
Car s’il est des littératures pour parler si bien du sexe, ils doivent bien exister, quelque part, ces êtres capables de m’assouvir.
Dans ce recueil de nouvelles poétiques, nous suivons cette femme, mais aussi cet homme, et n’oublions pas l’enfant, la grand-mère, et puis tous les autres, ne les oublions pas ! En français dans le sexe se découvre comme une boite à souvenirs enfouie au fond du jardin familial. Claire Blach a creusé la terre à mains nues pour mettre au jour les vestiges de ses proches : leurs désirs les plus charnels. Ses textes, plus sensuels les uns que les autres, se lisent comme un poème griffonné au dos d’un ticket de train, une histoire fantastique retranscrite sur une serviette, un aveu glissé au dos d’une carte postale : une explosion polyphonique au plus près des corps désirants. Ici, la littérature devient l’espace où les désirs s’assouvissent, et Claire Blach écrit depuis la foudre et l’orage pour bousculer les mœurs d’antan.
Après ExuVie, un premier roman choral sur la liberté, l’amour et la mort, Claire Blach garde la polyphonie et se lance dans une autre quête : désacraliser le sexe et les pratiques qui l’entourent. Entre nouvelles et témoignages, le livre joue avec l’autofiction et nous fait entrer dans la vie de ses personnages, que nous apprenons à connaitre par bribes. Des bribes de rencontres, d’adieux, d’entre-deux. Comme Roland Barthes dans Fragments d’un discours amoureux, elle découpe le désir en figures, en éclats de langage, et fait du sujet désirant la matière même du livre.
Ici rien ne s’achète, rien ne se vend, tout s’échange et se recycle !
Chaque récit pénètre le suivant : c’est un flux d’images, de sensations, d’énergie qui se transforme sans cesse et ne disparait jamais. Peau contre peau, le désir devient une onde qui relie tout et n’exclut rien, pas même les choses. Les corps vibrent, et le décor avec eux.
Chaque objet semblait sur le qui-vive.
La structure se déploie sur quatre mouvements, comme une symphonie qui s’achève sur la question « et à propos de l’amour ? » Au fil des pages, on s’aperçoit que le livre est plus qu’un exutoire : c’est le fantasme d’une société, de religions, d’esprits libérés de toute contrainte oppressante. On l’a lu chez Michel Foucault : l’Église a fait du désir un discours à confesser, pour mieux le contrôler, et pour que chacun apprenne à se contrôler soi-même. Chez Blach, l’aveu n’est plus arraché, il est choisi, et il met le feu aux purgatoires : on ne mentira plus jamais au curé. « L’outrage aux bonnes mœurs nous excitait. »
Le livre est un appel désespéré à toutes les salopes amoureuses capables d’assouvir, de cracher leurs désirs. Une lecture crue des plus jouissives.
Lolla Wenglinski