L’acuité du trouble

”Purnelle

Congruités

Auteur : Gérald Pur­nelle

Illus­tra­teur : Mar­tin Mai­gret

Mai­son d’édition : Le Tail­lis Pré

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 68

Prix : 12 €

Livre numérique : /

EAN : 9782874502590

1. L’aphorisme peut souf­frir le calem­bour.
2. Le calem­bour peut dénier l’aphorisme.
3. Leur mariage relève de l’union libre.
4. Le monde est fait pour aboutir à un jeu de mots.
5. Mais l’aphorisme est-il tou­jours évitable ?
(aver­tisse­ment en qua­trième de cou­ver­ture)

Con­gruités, voilà un joli titre mys­térieux que Gérald Pur­nelle donne à son recueil d’apho­rismes et de calem­bours en mêlant, dans sa phar­ma­copée d’ironie et d’hu­mour, autant d’observations pour potach­es masqués que d’inventions où la poésie lève la tête en quelques mots.

Gérald Pur­nelle a déclaré, il y a plus de 30 ans, qu’il n’écrirait plus de poésie et voilà que ce petit livre gouleyant le guette en embus­cade poé­tique ! Doc­teur en lit­téra­ture française, spé­cial­iste de la poésie fran­coph­o­ne, ses ouvrages de recherche et d’ex­plo­ration de la poésie font référence.

Mais que nous veut-il donc avec Con­gruités ? Le mot « con­gruité » ren­voie évidem­ment l’or­eille du lecteur instan­ta­né­ment à « incon­gruité » et recon­nais­sons que nous n’employons jamais ce terme de « con­gruité ». Nous savions que « con­gru » sig­ni­fie « qui con­vient ».  Alors, ce qui con­vient au sens des apho­rismes, des jeux de mots et des calem­bours de l’au­teur, c’est la mise en place d’une réso­nance tri­an­gu­laire : l’ap­parence du sens, ce que l’au­di­tion trans­forme, et la logique du sens.

Cette belle stratégie d’écri­t­ure, ce plaisir man­i­feste que l’au­teur a pris à com­pos­er ce petit livre tout chargé de pétil­lance et même d’un zeste de pétu­lance est de l’ordre de la ver­tu trublionne de la langue !

Les noms pro­pres se lavent en famille.

J’eus beau la fix­er, elle s’en alla.

Sans toi ma mie, je ne suis qu’une croûte.

Mais voilà qu’au détour d’une page, une phrase, soudain, ren­voie à la poésie la plus pure !

À l’or­dre du jour : le désor­dre de la nuit.

Et il en est ain­si plusieurs fois dans le recueil de Gérard Pur­nelle. Le plaisir de la lec­ture est évidem­ment lié au bon­heur du décryptage fait par le lecteur de ses appar­entes élu­cubra­tions qui sont en fait des obser­va­tions du monde pris au pied de la let­tre. Dada est passé par là et a lais­sé son empreinte dans la faconde et le style de l’au­teur.

C’est une langue qui s’é­goutte par­ler.

Cochons ! cochons ! cochons toutes les cas­es.

Un bon­heur de lec­ture accom­pa­g­né des dessins col­orés piquants et bravach­es de Mar­tin Mai­gret !

Daniel Simon