Le carnet de transmission

Un coup de cœur du Car­net

Adam Belgiques

Belgiques

Auteur : Gérard Adam

Mai­son d’édi­tion : Ker

Col­lec­tion : Bel­giques

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 132

Prix : 12 €

Livre numérique : /

EAN : 9782875865205

Comme il est pré­cisé par Ker édi­tions, « Bel­giques, est une col­lec­tion de recueils de nou­velles, éponyme. Chaque recueil, écrit par un seul auteur est un por­trait en mosaïque de la Bel­gique. (…) Tan­tôt humoris­tiques, tan­tôt doux-amers, cha­cun de ces tableaux impres­sion­nistes est le reflet d’une Bel­gique : celle de l’auteur. » Pour le vol­ume écrit par Gérard Adam, on acqui­esce qua­si totale­ment à cette présen­ta­tion. On irait même jusqu’à enlever le mot « amer » à « doux-amer ». Là où on ne suit pas l’éditeur, c’est qu’ici, claire­ment, on ne lit pas un recueil de nou­velles, mais un roman. Un roman chapitré. Un roman d’initiation, avec sa ligne du temps, ses brisures, ses étapes, ses inter­ro­ga­tions, de l’enfance jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte. Un roman encadré d’une pré­face et d’une post­face rédigées par la petite-fille (Cybèle) du nar­ra­teur (Pipo). Alors que celui-ci est entré en mai­son de retraite à la suite d’un acci­dent vas­cu­laire cérébral, Cybèle, en vidant sa mai­son, décou­vre un car­net qui lui est dédié, un « classeur vert sur lequel son grand-père a piqué du nez ». Plus tard, « elle referme le classeur. Va-t-elle l’emporter ? Non sa place est ici. (…), elle revien­dra chaque jour pour faire le tri. Dès qu’elle aura vidé le con­tenu d’une pièce, lire un nou­veau frag­ment sera sa récom­pense. » La nôtre aus­si, par con­séquent.

Dans quoi étions-nous plongés ? Dans une Bel­gique d’après-guerre, faite de cam­pagnes et de Cité ardente, de ban­lieues pop­u­laires et ouvrières comme il n’en existe plus. Une cer­taine Bel­gique que les ainés redé­cou­vriront peut-être avec une cer­taine nos­tal­gie, et si ce livre leur est don­né à lire, que les plus jeunes décou­vriront. Et ce, grâce à la générosité de Gérard Adam qui trans­met cet autre­fois, et ailleurs, avec une écri­t­ure gorgée de vécu (en par­tie auto­bi­ographique), d’enfance et d’adolescence, de bel­gi­cismes, de tru­cu­lences – avec quelques fois des sor­ties de route vers aujourd’hui.

Tout au long des chapitres – chaque chapitre est une étape de l’initiation –, on suit le nar­ra­teur en chemin, en appren­tis­sage : l’école pri­maire avec un seul insti­tu­teur pour toutes les années ; l’école sec­ondaire (un Athénée), où il prend con­science des dif­férences de classe ; la décou­verte et la pas­sion des livres (qui le con­duira au méti­er de bib­lio­thé­caire), de la musique avec de bien belles pages sur sa pas­sion pour le jazz belge, un jazz qui a irradié bien au-delà de nos fron­tières (Jacques Pelz­er, René Thomas, Bob­by Jas­par… ; le fes­ti­val de Comblain). On pour­rait con­tin­uer ain­si l’énumération, mais on laisse aux lecteurices le plaisir de la décou­verte.

Mais ne nous leur­rons pas, ce n’est pas une vision idyllique du temps écoulé que nous lègue Gérard Adam. Il n’en occulte aucune­ment les côtés som­bres, noirs : la mort bru­tale d’un ami, la déliques­cence de l’amitié, les pre­mières trahisons de l’amour, la « crise de foi » catholique…

On aurait pu séjourn­er encore longtemps dans ce livre, plaisam­ment, grave­ment, mais la post­face sur­git sans prévenir, d’un vio­lent retour à la réal­ité, comme dans une salle de ciné­ma lorsque le brusque ral­lumage des lumières nous arrache au monde dans lequel on était immergé.

Michel Zumkir