Bruno Dinant signe un préquel du mouvement #MeToo

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Pique épique et carré de dames

Auteur : Bruno Dinant

Mai­son d’édition : F dev­ille

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 229

Prix : 20 €

Livre numérique : 13,99 €

ISBN : 9–78-287–5‑992055

Après une trilo­gie poli­cière pub­liée chez Acad­e­mia et deux romans dans la col­lec­tion « Œuvres au noir », Un croque-mort à côté de ses pom­pes et On ne cloue pas les jeunes filles aux arbres, ain­si qu’un micro-roman aux édi­tions F dev­ille, Bruno Dinant inves­tigue à nou­veau le roman noir qui appa­rait comme son genre de prédilec­tion. Un roman à la croisée de légen­des et de l’univers des mou­ve­ments de jeunesse.

« Qui peut dire quand une his­toire se mue en légende ? ». Dès la pre­mière phrase, Bruno Dinant inter­roge la dimen­sion légendaire de son réc­it. Si Pique épique et car­ré de dames s’inscrit dans la veine de ses romans noirs précé­dents, il s’ancre cette fois dans une his­toire à laque­lle la rumeur a don­né une dimen­sion légendaire. Et comme sou­vent quand on évoque une légende, celle-ci trou­ve son orig­ine dans un lieu chargé de sens, en l’occurrence une vieille tour en ruine. S’y sont déroulés des drames causés par les châte­lains à une époque où leur château se dres­sait fière­ment sur un éper­on rocheux de la val­lée de la Molignée, en province de Namur (où vit le romanci­er). À une époque surtout où le droit de cuis­sage des poten­tats locaux sur les femmes de tout âge et de toute con­di­tion était un acquis à leurs yeux.

L’écrivain namurois s’est inspiré de ruines bien réelles qu’il a pu vis­iter, celles de la forter­esse de Mon­taigle, dans la val­lée de la Molignée, près du vil­lage de Falaën et d’autres comme Anhée, Som­mière et Hon­toir. Ce ter­ri­toire con­tribue pour par­tie au charme du livre dont il con­stitue presque un per­son­nage à part entière au passé lourd et déter­mi­nant. C’est dans ces décors chargés de mémoire où les habi­tantes de la val­lée ont eu à subir la dom­i­na­tion et la vio­lence mas­cu­line que Bruno Dinant situe son enquête autour de deux dis­pari­tions sur­v­enues au tour­nant du mil­lé­naire.  Dans le décor pais­i­ble et bucol­ique de cette val­lée aux croise­ments de la Molignée et du Flavion, ont été décou­verts le cadavre d’une jeune fille et un an plus tard celui d’un jeune comte, Geof­froy d’Aspremont, héri­ti­er d’une lignée de nobles. Un bel­lâtre qui était imbu de sa per­son­ne, au pou­voir de séduc­tion ravageur, adulé par sa reine-mère qui le pro­tège au-delà du raisonnable. Un indi­vidu à mi-chemin de la moder­nité et d’un passé qui, à ses yeux, jus­ti­fie ses instincts de pré­da­teur. Sa mort défraie la chronique locale et mobilise d’importants moyens policiers et judi­ci­aires. L’enquête est lancée avec, à sa tête, un jeune com­mis­saire qui va se retrou­ver au cen­tre d’un imbroglio d’intrigues, de jalousies, de rancœurs, de désirs de vengeance. Il va vite établir un lien entre les deux affaires et refuse l’idée selon laque­lle le comte, comme ses aïeuls, ait été vic­time d’une malé­dic­tion, d’un aigle vengeur, à l’origine de la légende de Saint-Aigle.

Face à lui, il a un quatuor de jeunes étu­di­antes aux fac­ultés de Namur, cha­cune avec un pro­fil bien typé, les qua­tre mous­que­tairess­es du roman qui, à l’origine, étaient cinq. Un lien très fort les unis­sait à la jeune fille retrou­vée morte au pied de la tour fatale. Con­va­in­cues que le jeune Geof­froy d’Aspremont a tué leur amie, elles ont fait le ser­ment de la venger et de rou­vrir l’enquête clô­turée sur un non-lieu. Elles se sont con­nues dans les mou­ve­ments de jeunesse, en ont inté­gré les valeurs d’amitié, d’entraide, de fidél­ité et, lors d’un rit­uel à base de cartes, elles éla­borent un plan pour la venger, un plan sub­til au point que ni l’une ni l’autre ne sait qui com­met­tra le crime. Une sorte d’omerta. La grand-mère de l’une d’entre elles, per­son­nage tutélaire, trans­met la légende de la femme-aigle, un sym­bole fort, à sa petite-fille. Tout l’art du com­mis­saire sera de trou­ver la faille dans ce « car­ré de dames ». Ceux et celles qui ont fréquen­té les mou­ve­ments de jeunesse trou­veront une saveur par­ti­c­ulière à ce livre qui les (re)met à l’honneur, pour le meilleur et pour le pire, d’autant que la réso­lu­tion du meurtre de Geof­froy d’Aspremont sera liée aux totems attribués à ces jeunes.

Dans un sub­til éche­veau d’intrigues et de jeux de dupes, l’auteur abor­de quan­tité de thèmes comme mémoire et trans­mis­sion, vengeance et sub­or­di­na­tion des femmes, tra­di­tion et moder­nité, rap­ports et jus­tice de classe. Il signe un polar noir empreint de soror­ité, aujourd’hui et à tra­vers les siè­cles, dans une écri­t­ure directe et maitrisée.

Michel Tor­rekens