Un coup de cœur du Carnet

Anthologie de la subversion carabinée
Auteur : Noël Godin
Maison d’édition : Noir sur blanc
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 1088
Prix : 34 €
Livre numérique : 23,99 €
EAN : 9782889831784
La bibliographie gloupitamment tendancieuse compte à elle seule 146 pages. Son organisation est aussi complexe que généheureuse. Son abord demande presque de l’érudition avant même d’entrer dans les textes. Un système d’une à cinq ***** classe les ouvrages à harper par pure ostrogotherie jusqu’à grincher coûte que coûte. Quant à l’index des zigues cités, il en compte 1500, encore augmenté du cinémalotru Rémy Belvaux et d’une errolflynnesque gnouf gnouf entre autres flamboyants anartistes. Le vertige devient hallucinatoire quand on découvre que les nommés de l’index et de la biblio se complètent plus qu’ils ne se dédoublent.
En jetant un œil rond d’admiration goulue, on découvre que certains sont cités dans de nombreuses pages, notamment Antonin Artaud pour « hommes-charognes ». Car il est question de cela dans l’Anthologie de la subversion carabinée : pointer les généraux du désordre louchant vers les plus médiocres d’entre nous tous. Ceux-ci mériteraient aussi leur index, mais alors… la publication de cette nouvelle édition mise à jour et augmentée, se compterait en kilos avariés plutôt que pages variées.
Cette mondiale variété des nommés offre une autre histoire de l’humanité. Celle des idéaux et des utopies convaincues de vivre dans une réalité dystopique indigne d’être humain. Il n’y a pas de mots ni de cris trop forts pour hurler les oppositions absolues au monde actuel et sa direction délétère. Lire plus que picorer les pages augmentent le vertige initial. Attention à ne pas tourner à la nausée, voire au désespoir face à tant de démonstrations aussi limpides de l’absurde au mieux, de notre sociétale morbidité au pire.
Le remède est dans le style et dans le ton bien connus de Noël Godin. L’entarteur belge international porte la joie de vivre dans chaque pore de sa peau et toutes les lettres de sa plume. Ceci fait un duvet de lecture salutaire et sanitaire précieux comme un philtre d’amour pour le Monde et les humains. Ceux-ci cherchent encore leur place dans celui-là et leur désarroi est à la hauteur de leur énergie. Tout le prouve dans cette meule de mots où le lecteur trouvera mille aiguilles pour le piquer au vif et à l’action. À condition d’être rigolote !
Car telle est l’impression généheureuse qui se confirme : nous manquons sacrément de bonne humeur et d’humour. Cela nous tue, nous empêche de vivre vraiment, de devenir pleinement humain. Sous-jacents et explicitement s’entendent les mots liberté, fraternité, société, solidarité. Partout dans les pages, toutes à l’affut d’un sursaut, chacun est invité à sublimer la lecture par l’action. Ce livre est comme un aminé politique puissant. De l’aphorisme à la parfaite démonstration, il est l’anargument total pour un monde meilleur et ravi de vivre contre vents et marées des pompeux cornichons qui confondent encore croire et savoir, pouvoir et vouloir, être et avoir.
Tito Dupret