
Les plis du mensonge
Auteur : Yves Namur
Maison d’édition : Arfuyen
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 141
Prix : 15 €
Livre numérique : /
ISBN : 978–2‑845–90411‑8
Le dernier livre du poète-médecin Yves Namur, Les plis du mensonge, constitue le troisième recueil qu’il publie aux éditions Arfuyen. Il s’incrit dans une bibliographie bien plus dense qui compte pas moins d’une quarantaine d’ouvrages publiés depuis le milieu des années septante. Découpé en six sections composées chacune de dix-neuf poèmes présentant tous la même structure (un distique, un tercet et une coda tenant en un seul vers), le recueil s’organise autour d’une sorte de leitmotiv entêtant. Chaque poème de six vers commence en effet par la même phrase, la même invitation, Dis-moi quelque chose, qui n’est autre que la reprise du titre du premier livre paru en 2021 chez le même éditeur. Une formule d’apostrophe dont le poète est d’ailleurs coutumier et qui rappelle celles employées dans d’autres recueils[1] (« Apprends-moi », « prends-moi la main », etc.).
En outre, et comme pour consolider encore un peu plus l’architecture interne du recueil, chacune des six parties s’ouvre par une citation extraite d’œuvres d’auteurs dont Yves Namur se sent proche à l’instar de François Cheng ou du poète Christophe Mahy. Mais les clins d’œil, les témoignages d’estime complice n’en restent pas là puisque le poète insère dans la « chair » même du poème quelques références ou titres de livres qui font assurément partie de sa constellation intime comme c’est le cas avec Paul Celan ou Edmond Jabès :
Dis-moi quelque chose
Qu’on aille déposer alors les fleurs
De seuil en seuil
Que l’aveugle sache enfin
Où commence la maison des roses
Et où finissent les questions
Avec un livre de Paul Celan sous le bras
Autant de « didascalies » poétiques qui permettent au lecteur d’entrer plus intimement dans la musique intérieure du poème.
Sous la houlette de François Jacqmin dont une citation ouvre la troisième série de poèmes, « N’achevons plus nos phrases / Tenons-nous en aux fragments », Yves Namur procède par bribes en faisant apparaitre les impostures d’une réalité oscillant entre vérité et mensonge. Dès lors, les poèmes-fragments ou poèmes-origamis s’insinuent dans les plis d’un réel illusoire ou du moins réinventé. L’intention d’Yves Namur ici, qui n’est pas sans rappeler le propos de l’essai de Gilles Deleuze consacré au pli (éditions de Minuit, 1988), propose de tenter de dévoiler ce qui se cache derrière les apparences, peut-être à trouver dans les froissements d’une étoffe, d’une broderie. Ce faisant, il nous invite à repenser l’immédiateté du visible, « plié » le plus souvent entre vrai et faux.
Dis-moi quelque chose
Qui ait l’élégance de la dentelle
Et la grâce d’une couronne de papier
Toutes deux ainsi apprêtées
Pour la grande illusion
Et les noces de palais
Ainsi trouvera-t-on dans les poèmes nombre de métaphores liées aux différents types de papiers, de soie, de dentelle, de Japon. Autant de supports chiffonnés sur lesquels peut-être on pourra déchiffrer, au prix de quelque effort, les vérités qu’auront dissimulées les contours d’une encre (peu) sympathique.
Dis-moi quelque chose
Mais peut-être l’ai-je déjà caché
Un jour de pluie
Où tant bien que mal il avait fallu
Effacer les plis du mensaonge
Et ceux de l’encre noire
Rony Demaeseneer
[1] Yves Namur, Les lèvres et la soif, Lettres vives, coll. “Terre de poésie”, 2016.