Patchouli

Bergen La mémoire des lieux

La mémoire des lieux

Autrice : Véronique Bergen

Mai­son d’édi­tion : Edwar­da

Col­lec­tion : Amazuz

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 119

Prix : 26 €

Livre numérique : /

EAN : 9791090779204

Le patchouli. Une essence ances­trale para­doxale. Des sen­teurs de bois et de terre mous­sue ; un imag­i­naire de chic élimé et de langueur suave. Puis­sance de corps, com­plex­ité des strates, iri­sa­tion des fra­grances. Odeur de décom­po­si­tion sub­limée. Bru­tal­ité sub­tile, sophis­ti­ca­tion incan­ta­toire, sat­u­ra­tion des molécules. C’est dans l’encre de ce par­fum que Véronique Bergen, « en rai­son d’une néces­sité organique, vis­cérale », a trem­pé sa plume pour pro­longer son texte « Ter­res de l’enfance », pub­lié ini­tiale­ment dans un ouvrage col­lec­tif des édi­tions Edwar­da. Deux ans plus tard, sous la même enseigne édi­to­ri­ale, parait La mémoire des lieux.

Cerise com­pose des bou­quets olfac­t­ifs. Gri­otte juteuse au nez aguer­ri, elle assem­ble les arômes, révèle des accords voilés, crée une chimie poé­tique. C’est son méti­er, son lan­gage. Son intim­ité, elle la partage avec Turquoise, « un végé­tal appar­ié à un minéral, deux opposés sur le spec­tre chro­ma­tique, la froideur du bleu et la chaleur las­cive du rouge » unis par une sen­su­al­ité ani­male. Un jour, sans crier gare, un ques­tion­nement la foudroie : en décen­trant la révéla­tion prousti­enne, ne pour­rait-on pas pos­tuler que les lieux engrangent une mémoire des phénomènes qu’ils ont vus se pro­duire ? Elle se met donc en tête et en quête de la véri­fi­er cette apti­tude mnésique des murs, des arbres, des pavés, des grains de sable et autres entités minéro-végé­tales.

Alors qu’elle se tourne de prime abord vers la sécu­rité et la den­sité de lieux his­toriques (telles la plaine de Water­loo ou les demeures de per­son­nal­ités), Cerise s’engage, (par­fois) mal­gré elle, dans les méan­dres de ter­res plus per­son­nelles. Une cour ixel­loise orphe­line de ses feuil­lus et épineux, un pont des Arts délesté de ses cade­nas-promess­es, une plage ibérique vierge de ser­ments sablon­neux… À tra­vers ses péré­gri­na­tions intro­spec­tives, une évi­dence affleure du flot de ses pen­sées débor­dantes : « Ma lubie n’aurait donc pour levi­er, pour ali­ment qu’une seule et même obses­sion, qu’un unique trau­ma­tisme, la peur d’être oubliée, aban­don­né non seule­ment par les proches, les humains mais par les lieux ? Zébré par le syn­drome de l’abandon, mon désir obscur s’appelle blessure, chaos émo­tion­nel, jar­di­nage thérapeu­tique dans la jun­gle de mes trau­mas. »

Dans ce roman, la prose de Bergen se dis­tille har­monieuse­ment : en note de tête, la berg­amote des émo­tions urgentes et des jail­lisse­ments sen­suels ; en note de cœur, le mimosa des anec­dotes his­toriques, pré­ci­sions tech­niques, références lit­téraires, recherch­es urban­is­tiques, pho­togra­phies berge­ni­ennes et quelques vari­a­tions génériques ; enfin, en notes de fond, le cam­phre d’une enfance souil­lée et l’humus d’amours mortes. L’ensemble for­mant un effluve aus­si sat­uré et per­sis­tant que trois pul­véri­sa­tions de patchouli…

Samia Ham­ma­mi