Captives

Moeschler Guerillera

Guérillera

Autrice : Vin­ciane Moeschler

Mai­son d’édi­tion : Mer­cure de France

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 224

Prix : 20,50 €

Livre numérique : 14,99 €

EAN : 9782715268920

Ouver­ture sur un univers sor­dide. Une cabane som­maire dans la jun­gle, une jeune femme lig­otée. Elle ouvre les yeux sur un espace qu’elle ne con­nait pas. Des odeurs puis­santes s’imposent, celles des lieux et des corps souil­lés, d’une nour­ri­t­ure dans une gamelle qu’un pied pousse. Dolorès décou­vre cet envi­ron­nement et sa cap­tiv­ité avec nous. C’est une sacrée rup­ture pour elle qui, épouse d’un homme riche, évolue d’ordinaire dans le luxe et l’abondance. Elle ignore tout des raisons pour lesquelles elle se trou­ve là, de l’identité de ses ravis­seurs ou des com­man­di­taires, de ce qui l’attend désor­mais. Ce n’est pas faute de pos­er des ques­tions à sa geôlière qui fait la sourde oreille. Entre les deux femmes, une joute ver­bale s’engage, vive et répétée. Nora, dont la cap­tive réus­sira à arracher le prénom, enreg­istre une vidéo en vue d’obtenir une rançon, mais Dolorès refuse de pronon­cer les mots atten­dus, se dis­ant sat­is­faite de son sort. Elle scrute les bruits de la jun­gle, les mou­ve­ments de Nora, les mai­gres infor­ma­tions qui lui parvi­en­nent du dehors. Au fil des jours et des semaines qui passent, un filet de soror­ité s’immisce entre les deux femmes, les entrav­es physiques sont peu à peu lev­ées, l’immensité de la jun­gle faisant office de mur infran­chiss­able. Vient un jour où Dolorès prend la fuite après avoir été abusée par un homme qui a men­acé les deux femmes de son arme. Elle retourne à sa vie d’avant, fer­mant la par­en­thèse de sa cap­tiv­ité.

Un autre réc­it a pris le relais après quelques dizaines de pages. Il est rédigé à la pre­mière per­son­ne cette fois, alter­nant avec le rap­port de cap­tiv­ité qui suit son cours jusqu’au jour 150. Dans ce texte sec­ond, Nora nous narre son enfance, la mis­ère de ses par­ents spoliés du peu qu’ils avaient par des groupes para­mil­i­taires qui les chas­sent de leurs ter­res aurifères et lour­de­ment pol­luées. C’est tout cela qui l’a décidée à rejoin­dre la guéril­la, avec la promesse de manger à sa faim, de lut­ter con­tre l’injustice et de pou­voir faire des études. C’est là qu’elle apprend à com­bat­tre, à sur­vivre dans la jun­gle et qu’elle ren­con­tre l’amour de sa vie, qui lui sera ravi lors d’une opéra­tion armée. Effon­drée, elle finit par quit­ter la guéril­la et repren­dre tant bien que mal une exis­tence nor­male, don­nant d’autres formes à sa lutte pour un monde plus juste et plus respectueux de l’environnement. Jusqu’au jour où Nora est aperçue par Dolorès à la télévi­sion dans le rôle d’une écol­o­giste mil­i­tant aux côtés d’un can­di­dat de gauche à la prési­dence du pays. C’est désor­mais son anci­enne pris­on­nière qui pour­rait tenir son sort entre ses mains …

Avec Guérillera, Vin­ciane Moeschler nous donne un roman aux accents lati­nos et elle croise les des­tins de deux femmes qui n’auraient sans doute jamais dû se ren­con­tr­er et que tout sem­ble oppos­er. À la faveur de la forme de huis clos qui les rassem­ble, le temps les rap­proche peu à peu et met en évi­dence leurs fragilités respec­tives ain­si que la dif­fi­culté pour cha­cune d’exister comme femme dans une société dirigée par les hommes. Face aux pré­da­teurs, leur survie passe par la com­plic­ité et l’entraide, faisant fi de ce qui les oppose. En un réc­it ryth­mé et cap­ti­vant, Vin­ciane Moeschler dresse deux por­traits de femmes dont la force et le cran domi­nent ce roman pal­pi­tant placé sous le signe du refus de l’oppression sous toutes ses formes.

Thier­ry Deti­enne

Un extrait de Guérillera

Extrait pro­posé par les édi­tions Mer­cure de France