Hakim BENBOUCHTA, Le billet de cinq, Istya & Cie, 2025, 220 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑88944–268‑3
Le nouveau roman de Hakim Benbouchta est un récit polyphonique qui donne la parole aux quatre héros qui ne se connaissent pas, mais vont avoir en main le même billet de cinq euros écorné, ils vont se croiser succinctement sans le savoir.
Nous suivons d’abord Louis, un jeune trisomique de 22 ans qui a été élevé de façon aussi normale que possible par ses parents. Son père lui offre une place pour assister à la Coupe de France à Paris, mais il se déchire les ligaments croisés la veille et est obligé d’annuler leur expédition. Louis ne peut se résoudre à laisser passer cet événement historique, il prépare alors méthodiquement son itinéraire et décide de partir seul dans la Ville Lumière pour assister au match de football. Sans s’en rendre compte, il se lance dans une jungle où de multiples périls rôdent autour de lui. Arrivera-t-il à se débrouiller seul et à assister au match de ses rêves sans être lésé ? Continuer la lecture

« Un éditeur m’a proposé d’écrire un livre sur la condition des femmes à la fin du XIXe siècle. » La voix, au téléphone, chaleureuse, parle de liberté dans le traitement ; Kate Milie, dans un souffle, portée par un élan, s’entend acquiescer. Pourtant, les délais de remise sont courts, le refus possible, la rémunération passée sous silence. Mais, le soir même, une possibilité d’investir un studio en sous-location, dans le bas de Montmartre, se présente. Synchronicité jungienne et signe du destin ? Voilà notre autrice en route vers Paris, la Belle Époque et l’aventure.
La nuit est froide pour un mois de juin. Elle regrette de ne pas avoir pris de veste. Elle regarde l’heure sur son téléphone. 00h52. Elle voit aussi un message de Marc. « Appelle-moi, je m’inquiète. » Elle sourit ; évidemment qu’il s’inquiète. Elle monte sur le petit pont au-dessus du canal. L’éclairage est faible, mais elle peut tout de même observer l’eau du canal Saint-Martin et les graffitis sur les quais.
La personnalité d’Elvis Presley est paradoxale. L’idole adulée par des fans souvent hystériques, le personnage hyper médiatisé, inaugure une voie originale dans le paysage culturel américain. Mais sa vie privée est un désastre. La notoriété et la richesses venues si vite ne peuvent lui faire oublier le pauvre qu’il était. Il reste dans une relation fusionnelle avec sa mère et dans le souvenir de son jumeau mort à la naissance. Le personnage est donc complexe. Dans Bye Bye Elvis, Caroline De Mulder tire parti des nombreuses zones d’ombre de la vie et de la carrière du chanteur et acteur, pour comprendre ce qui peut expliquer le devenir des idoles. 



« […] et rien ne pourrait rivaliser malgré le poids du ciel et le chaos des routes, avec l’aptitude singulière à creuser insensiblement le sillon du renouveau – la fraîcheur de l’eau du nord et l’entrebâillement des langues, des esprits et des corps traversés même loin des côtes par l’eau salée. »
Avec Marguerite, Joe Pinelli signe le second titre de la collection « 25 images » des Éditions Martin de Halleux. Le livre est une invitation à la promenade menée par deux personnages à la complicité amoureuse naissante dans un Paris en pleine ébullition. Composé de 25 images en noir et blanc, une par page, et sans textes, « tel qu’il a été défini en 1918 par Frans Masereel pour son livre 25 images de la passion d’un homme », l’album montre la relation tout intime d’une fleuriste et d’un peintre qui se croisent le 12 février 1934 lors d’une journée de contestation politique massive en faveur de la démocratie.
Il est une des modalités de la lecture qu’Umberco Eco regrettait mais estimait inévitable : le titre d’un livre s’avère presque toujours déjà une clef interprétative. Ainsi se prépare-t-on, peut-être, à lire LE TEMPS suivi de NOTRE-DAME comme une réflexion philosophique versifiée (au regard de l’indication générique : Poésie) prolongé d’un hommage à la cathédrale parisienne dont la flèche et une partie du toit ont été détruits il y a un an. Une fois le livre ouvert et six pages tournées, en découvrant que le titre dédié à la première et principale partie du recueil a perdu ses capitales (même à l’initiale) pour devenir le temps, on recadre.
En photo de couverture, une Pontiac Parisienne quatre portes défraîchie, modèle fin des années 50, exhibe sa carrosserie de paquebot, salement amochée aux ailes avant-arrière. Un immeuble tout aussi décati, les fenêtres murées de béton, se maintient comme il peut en arrière-plan. On ne voit pas le mot « Hôtel », mais la suite du lettrage donne son nom : « de l’Avenir ». Visiblement, ça ne lui a pas trop réussi. Mais il n’y a pas que ce bâtiment ni la lourde Américaine qui en ont pris un coup. Au milieu des années 60, tout le haut quartier de Belleville, dans le 20e arrondissement de Paris, se trouve entre deux eaux : une longue rénovation urbaine a commencé par la démolition d’ilots abandonnés ou insalubres, mais une grande partie du quartier est toujours constituée d’habitations aux loyers guère coûteux, de cabanons branlants, de petites rues, d’impasses, de cours et courettes, de jardinets imbriqués les uns dans les autres. « Paris était encore provincial, chaleureux et doux », écrit Ivan Alechine qui y a passé son enfance. « Les petits commerces, l’artisanat populaire nous nourrissaient, une certaine idée de l’entraide entre gens d’une même rue subsistait. Il y avait des ponts entre le passé et le présent. Nous avions les pieds dans le XIXe siècle, le nez au vent du XXe. »
Prétextat, Astrolabe, Textor, Déodat… : Amélie Nothomb soigne toujours les prénoms de ses personnages. Et les choisit en général rares et signifiants. On ne s’étonnera donc qu’à moitié que son nouveau roman s’intitule Les prénoms épicènes. Pour celles et ceux qui sont fâché-e‑s avec les notions de grammaire, « épicène » signifie « qui a la même forme au masculin et au féminin ». Claude et Dominique, par exemple, sont des prénoms épicènes.
« J’ai eu peur. Pas pour moi. Simplement peur de ne pas te revoir, de ne plus jamais humer ta part intime, ton île secrète – mourir en insulaire est un projet qui me correspond. » De sa petite capitale désenchantée – entendez Bruxelles –, le narrateur s’adresse à sa belle qui vit dans la ville de toutes les lumières – Paris bien sûr. La jonction est douloureuse entre les deux grandes villes : les attentats qui les ont marquées fin 2015 et début 2016, battant le tambour en marge de leur passion.