Hakim BENBOUCHTA, Le billet de cinq, Istya & Cie, 2025, 220 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑88944–268‑3
Le nouveau roman de Hakim Benbouchta est un récit polyphonique qui donne la parole aux quatre héros qui ne se connaissent pas, mais vont avoir en main le même billet de cinq euros écorné, ils vont se croiser succinctement sans le savoir.
Nous suivons d’abord Louis, un jeune trisomique de 22 ans qui a été élevé de façon aussi normale que possible par ses parents. Son père lui offre une place pour assister à la Coupe de France à Paris, mais il se déchire les ligaments croisés la veille et est obligé d’annuler leur expédition. Louis ne peut se résoudre à laisser passer cet événement historique, il prépare alors méthodiquement son itinéraire et décide de partir seul dans la Ville Lumière pour assister au match de football. Sans s’en rendre compte, il se lance dans une jungle où de multiples périls rôdent autour de lui. Arrivera-t-il à se débrouiller seul et à assister au match de ses rêves sans être lésé ? Continuer la lecture

1919. La grande guerre a laissé de profondes blessures et l’on n’a mis fin au conflit qu’avec l’aide des États-Unis dont le Président Wilson porte le projet de création de la Société des Nations censée notamment garantir le maintien de la paix sur terre. C’est ce momentum de l’histoire de l’humanité que saisit Grégoire Polet dans ce huitième roman qui semble bâti sur un défi littéraire un rien débridé. Il prend soin en prologue de nous mettre au parfum : 



La mort de Napoléon est le seul roman écrit par Simon Leys, pseudonyme du grand sinologue et essayiste belge Pierre Ryckmans (Bruxelles, 1935 – Sydney, 2014). Il offre de multiples bonheurs de lecture : un sens éblouissant de la langue française ; une grande maîtrise des termes de marine –la mer étant une des passions de l’écrivain, qui lui consacra une anthologie de référence ; une poéticité inspirée dans ses descriptions de la Nature ; un humour ravageur ; un condensé de procédés littéraires empruntés à la fable, au conte philosophique, à la littérature populaire, dans les deux branches de son développement : le roman historique et le roman d’aventure ; la maîtrise du récit uchronique. Toujours en prenant le contre-pied du genre et en faisant d’Eugène Lenormand/Napoléon un exemple-type du anti-héros. 
Avec Marguerite, Joe Pinelli signe le second titre de la collection « 25 images » des Éditions Martin de Halleux. Le livre est une invitation à la promenade menée par deux personnages à la complicité amoureuse naissante dans un Paris en pleine ébullition. Composé de 25 images en noir et blanc, une par page, et sans textes, « tel qu’il a été défini en 1918 par Frans Masereel pour son livre 25 images de la passion d’un homme », l’album montre la relation tout intime d’une fleuriste et d’un peintre qui se croisent le 12 février 1934 lors d’une journée de contestation politique massive en faveur de la démocratie.
Il a beau dire, l’ami Frank, que ces nouvelles « ne sont en rien un portrait exact de leur personnalité » (Celle de ces « stars politiques qui lui (en) ont donné l’idée »)… Pas d’exactitude au sens propre, d’accord, dans ces Politichats signés Frank Andriat mais, à travers neuf textes zoomorphiques, une évocation piquante – et miaulante – des travers et caractéristiques des hommes et femmes publics qui président aujourd’hui aux destinées, certes problématiques, de cette Belgique qui donne son nom à la collection publiée par Ker. Collection qui se veut « un portrait mosaïque » du pays dont la complication est, par confort, par tradition et faute de mieux, happée par l’increvable cliché du « surréalisme ».
Plus de soixante ans après le Traité de Rome, peut-on dire que l’Europe est démocratique ? C’est l’une des questions que pose Véronique De Keyser, ancienne députée socialiste européenne (de 2001 à 2014) et professeure émérite de psychologie à l’ULiège, dans son livre Une démocratie approximative. L’Europe face à ses démons,
Saluons l’essai de François Gemenne, chercheur qualifié du FRS-FNRS et Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du Monde, d’avancer dix propositions pratiques à l’attention de la Belgique mais surtout de l’Europe, sur la question des politiques migratoires. Face à la terrifiante montée des extrêmes droites, aux menaces qu’elles font peser sur la démocratie, les libertés, la question environnementale, cet essai fait bloc contre les populismes et leur fabrication de boucs émissaires (migrants, Rroms, pauvres, chômeurs…).
Voici un demi-siècle, le Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (Folio éd.) de Raoul Vaneigem en même temps que La société du spectacle (Folio éd.) de Guy Debord marquaient l’irruption fracassante du situationnisme dans la pensée contemporaine. À la fois radicales (anticapitalistes et anticommunistes), prémonitoires (de Mai 68), banalisées (et impuissantes : la dénonciation de la « société du spectacle » est devenue un poncif de toute déclaration « culturelle », mais qu’un Jacques Rancière permet de dépasser), critiquées (même par un Claude Lefort : « parade », « passion du mot d’ordre », « logique de l’affect » égale à celle « du concept ») et pourtant intactes, ces publications peuvent-elles devenir un événement pour une pensée (in)actuelle ?
« Mais bon sang, Docteur, dans quel monde vivez-vous ? […] » En juillet 1932, Fernando Gasparri, citoyen belge dont les primes années se sont déroulées dans un petit village niché dans les montagnes du Latium, est établi à Ixelles. Son existence est régulée par la simplicité, son univers s’ancre dans la proximité. Depuis le décès de son épouse Louisa, l’absente adorée avec qui il s’entretient lors de visites régulières au cimetière, Gasparri habite avec sa vieille sœur invalide dont il s’occupe loyalement. Le médecin généraliste, quinquagénaire tout de tranquillité, se tient éloigné des questions et des tourments : il multiplie ses heures au travail, se dévoue à ses patients, s’assure du bien-être de l’unique membre de sa famille, mange bien, dort suffisamment et va à la messe le dimanche. Il se fond dans une routine absorbante et satisfaisante, et se révèle rétif à tout changement même lorsque celui-ci prend la forme stimulante d’une étude sanitaire à mener avec un ami confrère. Son âme s’aspire vers le passé, s’engloutit dans le présent et ignore le futur.
Amateur de défis littéraires, Grégoire Polet nous a habitués aux récits polyphoniques et aux fictions à entrées multiples. Cette fois, il a décidé de rembobiner le film des dernières années et de réécrire l’histoire en imposant des variantes aux faits tels qu’ils nous sont connus. Pour ce faire, il se déplace aux côtés de protagonistes du mouvement des Indignés par la voix de Carolina Gracq, une Liégeoise d’origine qui nous dévoile dans ses mémoires les sources de son engagement. Infirmière partie en mission avec Médecins Sans Frontières, elle y rencontre Romuald Salis, médecin, et entre eux s’amorce une indéfectible complicité. Revenus en Europe, ils sillonnent les villes et rejoignent les mouvements sociaux qui suivent le crash boursier de 2008. Cette militance urbaine trouve à s’exprimer dans des manifestes et se sent vite à l’étroit dans les habits d’un simple groupe de pression. C’est pourquoi la participation aux élections législatives s’impose d’évidence comme la continuité de cette lame de fond qui ne cesse de recruter des émules partout en Europe. L’altermondialisme, la démocratie directe, la non-violence, le refus des privilèges et l’écologie sont au menu d’un raz-de-marée électoral qui ouvre les portes du pouvoir, fermant la voie au vieux monde contesté.