ian Dotremont au début des années 1940. Alors qu’âgé de dix-neuf ans, il gagne Paris afin de rejoin­dre les sur­réal­istes, il fait en 1941 la ren­con­tre fra­cas­sante de la poétesse Régine Rau­fast qui devien­dra sa « Nad­ja ». L’amour incan­des­cent, illim­ité, explosif a pour nom Régine, à l’époque amante de Raoul Ubac, qu’il fréquentera durant deux ans sous la lumière du parox­ysme. Dans le poème La reine des murs, tout n’est qu’élan, vibra­tions d’un feu intérieur plus âpre que celui cour­tisé par Bre­ton. Davan­tage qu’une muse inspi­ra­trice, la jeune femme est une révéla­tion exis­ten­tielle, l’incarnation d’un amour impos­si­ble placé sous la magie du chiffre 23. « Je l’ai ren­con­trée le 23 avril 1941, à 5 heures, je l’ai quit­tée le 23 mars 1943, à 5 heures : 23 mois avaient passé. C’est à cause d’elle que je ne fais plus de poésies » écrit-il après le sui­cide en 1946 de celle qu’il surnom­mait, entre autres dénom­i­na­tions sai­sis­santes, la reine des murs. Con­tin­uer la lec­ture

Récupérer ses vaches

Nico­las HANOT, Les vach­es de mon­sieur Bur­bur, Edi­tions du Sablon, 2022, 304 p., 20 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782931112250

hanot les vaches de monsieur burburC’est un pro­jet de haute tenue que celui des édi­tions du Sablon. Quand Olivi­er Weyrich s’est lancé dans l’aventure, pour repub­li­er des ouvrages men­acés de dis­pari­tion et pro­pos­er de nou­veaux titres qui lui sem­blaient cohérents, il pre­nait le genre de risques qu’on aime voir pren­dre aujourd’hui, à une époque où l’on con­sacre la toute-puis­sance de l’écran et de la vitesse : faire de livres pour lier les gens. Les édi­tions du Sablon ont cette ambi­tion : met­tre en avant des plumes belges orig­i­nales et faire voy­ager les lecteurs en Europe à tra­vers des textes forts. Après Sem­poux, Deutsch, Basile et Wijck­aert notam­ment, les édi­tions du Sablon pub­lient un pre­mier roman haut en couleurs : Les vach­es de mon­sieur Bur­bur, de Nico­las Han­ot. Con­tin­uer la lec­ture

Déplacements et floraison

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine GUINARD, Autour de B., avec des pho­togra­phies de France Dubois, Unic­ité, 2021, 13 €, ISBN : 978–2‑37355–580‑6

guinard autour de b« […] et rien ne pour­rait rivalis­er mal­gré le poids du ciel et le chaos des routes, avec l’aptitude sin­gulière à creuser insen­si­ble­ment le sil­lon du renou­veau – la fraîcheur de l’eau du nord et l’entrebâillement des langues, des esprits et des corps tra­ver­sés même loin des côtes par l’eau salée. »

Après son dernier recueil poé­tique, le mer­veilleux Sténopé (édi­tions Unic­ité), Chris­tine Guinard nous revient avec un autre tout aus­si mer­veilleux (et très dif­férent) recueil, Autour de B., paru aux mêmes édi­tions. La qua­trième de cou­ver­ture développe le con­texte de l’écriture : « Autour de B. évoque le retrait inquié­tant mais splen­dide dans Brux­elles au print­emps 2020, entre déam­bu­la­tion intérieure et avène­ment d’une flo­rai­son lux­u­ri­ante. » Si le recueil est donc pleine­ment con­tex­tu­al­isé, il acquiert pour­tant, comme tou­jours chez Chris­tine Guinard, une dimen­sion intem­porelle. Con­tin­uer la lec­ture

Une rue à soi

Lydia FLEM, Paris Fan­tasme, Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siè­cle », 2021, 544 p., 24 €/ ePub : 16.99 €, ISBN : 9782021470031

flem paris fantasmeLa rue Férou est une petite rue parisi­enne, d’une dizaine d’immeubles à peine. Elle va de la Place Saint-Sulpice au Jardin du Lux­em­bourg. Sise aux con­fins de Saint-Ger­main-des-Prés méta­mor­phosé en marché du luxe, elle échappe à la marchan­di­s­a­tion et au tourisme inter­na­tion­al, bien que les roulettes des valis­es des voyageurs Airbnb y réson­nent par­fois. Tra­vail­lée par des ques­tions exis­ten­tielles (« Qu’est-ce qui donne le sen­ti­ment d’être chez soi quelque part ? D’habiter tout à la fois son corps, sa mai­son et le monde ? »), Lydia Flem, auteure de l’inoubliable Com­ment j’ai vidé la mai­son de mes par­ents, dans son dernier livre, Paris Fan­tasme, con­sacre à cette venelle une réflex­ive et inven­tive prom­e­nade his­tori­co-lit­téraire. Con­tin­uer la lec­ture

Marguerite : un moment suspendu dans le Paris des années 30

Joe PINELLI, Mar­guerite, Mar­tin de Halleux, 2020, 22 €, ISBN : 9782490393206

pinelli margueriteAvec Mar­guerite, Joe Pinel­li signe le sec­ond titre de la col­lec­tion « 25 images » des Édi­tions Mar­tin de Halleux. Le livre est une invi­ta­tion à la prom­e­nade menée par deux per­son­nages à la com­plic­ité amoureuse nais­sante dans un Paris en pleine ébul­li­tion. Com­posé de 25 images en noir et blanc, une par page, et sans textes, « tel qu’il a été défi­ni en 1918 par Frans Masereel pour son livre 25 images de la pas­sion d’un homme », l’album mon­tre la rela­tion tout intime d’une fleuriste et d’un pein­tre qui se croisent le 12 févri­er 1934 lors d’une journée de con­tes­ta­tion poli­tique mas­sive en faveur de la démoc­ra­tie. Con­tin­uer la lec­ture

La vie (près de) chez soi

William CLIFF, Le temps suivi de Notre-Dame, Table ronde, 2020, 128 p., 15 €, ISBN : 979–10-371‑0650‑6

Il est une des modal­ités de la lec­ture qu’Umberco Eco regret­tait mais esti­mait inévitable : le titre d’un livre s’avère presque tou­jours déjà une clef inter­pré­ta­tive. Ain­si se pré­pare-t-on, peut-être, à lire LE TEMPS suivi de NOTRE-DAME comme une réflex­ion philosophique ver­si­fiée (au regard de l’indication générique : Poésie) pro­longé d’un hom­mage à la cathé­drale parisi­enne dont la flèche et une par­tie du toit ont été détru­its il y a un an. Une fois le livre ouvert et six pages tournées, en décou­vrant que le titre dédié à la pre­mière et prin­ci­pale par­tie du recueil a per­du ses cap­i­tales (même à l’initiale) pour devenir le temps, on recadre. Con­tin­uer la lec­ture

Swinging Belleville rendez-vous

Ivan ALECHINE et Pierre ALECHINSKY, Belleville sur un nuage, Yel­low Now, coll. « Les car­nets », 2019, 114 p., 14 €, ISBN : 9782873404451

Alechine Alechinsky Belleville Yellow NowEn pho­to de cou­ver­ture, une Pon­ti­ac Parisi­enne qua­tre portes défraîchie, mod­èle fin des années 50, exhibe sa car­rosserie de paque­bot, sale­ment amochée aux ailes avant-arrière. Un immeu­ble tout aus­si décati, les fenêtres murées de béton, se main­tient comme il peut en arrière-plan. On ne voit pas le mot « Hôtel », mais la suite du let­trage donne son nom : « de l’Avenir ». Vis­i­ble­ment, ça ne lui a pas trop réus­si. Mais il n’y a pas que ce bâti­ment ni la lourde Améri­caine qui en ont pris un coup. Au milieu des années 60, tout le haut quarti­er de Belleville, dans le 20e arrondisse­ment de Paris, se trou­ve entre deux eaux : une longue réno­va­tion urbaine a com­mencé par la démo­li­tion d’ilots aban­don­nés ou insalu­bres, mais une grande par­tie du quarti­er est tou­jours con­sti­tuée d’habitations aux loy­ers guère coû­teux, de cabanons bran­lants, de petites rues, d’impasses, de cours et courettes, de jar­dinets imbriqués les uns dans les autres. « Paris était encore provin­cial, chaleureux et doux », écrit Ivan Ale­chine qui y a passé son enfance. « Les petits com­merces, l’artisanat pop­u­laire nous nour­ris­saient, une cer­taine idée de l’entraide entre gens d’une même rue sub­sis­tait. Il y avait des ponts entre le passé et le présent. Nous avions les pieds dans le XIXe siè­cle, le nez au vent du XXe. » Con­tin­uer la lec­ture

Un cœlacanthe devenu Orphée

Amélie NOTHOMB, Les prénoms épicènes, Albin Michel, 2018, 154 p., 17.50 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑226–43734‑1

Les prénoms épicènesPré­tex­tat, Astro­labe, Tex­tor, Déo­dat… : Amélie Nothomb soigne tou­jours les prénoms de ses per­son­nages. Et les choisit en général rares et sig­nifi­ants. On ne s’étonnera donc qu’à moitié que son nou­veau roman s’intitule Les prénoms épicènes. Pour celles et ceux qui sont fâché-e‑s avec les notions de gram­maire, « épicène » sig­ni­fie « qui a la même forme au mas­culin et au féminin ». Claude et Dominique, par exem­ple, sont des prénoms épicènes. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour au temps des attentats

Marc MEGANCK, Après nous les nuages, 180°, 2017, 124 p., 14 €, ISBN : 9782930427829

meganck nuages.png« J’ai eu peur. Pas pour moi. Sim­ple­ment peur de ne pas te revoir, de ne plus jamais humer ta part intime, ton île secrète – mourir en insu­laire est un pro­jet qui me cor­re­spond. » De sa petite cap­i­tale désen­chan­tée – enten­dez Brux­elles –, le nar­ra­teur s’adresse à sa belle qui vit dans la ville de toutes les lumières – Paris bien sûr.  La jonc­tion est douloureuse entre les deux grandes villes : les atten­tats qui les ont mar­quées fin 2015 et début 2016, bat­tant le tam­bour en marge de leur pas­sion. Con­tin­uer la lec­ture