
Conversation d’un jour de pluie
Autrice : Martine Rouhart
Maison d’édition : Cygne
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 59
Prix : 12 €
Livre numérique : /
ISBN : 978–2‑849248–669
Voici un recueil singulier et double, où alternent deux voix issues d’un même cœur, battant et vibrant, celui de la poétesse et romancière Martine Rouhart. Elle écrit cette Conversation d’un jour de pluie avec elle-même, ou plutôt si on en croit l’épigraphe, avec « La Poésie », complice indulgente et confidente bienveillante. C’est dans Traces de nous-mêmes de la grande poétesse Marie-Claire d’Orbaix, que Martine Rouhart a épinglé les vers qui ouvrent son recueil : Poésie, / Mon amie, / Voici longtemps / Que nous n’avons causé / Comme des sœurs : / Toi, m’ouvrant le cœur / Moi te répondant.
Ainsi, dans une édition « juxta », la Poésie interroge la poétesse. Les pages paires en italique prêtent leur espace au questionnement, les pages impaires s’offrent à la réponse.
L’ouvrage devient ainsi, au fil de l’alternance des pages paires et impaires, de leur position en miroir, une mise en abyme de ce qui constitue la grâce poétique, faite de douceur, d’attente, de songe, d’imagination, de rêverie… Et ceci nous vaut à la fois un autoportrait de la poétesse, et une masterclass de la formulation et du ravissement poétiques de l’écrivaine.
Le questionnement encourage la douceur mélancolique des réponses, où Même les jours / sans ciel / Il faut que ruisselle / un peu de clarté / de nos vies / un petit pas de joie / à partager.
L’écriture surgit alors comme une échappée de lumière, scintillant au cœur d’une mélancolie inspirante, qu’il convient de transcender même si La Poésie s’en inquiète : Vois-tu / comme la pluie tombe /régulière / un peu triste / On dirait l’expression / de l’infinie lassitude / de notre Terre. Heureusement, se console La Poésie en s’adressant à l’autrice : Les poètes comme toi / sont des maisons / qui laissent entrer / le soleil (…) / toutes les couleurs /du temps / et les mots passants…
Voici un exercice de réconfort, témoin de la capacité de l’écriture à consoler la poétesse et celles et ceux qui ouvriront le recueil, allant de page en page partager la détresse et sa consolation.
Martine Rouhart en témoigne avec cette sincérité souriante, jamais prise en défaut d’aménité, que connaissent bien les écrivains qu’elle accueille au sein de l’AEB aux destinées de laquelle elle préside :
Quand mon vase / à mélancolie / déborde / je me mets au travail / de moi-même / et j’écris.
Jean Jauniaux