Le parcours d’une lignée, de Fromelles à Mapuetos

Un coup de cœur du Car­net

Lowie Belgiques

Belgiques. De Fromelles à Mapuetos

Auteur : Patrick Lowie

Mai­son d’édi­tion : Ker

Col­lec­tion : Bel­giques

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 120

Prix : 12 €

Livre numérique : /

EAN : 9782875865267

C’est au tour de Patrick Lowie, écrivain, édi­teur et artiste, d’inscrire son nom à la longue liste d’auteurs et autri­ces qui ont pro­posé un recueil de nou­velles dans la col­lec­tion Bel­giques, pub­liée chez Ker édi­tions. À tra­vers dif­férents tableaux aux accents absur­des, folk­loriques et oniriques, Patrick Lowie nous offre ses visions de la Bel­gique qu’il entremêle à ses pro­pres racines, ses rêves et inven­tions. Sous-titré De Fromelles à Mapuetos, ce recueil est décrit comme « une trahi­son », le « fruit de l’imagination » d’un auteur. Il nous met en garde dès la pre­mière page : « À par­tir de noms, de dates issues de mon arbre généalogique, de rêves et de cauchemars, de pho­togra­phies, d’anecdotes et de textes de jeunesse, j’ai voulu écrire treize nou­velles autour d’un sujet jamais abor­dé dans mon œuvre : mes Bel­giques. » Il dédie d’ailleurs l’ouvrage à sa famille, réelle ou rêvée.

En treize nou­velles, cer­taines cour­tes, d’autres plus longues, Patrick Lowie nous entraine dans dif­férents lieux et épo­ques : à Fromelles, ville de ses ancêtres, au 16ème siè­cle, alors que règne l’Inquisition et que l’on tue les Protes­tants à tour de bras. C’est d’ailleurs dans cette ville qu’a lieu le pre­mier acte de vio­lence fait à la famille Lohi­er-Lowie. Fin du 17ème siè­cle ensuite, au temps de Louis XIV, alors que les dettes de sang sont encore la norme. Au 20ème siè­cle, place du Jeu de Balle, où se bous­cu­lent et se mélan­gent des sou­venirs, notam­ment de la sec­onde guerre mon­di­ale. Dans les années 1970 où les « Walen buiten » sont encore légion. Ou encore avenue Louise auprès d’un pro­duc­teur.

L’œuvre de Patrick Lowie explore les fron­tières entre rêve et réal­ité. À par­tir de plusieurs nou­velles oniriques – exer­ci­ce dans lequel il excelle –, l’auteur nous plonge dans un univers com­plexe, décon­cer­tant et poé­tique, où fleuris­sent de toutes parts des descrip­tions mys­térieuses, des eaux mon­tantes et des escar­gots. L’absurde, l’inattendu, l’irrationnel se suc­cè­dent. De rêve en rêve, nous voy­a­geons de l’atelier d’un pein­tre dans une ville du Mary­land à un cauchemar peu­plé d’un cerf ensanglan­té ; de l’époque con­tem­po­raine aux temps des exé­cu­tions  de sor­cières ; d’une prom­e­nade avec sa sœur à l’ascension d’un arbre aux mille march­es ; de l’appartement d’un homme qui s’est coupé du monde à un voy­age à Tanger ou une réu­nion de famille avec un âne. « La richesse n’est pas dans le cof­fre, elle est dans le cycle, dans la sor­tie, dans l’absurde ! » Les per­son­nages, étranges dou­bles ou ancêtres, renais­sent à chaque nou­velle, « comme s’il fal­lait se noy­er, touch­er le fond, pour rebondir, pour se trans­former, pour s’améliorer. »

Patrick Lowie a « le pou­voir des mots ». En véri­ta­bles joy­aux, ils bour­geon­nent tout au long du recueil, nous fasci­nent et peignent une Bel­gique quelques fois incon­grue, quelques fois pit­toresque ou iden­ti­fi­able :

Petrus est ébloui par les moulins. Plusieurs dizaines. Il y a des ondu­la­tions douces, des haies, des arbres isolés tor­dus par le vent. Des fer­mes seules der­rière leurs arbres nus. Des chemins de terre entre les champs. Le paysage est mag­nifique. (…) L’horizon devient immense. Le ciel aus­si. Le ciel fla­mand. Un ciel qui écrase la terre. Des saules têtards bor­dent les berges. Des barges chargées de tourbe ou de grain glis­sent sur l’eau noire. L’odeur change. La terre mouil­lée, la vase, le fumi­er des éta­bles. Bruges appa­raît en début de soirée. 

Émi­lie Gäbele