
Derrière le Prince
Auteur : Nicolas Marchal
Maison d’édition : Weyrich
Collection : Plumes du coq
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 204
Prix : 20 €
Livre numérique : /
EAN : 9782390770251
Cap sur Namur. Nous assistons au lever bougon de Philippe Floyon, enseignant de son état, qui va rejoindre sans réel entrain l’Athénée où il donne cours de français. À mesure que ses pas le rapprochent de sa classe, il rentre dans son rôle de professeur et il s’apprête à faire face aux adolescents dont il peine à retenir l’attention. Parmi ses élèves, voici Liz, et son départ vers l’école nous est aussi conté. Elle affronte son beau-père qui la houspille pour qu’elle ne soit pas une fois de plus en retard. Elle est à l’étroit dans sa vie d’adolescente et elle n’a pas sa langue en poche face aux adultes et à leurs incohérences. Et puis il y a Marceline, la mère de Philippe Floyon, qui réside en maison de repos non loin de là, qui ressasse ses souvenirs et essaie tant bien que mal de sauver les apparences. Soucieuse de sa mise, elle se débat avec son esprit confus qui mêle malicieusement passé et présent. Sans oublier Déborah, technicienne de surface dans la maison de repos, qui fait sa tournée du matin, observe et apporte sa vision des choses. En fin de journée, Philippe Floyon passera voir sa mère, il lui apportera les choux à la crème dont elle raffole et il se laissera faire quand elle le prendra pour son mari Albert, mort depuis bien longtemps. Il jouera devant elle le jeu des souvenirs, entretenant l’illusion avec moult détails, relatant son voyage en Inde.
Jusque-là, rien de bien palpitant. Sauf que le même Philippe Floyon, qui supporte mal l’apathie de ses élèves, se prend face à eux aussi à jouer l’illusionniste. Il leur parle de Marcus Albert, un auteur dont il vante le génie avec enthousiasme, leur distillant quelques citations, dévoilant sa découverte de l’Inde. Mélange de la figure de son père, de sa propre expérience et de l’écrivain rêvé, ce personnage capte son auditoire et précisément Liz, qui lui demande en fin de cours l’œuvre de cet auteur qu’il lui conseille en lecture. Requête qu’il esquive en invoquant l’indisponibilité de ses œuvres, le peu d’exemplaires disponibles. Elle n’est pas la première de ses auditrices à vouloir lire cet auteur tant vanté et à demeurer sans réponse. Les livres seraient introuvables, les rares exemplaires sont aux mains de collectionneurs avertis. Mais Liz n’est pas prête à lâcher le morceau d’autant qu’elle a flairé l’entourloupe …
Avec ce roman entre Sambre et Meuse, Nicolas Marchal prend un plaisir manifeste à balader ses lecteurs dans les rues de Namur et son intrigue décline sans complexe les codes guillerets de la comédie. La palette de ses personnages lui permet de varier les points de vue et les univers même s’il ne cache pas sa tendresse pour les caractères trempés et francs. L’écriture de cette fable qui joue volontiers avec le vrai et le faux est à la mesure du propos, volubile, pétulante et à vrai dire assez drôle. L’air de rien, Derrière le Prince pose aussi habilement les questions qui entourent le « Mentir vrai » qui est à la base de l’art du romancier, mais qui, pratiqué sans crier gare par des personnes en situation d’autorité, peut relever assez vite de l’imposture et de l’abus de pouvoir.
Thierry Detienne