Philippe Lekeuche : la poésie, ce salut provisoire et fragile

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Philippe Lekeuche

Poète, auteur d’une œuvre aus­si con­sid­érable qu’exigeante, pro­fesseur émérite en psy­cholo­gie clin­ique, psy­ch­analyse et phénoménolo­gie clin­ique à l’Université de Lou­vain, prati­cien spé­cial­isé dans le traite­ment des grands tox­i­co­manes et des schiz­o­phrènes, nom­mé à l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, Philippe Lekeuche cisèle son œuvre poé­tique au con­flu­ent du vivre, de l’art, de la folie et du silence.

Ren­con­tre avec un écrivain dis­cret.

Élé­gies, Le chant du des­tin, L’éclat noir du désir, Le plus fou des hommes, Poème à l’impossible, L’homme tra­ver­sé. Son­nets de la pas­sion, Le feu caché, L’éperdu… tes recueils poé­tiques présen­tent la sin­gu­lar­ité de se tenir dans une ten­sion har­monieuse entre une expéri­ence de la dépos­ses­sion, la nudité d’une récep­tiv­ité à ce qui arrive (au poème mais aus­si au poète) et un être au monde habité par les voix de Hölder­lin, des Roman­tiques alle­mands, de Baude­laire, Rim­baud, Ver­laine, Rilke, Paul Celan, Emi­ly Dick­in­son. Pour­rais-tu revenir au mou­ve­ment génésique de l’écriture, ren­dre compte de la manière dont le poème jail­lit, s’affirme en son nom pro­pre bien qu’avec ton con­cours ? De quel lieu (psy­chique, méta­physique, phénoménologique) sur­git-il ? S’adosse-t-il à un désas­tre, à une faille, à une désori­en­ta­tion qu’il promet de trans­fig­ur­er en épiphanie, en présence ? Com­ment vis-tu la néces­sité de met­tre en forme (ou en dé-forme ?) les voix, la matière vibratile qui te tra­versent ?
Pour répon­dre à ta ques­tion, il me faut revenir à mon expéri­ence prin­ceps, celle de la venue de mon tout pre­mier poème. C’était en décem­bre 1966, j’allais avoir douze ans. Issus d’un milieu fort mod­este, mes par­ents n’étaient pas des uni­ver­si­taires ; il n’y avait pas de livres à la mai­son. De mon côté, je ne lisais que des mag­a­zines comme Spirou, Tintin, et quelques ban­des dess­inées. La poésie et la lit­téra­ture m’étaient totale­ment étrangères. Soudain, je ne sais pourquoi ni com­ment, j’ai écrit, attablé dans la cui­sine, un poème sur une feuille de papi­er quadrillé et je me suis trou­vé devant ce que j’ai vécu comme un prodi­ge : avant, il n’y avait rien et main­tenant il y avait là, sur la page, un poème debout dans sa ver­ti­cal­ité. J’étais sub­jugué et, depuis lors, je n’ai plus cessé de faire de la poésie. Je pense que j’en reviens tou­jours à ce moment-là, comme si chaque poème était l’originel, jail­li de je ne sais où. Durant les semaines qui avaient suivi l’apparition du pre­mier poème, je me trou­vais dans une joie illu­minée, intense et, en même temps, déjà, je gar­dais secrète la trou­vaille de ce tré­sor, n’en par­lant pas, faisant comme si rien ne s’était passé. J’en ai par­lé bien sûr à ma mère, à mon père, à mes sœurs, mais ils ne pou­vaient pas mesur­er ce qui était en train de se pass­er pour moi. Et j’en suis tou­jours là, au pre­mier poème « mythique » : il n’y a rien, puis, il y a un poème.
À la fin de ma six­ième pri­maire, j’ai gag­né un lot à la tombo­la à l’école des Frères de Tour­nai : c’était un livre de Péguy, Morceaux choi­sis – Poésie en Livre de poche, je l’ai tou­jours. Je me suis mis à lire Péguy avec pas­sion, tran­si par les mantras cadencés de ses alexan­drins, emporté par le flux, le souf­fle de cette immense poésie, sans en « com­pren­dre » le sens, seule­ment ani­mé par la puis­sance ryth­mique de ses vers. Par la suite, durant mon ado­les­cence, j’ai décou­vert les grands poètes français du 19ème siè­cle dont Baude­laire, Ver­laine, Rim­baud. Et des poètes belges : Elskamp, Hel­lens, Ver­haeren et quelques autres. Au tout début de mes années uni­ver­si­taires, Rilke et Hölder­lin furent pour moi comme des coups de foudre.

Charles Péguy

Charles Péguy

Dans de nom­breux textes théoriques, dans des entre­tiens, d’une part, tu soulignes ta réti­cence à dis­sert­er sur l’expérience poé­tique, d’autre part, tenail­lé par la ques­tion « Qu’est-ce qu’un poème ? » qui ne fait qu’une avec la ques­tion « Com­ment vivre ? » (préam­bule d’Une vie mélangée), tu développes une pen­sée de la poésie qui s’écarte des grilles habituelles. Je cite ici ton avant-dire à L’éclat noir du désir : « Car la poésie n’est pas affaire d’écriture seule­ment. Et même essen­tielle­ment, elle ne l’est pas (…) je dirai que ce qui fait “poésie” est de l’ordre de ce que Jean Guiraud appelait un “champ ten­sion­nel” qui ne relève ni du “con­tenu” ni de la “forme” mais d’un écart, d’un bat­te­ment, d’un frémisse­ment pul­satile qui par­court l’ensemble du poème et qui n’est pas local­is­able dans les mots, dans le sens, dans la thé­ma­tique. » Peux-tu dévelop­per ta con­cep­tion du poème comme espace énergé­tique et la façon dont tu l’éprouves ?
Chez moi, le poème se forme bien avant le lan­gage, dans une zone préver­bale, dans le corps. Ain­si donc, je ne pars jamais des mots, de la langue. À un moment don­né, le vague malaise de la ges­ta­tion pro­duit la néces­sité de dire, et les mots vien­nent seule­ment ensuite, ils essaient de capter ce mag­ma énergé­tique com­posé de sen­sa­tions, de représen­ta­tions pré-audi­tives et pré-visuelles, cette sorte d’être vivant encore informe. La con­cep­tion française de la poésie met l’accent sur le lan­gage, sur les mots, et cela s’est ampli­fié avec le struc­tural­isme. Mais, dans la con­cep­tion alle­mande, il existe d’abord une sub­stance vivante, poé­tique, qui précède telle ou telle langue par­ti­c­ulière, qui relève de ce que Hei­deg­ger, à par­tir de Hölder­lin, appelle Ursprache, la « langue orig­i­naire», qui ani­me déjà la nature, bien avant tout lan­gage humain. Cette sub­stance est celle de la vie elle-même et le « com­ment vivre » se trou­ve en cor­re­spon­dance directe avec le « com­ment met­tre en forme » un style, un monde de paroles. Cette zone matricielle où germe le poème est spé­ci­fique­ment poé­tique, je ne la réduis pas du tout à l’Inconscient con­sid­éré d’un point de vue général. Il ne faut pas « psy­chol­o­gis­er » le proces­sus en cours. Ce dernier se passe à l’insu du poète et ne répond pas à un pro­jet d’écriture ni à la volon­té de faire une œuvre. Ce mot de « œuvre » pour ce qui me con­cerne m’est vrai­ment étranger, je ne dis jamais « mon œuvre ». Non, c’est avant tout une ques­tion d’existence. La mienne a tourné de cette manière, elle s’est déployée de cette façon. C’est le cœur de mon être, je n’y peux rien. Cela, je le dis sans aucune pos­ture, mais à par­tir de mon human­ité la plus ordi­naire, homme mor­tel par­mi les mor­tels, bon ouvri­er de la poésie. Je dois donc, comme on dit, « faire avec » cette « chose » en moi-même, avec ce mode d’être que je n’ai pas choisi. Mais c’est vrai que mon poème n’est pas fait de mots même s’il est écrit avec eux. Il est fait de cette sub­stance vitale, de cette chose qui, tou­jours, fait retour. Des mots, je me méfie car ils peu­vent être trompeurs.

En son sur­gisse­ment et en sa réal­i­sa­tion, ton œuvre poé­tique me sem­ble se tenir dans la pul­sa­tion du dire et de l’indicible, du phras­er et du silence, dans les régions (pro­pres à la mys­tique et à la psy­ch­an­a­ly­tique) du lien entre le prédi­catif et l’antéprédicatif, le verbe et l’avant-mot, l’après-mot. Com­ment conçois-tu cette artic­u­la­tion ? Perd-on le roy­aume des pul­sions, de la nuit, de l’enfance (de l’in-fans) quand on entre dans le sym­bol­ique ? Com­ment te situes-tu par rap­port aux pen­sées qui, de Spin­oza (« le mot “chien” ne mord pas ») à Hof­mannsthal, de Lyotard à Quig­nard, de Niet­zsche à Mal­lar­mé (« l’absente de tout bou­quet ») sou­ti­en­nent, cha­cune de manière dif­férente, que le logos brime et nous fait per­dre les inten­sités, le sen­si­ble ? Com­ment la poésie regagne-t-elle ce con­ti­nent avant les mots et ouvre-t-elle à l’après-mot ?
C’est une ques­tion fort dif­fi­cile que celle du pas­sage de la for­ma­tion du poème dans les limbes obscurs à sa mise en forme dans le champ du sym­bol­ique où il voit le jour, où il est lui-même vu. De très grands poètes, tels que Cafavy, Dick­in­son, Pes­soa, pro­tégeaient leurs poèmes, les tenaient secrets une fois écrits. Mais ta ques­tion porte sur l’étape qui a précédé, celle de l’écriture en tant que telle. Faire pass­er le poème dans l’ordre du sym­bol­ique est-il cor­rélatif d’une perte ? Cer­taine­ment, d’une espèce de « cas­tra­tion sym­bol­ique » comme le dit Lacan. Le lan­gage nous coupe de quelque chose, de cette « chose » que j’évoquais plus haut. Du coup, ce qui est écrit, ce n’est jamais « ça ». C’est la rai­son pour laque­lle, tou­jours, l’on recom­mence. C’est comme les mots d’amour, ils s’énoncent inévitable­ment dans un ratage. Les mots d’amour ne sont pas l’amour, ils le dis­ent inévitable­ment en porte à faux. Le « je t’aime » ne ras­sure en rien. Ce n’est jamais une preuve en soi, pas plus que ne l’est l’acte sex­uel. Pour répon­dre à ta ques­tion de savoir « com­ment la poésie regagne-t-elle ce con­ti­nent avant les mots ? », je ne dis­pose que d’une piste issue de mon expéri­ence vécue. En effet, une fois le poème écrit, je me demande si c’est bien un poème ou sim­ple­ment un texte poé­tique. Tout ce qui n’est pas un poème est jeté, même si c’est un texte poé­tique bien écrit, avec de la pen­sée, une orig­i­nal­ité, etc. Et les vrais poèmes sont rares : j’élimine en général les deux tiers de mes écrits. Si c’est bien un poème, il y a en lui une « x », une « incon­nue », une étin­celle qui n’est pas du lan­gage mais qui est venue, intacte, de la chose infor­mulée, de cet être vivant préver­bal. Le tout, c’est de pou­voir la repér­er, c’est-à-dire de savoir se relire. Par­fois, cela demande beau­coup de temps. Dans le poème vrai ne se trou­ve jamais qu’une par­celle de ce con­ti­nent préver­bal, de la vie même, alors que l’ordre sym­bol­ique est une néga­tion de la chose et implique que la pul­sion de mort est inter­v­enue, ce qui, d’ailleurs, n’est pas évitable. La psy­ch­analyse a bien explic­ité que le sujet humain ne par­le qu’à par­tir de sa con­di­tion de mor­tel.

Poésie et psychanalyse

J’aimerais que tu évo­ques le lien entre ta poésie et ta pra­tique ana­ly­tique, ton enseigne­ment de psy­cholo­gie clin­ique, ta prise en charge de patients schiz­o­phrènes. Que t’ont révélé les schiz­o­phrènes sur le rap­port au lan­gage, sur le heurt entre pul­sion de vie et pul­sion de mort, sur la vérité ? En quoi l’expérience de la schiz­o­phrénie, des régimes autres de la rai­son a‑t-elle influ­encé, mar­qué ta pra­tique poé­tique ? Un mot aus­si sur l’importance, dans ton œuvre, de la fig­ure de Hölder­lin ?
De 1984 à 1993, je me suis occupé de grands tox­i­co­manes, soignés en com­mu­nauté thérapeu­tique au « Cen­tre d’Accueil et de Traite­ment du Sol­bosch » à Brux­elles. Puis, de 1993 à 2001, j’ai tra­vail­lé à l’« Unité 21 » du ser­vice psy­chi­a­trique des Clin­iques uni­ver­si­taires Saint-Luc à Woluwe. Puis, de 2002 à 2019, je fus psy­chothérapeute au Cen­tre de Guid­ance de Lou­vain-la-Neuve. C’est à l’ « Unité 21 » que j’ai ren­con­tré des per­son­nes schiz­o­phrènes, sou­vent de jeunes malades en tout début de psy­chose. Toutes mes activ­ités clin­iques se sont tou­jours déroulées en par­al­lèle avec mon enseigne­ment à la Fac­ulté de psy­cholo­gie de l’UCL où j’ai tra­vail­lé durant quar­ante ans, de 1979 à 2019. Ce qui m’a frap­pé, c’est que les tox­i­co­manes étaient dans l’évitement du lan­gage, ils n’y croy­aient plus, cer­taine­ment parce qu’ils avaient été trompés, enfants, par les mots de cer­tains adultes qu’ils aimaient. Dès lors, les mots ne pou­vaient que men­tir. Avec les schiz­o­phrènes, c’est le con­traire : le mot est la chose, le sort du monde et leur exis­tence peut se jouer sur un mot. Un mot cat­a­strophique et c’est la fin du monde. Les schiz­o­phrènes m’ont enseigné que les mots n’étaient pas de la petite mon­naie, que la vie et la mort s’y jouaient. Ils m’ont aus­si appris à devenir plus vrai, plus humain. J’ai, envers eux, une grande dette. Le schiz­o­phrène s’est telle­ment approché de la vérité qu’il s’y est brûlé vif. Tel m’est apparu Hölder­lin, le par­a­digme incar­né du poète. Il a accen­tué chez moi la ques­tion du rap­port entre la poésie et la vérité, même si, pour le monde post­mod­erne, il n’y a plus de vérité, il n’y a que des opin­ions. Pour para­phras­er Hei­deg­ger dans son ouvrage sur l’origine de l’œuvre d’art, je dirai que le beau n’est que l’éclat de la vérité en train d’apparaitre. Et Rilke, lui, écrit, dans sa pre­mière élégie, que le beau n’est que le com­mence­ment de l’effroyable, il l’écrit lit­térale­ment alors que la plu­part des tra­duc­tions français­es édul­corent sa for­mu­la­tion. La vérité n’est pas préex­is­tante à l’œuvre d’art, elle se met seule­ment à exis­ter à par­tir d’elle, elle est une créa­tion. C’est là un para­doxe extrême­ment mys­térieux.

Ques­tion­nant l’amour, l’infini, l’absolu, la spir­i­tu­al­ité, l’enfance, le trag­ique, ta poésie noue indis­sol­uble­ment méta­physique et sen­so­ri­al­ité, pro­fondeur philosophique et non-savoir, médi­ta­tion et émo­tion. Peux-tu expos­er la manière dont ton esthé­tique poé­tique se rap­porte à l’intime et à l’inconscient ? 
Quand je suis dans un poème, je mets entre par­en­thèse toute théorie, tout pré­ten­du savoir, pour en revenir à l’expérience pure, « à la chose même » (« die Sache selb­st ») comme dis­ait Husserl. Le savoir ne vient jamais que dans un après-coup. Ain­si va toute vie. Et ce que je vis avec inten­sité, par­fois douloureuse­ment, c’est la présence d’une dual­ité : des forces intérieures et extérieures nous tirent vers le bas, d’autres, à l’inverse, nous poussent à nous élever. L’axe élé­va­tion-chute, je le ressens d’une façon parox­ys­male. C’est peut-être cette déchirure qui ouvre un espace pour le poème. Lorsque j’ai l’impression d’être en un point d’équilibre, arrivé à une sorte de solu­tion, la poésie n’est plus pos­si­ble. Heureuse­ment, cela ne dure jamais longtemps. De toute manière, je ne suis maitre de rien. Mais il serait erroné de penser que le spir­ituel appar­tient à la hau­teur et que la sen­so­ri­al­ité se trou­verait plutôt en bas. Les deux, le spir­ituel et le sen­soriel, se trou­vent intriqués et voy­a­gent ensem­ble tout au long de cet axe ver­ti­cal. Vers le haut, il y a de l’autre, une altérité véri­ta­ble, invi­o­lable, une altérité pleine­ment sujet, qui ne peut être objec­tivée ou « objec­tal­isée », c’est-à-dire trans­for­mée en objet de jouis­sance. Vers le haut, il y a un appel à être, à vivre, à aimer véri­ta­ble­ment, à se relever, au dépasse­ment si cher à Niet­zsche. L’Inconscient lui-même, au sens freu­di­en du terme, est éton­nant : il recèle toutes sortes de pul­sions, de fan­tasmes plus ou moins avouables, et, en même temps, il peut être capa­ble de créa­tions authen­tiques, cela arrive avec cer­tains rêves noc­turnes, le rêve appa­rait comme une œuvre d’art ou bien il a conçu un poème, claire­ment perçu dans le som­meil et qui s’évanouit avec le réveil. Je me ris­querai donc à dire que cet axe ver­ti­cal, cette dual­ité, con­cerne notre corps, notre psy­chisme, notre incon­scient, elle nous tra­verse de part en part dans toutes nos dimen­sions, elle existe aus­si dans le pul­sion­nel, rap­pelons-nous le mot fameux de Hegel : « la pul­sion est esprit » (« Trieb ist Geist »).

lekeuche cette maladie au nom perdu

Dans Cette mal­adie, au nom per­du, tu écris « Com­ment, avec les mots, / Des mots me défaire ? Cer­cle impos­si­ble / Et qui me cerne. » Tu creuses le verbe au cœur de l’impossible, de l’aporétique, de la non-dialec­tique entre l’identité (l’imposture du « Moi de chi­enne ») et le champ poé­tique. Le poète reflue-t-il, se con­gédie-t-il quand le poème advient en tant que sujet, que champ autonome ? Écris-tu en tant que sur­vivant ?
« Sur­vivant », je n’utiliserai pas ce terme me con­cer­nant : nous savons tous qu’il existe des sur­vivants, des per­son­nes qui ont vécu et tra­ver­sé des événe­ments ter­ri­bles, aux lim­ites de l’innommable, des choses atro­ces, inimag­in­ables. Eux, ce sont des sur­vivants et sou­vent ils se taisent et ne racon­tent pas l’horreur. Pour répon­dre à la pre­mière par­tie de ta ques­tion, je dirai que le Moi n’est pas l’auteur de mes poèmes. Je songe bien sûr à la fameuse con­férence de Michel Fou­cault : « Qu’est-ce qu’un auteur ? ». Le but de ma poésie n’est pas de m’apporter de la jouis­sance, ni de réas­sur­er mon nar­cis­sisme. Je n’ai que faire de tout cela. Le but de ma poésie, c’est qu’il y ait quelques vrais poèmes dans ce monde. Et si, au fil du temps, je peux devenir une meilleure per­son­ne grâce à ma pra­tique de la poésie, hum­ble­ment j’en rends grâce aux dieux du poème. Bien enten­du, le fait que je suis dans la psy­ch­analyse depuis 1976, – je veux dire dans le mode de penser psy­ch­an­a­ly­tique –, cet état de chose me con­duit à me méfi­er ter­ri­ble­ment du Moi. Mais déjà, Pas­cal, dans ses Pen­sées et bien avant Freud, lui avait réglé son compte, à ce Moi ! Le poète est quelqu’un d’autre qui par­fois me vis­ite puis s’en va. Aus­si étrange que cela paraisse au lecteur, je peux affirmer, avec toute la sincérité pos­si­ble, que je ne m’identifie pas au poète. Et même, qui sait, c’est peut-être bien le poème qui fait le poète et non l’inverse. J’ai tou­jours veil­lé à ne pas oubli­er que j’étais un homme comme un autre, ordi­naire, qui vivait sa vie le moins mal pos­si­ble. Puis, soudain, le poète arrive, il m’occupe, je me mets au tra­vail. J’ai vrai­ment la cer­ti­tude que le poème écrit est venu d’un Ailleurs, même s’il est passé par moi, par mon incon­scient, par tout ce qui me con­stitue. Et puis, il me faut, comme on dit, « assumer » la chose écrite. J’y suis bien pour quelque chose et mon petit Moi aus­si, et tous ceux que j’ai con­nus et aimés ont con­tribué à cette écri­t­ure. Car après tout, oui, c’est bien moi qui ai choisi de me livr­er, de pren­dre ce risque de la créa­tion poé­tique. Il n’y a pas de poésie vraie sans risque, un risque où l’on peut suc­comber.

Qu’entends-tu par ton image-con­cept récur­rente d’un poème perçu comme un couteau ? Que coupe-t-il ? Com­ment le poème-couteau se tient-il face à la fini­tude, à la perte, à la mort ?
Pour­rais-tu dépli­er la cir­cu­lar­ité du dou­ble salut con­tenu dans l’injonction : « Il faut sauver la poésie. Sauver. Sauver. /Sauver la Poésie qui nous sauve. » (Le jour avant le jour, pré­facé par Lil­iane Wouters) ?   
Déjà, dans un des poèmes de Si je vis, poème que j’avais écrit en 1985, survient la for­mule « Soli­tude au couteau ». Dans une des let­tres qu’il m’a écrites, Blan­chot avait pointé cette expres­sion (je lui avais envoyé cette année-là quelques poèmes dacty­lo­graphiés). Puis l’image du couteau et du poème-couteau sont revenus au fil des années. D’un point de vue de mon vécu, c’est vrai qu’à cer­tains moments des sou­venirs me transper­cent, ils sont comme des coups de couteau portés depuis l’immémorial de ma vie. D’un point de vue allé­gorique, l’image du poème-couteau sig­ni­fie prob­a­ble­ment que le poème tranche, qu’il coupe dans l’impossible à dire, qu’il fait tomber les masques et met à nu. En cela, ma poésie ne m’est jamais apparue comme une solu­tion, comme une con­so­la­tion. Je la vis comme un couteau plan­té en moi, un prob­lème insol­u­ble. Et que peut alors ce qu’on appelle « sub­li­ma­tion » ? Elle per­met qu’advienne l’œuvre d’art par je ne sais quel mir­a­cle. Il y a du ratage, de l’incomplétude, il y a des restes, des déchets, de la douleur. Il y a une sorte d’échouage sur une rive qui ne ras­sure pas. « Sauver la poésie qui nous sauve ». C’est la ques­tion du salut. Chez Kaf­ka, la lit­téra­ture n’est pas thérapeu­tique, elle ne l’aide pas à sur­mon­ter son prob­lème au père, il reste dans cette impasse. Mais elle ouvre une porte à un salut pos­si­ble, à ce qu’il puisse con­tin­uer de respir­er. Le terme de « salut » ne com­porte donc rien de religieux. Sauver la poésie ? Oui : elle est tou­jours en perdi­tion, il lui faut notre sec­ours, car la parole est de toutes parts attaquée par les anges d’un mutisme de métal ou du men­songe. Nous sauve-t-elle ? Oui, elle empêche la dis­so­lu­tion, la noy­ade dans les flux affreux de ce monde, elle fait obsta­cle à un pos­si­ble oubli de l’être. Mais ce salut n’est jamais que pro­vi­soire et frag­ile. On n’en finit jamais de rechercher la lumière, le ciel, de regarder tou­jours à nou­veau vers le haut, de ce mou­ve­ment du regard qu’évoque Hölder­lin dans son poème « En bleu adorable ».

La photographie, une autre zone

J’aimerais qu’on évoque ta pra­tique pho­tographique, que tu développes la manière dont tu la perçois, dont tu la « réfléchis ». L’envisages-tu comme un pen­dant, un dou­ble vis­i­ble de l’écriture poé­tique ou comme un champ extérieur, situé dans une dimen­sion autre ? Qu’est-ce qui catal­yse ta pul­sion scopique ?
J’ai com­mencé à pren­dre des pho­togra­phies en 1968 avec un appareil tout à fait rudi­men­taire, un moyen-for­mat 6x9, un Agfa Box qui util­i­sait des rouleaux de pel­licules de huit pris­es. Il n’y avait aucun réglage, aucune mise au point à effectuer, la pho­to se pre­nait au jugé. Dans ces con­di­tions, je devais rater beau­coup de clichés. Je l’utilisais durant les grandes vacances d’été lors de mes prom­e­nades avec mes deux sœurs plus jeunes que moi et notre chien Tom, un croise­ment entre berg­er mali­nois et berg­er alle­mand. Il y avait quelque chose d’un peu mag­ique dans toute cette procé­dure : aller acheter les pel­licules sur la place du vil­lage voisin, pren­dre les pho­tos, les porter à dévelop­per, atten­dre le résul­tat, puis enfin voir les pho­tos pris­es qui trans­po­saient la réal­ité, le ren­du de la scène, dans un décalage entre ce que j’avais vu et ce que l’appareil avait cap­té.
Je suis resté ce pho­tographe ama­teur et ma pra­tique pho­tographique fut, au fil du temps, erra­tique : pen­dant de longues péri­odes, je ne pho­tographi­ais pas, j’ai même cessé totale­ment cette activ­ité durant de longues années. Je me suis remis à une pra­tique inten­sive autour de 1997, tou­jours en pho­togra­phie argen­tique, mais mon tra­vail ne me per­mit pas à l’époque d’investir vrai­ment la pho­togra­phie de façon suiv­ie. C’est seule­ment à par­tir de 2015 que j’ai retrou­vé la pho­togra­phie avec régu­lar­ité, m’engageant entière­ment dans cette pra­tique sans me dire pour autant pho­tographe. Je pra­ti­quais unique­ment la pho­togra­phie en polaroid, dis­posant de plusieurs appareils plus ou moins sophis­tiqués util­isant des films de for­mats dif­férents. Je con­tin­ue tou­jours de pren­dre des pho­tos en polaroid mais j’utilise surtout des appareils argen­tiques divers, en 24x36, 6x6 et 6x9. Ce sont pour la plu­part d’anciens appareils pho­to de col­lec­tion en par­fait état. Mais je ne vais pas ici m’appesantir sur les spé­ci­ficités tech­niques de mes out­ils, je voudrais plutôt essay­er de dire ce qui me mobilise dans la pho­togra­phie. Il me faut pré­cis­er que je me suis soumis à un sérieux appren­tis­sage per­son­nel, étu­di­ant en auto­di­dacte les paramètres en jeu dans la prise pho­tographique et les spé­ci­ficités tech­niques des dif­férents appareils que je songeais à acquérir.
Si je pho­togra­phie en couleurs et en noir et blanc, avec le temps j’investis de plus en plus la pho­togra­phie mono­chrome, plus pure, plus essen­tielle, plus décan­tée, sans cette sorte de maquil­lage que con­fèrent les couleurs. D’une manière générale, je ne recherche pas d’effets, je ne retouche pas mes pho­tos, je n’utilise pas de logi­ciels ad hoc. Je vise le banal, le sim­ple, l’élémentaire, le per­cept rudi­men­taire : objets, paysages, bâti­ments, maisons, ani­maux, bateaux, et que sais-je encore …, réal­isant fort peu de por­traits car je me sens assez mal à l’aise lorsque je pho­togra­phie une per­son­ne : j’ai tou­jours l’impression que le por­trait est déjà posthume, que la mort vient inévitable­ment s’immiscer dans la prise dès que j’appuie sur le déclencheur.
Ce qui me mobilise dans la prise d’une pho­togra­phie, c’est cet écart, ce décalage, cet espace dif­féren­ci­a­teur entre, d’une part, ma per­cep­tion phys­i­ologique telle qu’elle se donne à moi lorsque je délim­ite le sujet à pho­togra­phi­er dans le viseur et, d’autre part, ce que l’appareil a vu, ce qu’il a perçu de son côté, ce qu’il réalise, lui. Tout est dans cet écart, cette sépa­ra­tion, cette césure. L’appareil pho­to – du moins si la pho­togra­phie est « réussie » ‒ a saisi cet écart, cet « espace entre » et, ce que la pho­to mon­tre, c’est cet écarte­ment, cette coupure, même si ma per­cep­tion per­son­nelle, organique, à la base de la prise, n’est pas directe­ment per­cep­ti­ble par autrui sur la pho­togra­phie ; elle y est néan­moins impliquée. Ce qui est pho­tographié, c’est cet écart entre le percevoir et le voir.  Cet espace­ment, cette divi­sion me fascine, elle me fut révélée par la pho­togra­phie qui perçoit, elle, ce que nous sommes inca­pables de voir.
Du coup, on ne sait plus très bien qui est le pho­tographe, ni où il se trou­ve … Le prob­lème de l’identité se trou­ve dou­ble­ment posé : iden­tité de cela même qui prend la pho­to et iden­tité de l’« objet » pho­tographié.
Cela étant, je ne me dis donc pas « pho­tographe », je ne cherche pas non plus à expos­er mes pho­tos, je les intè­gre unique­ment à « Flickr », ce média sur Inter­net, dédié à la pho­togra­phie, où je dis­pose d’un site pour la couleur et d’un autre pour le noir et blanc. Ce qui me motive essen­tielle­ment depuis le début, c’est l’acte de pho­togra­phi­er qui me déplace hors de moi, me pro­jette vers le dehors, cet acte qui me fait voir mon pro­pre regard dans l’après-coup de ce qu’il a perçu. La pho­togra­phie m’apaise, je prends tout le temps qu’il faut, je regarde, je médite, je savoure la lenteur de la prise, le temps sem­ble sus­pendu, je suis comme déchargé de moi-même.
Il n’y a donc pas de rap­port chez moi entre la pho­togra­phie et la poésie car ces deux pra­tiques con­cer­nent des zones très dis­tinctes de ma per­son­ne. Je suis tan­tôt dans l’une, tan­tôt dans l’autre et je ne ressens pas de cor­re­spon­dances entre elles. Et pour­tant, la pho­togra­phie me tient au corps, elle fait par­tie de moi. Lorsqu’à l’âge de qua­torze ans je me suis mis à pho­togra­phi­er, j’avais trou­vé sans le savoir une issue pour sor­tir hors de moi-même, pour me sen­tir allégé. 

La catastrophe

lekeuche l epreuveCom­ment te rap­portes-tu au nouage de l’instant fugace et de la trace, de l’apparition et de l’évanescence, un nouage qui sem­ble l’arête vive sur laque­lle tu lances ton œil ? Com­ment, dans l’exercice de l’écriture poé­tique, l’enjeu presque des­ti­nal d’un bat­te­ment entre « fort » et « da », entre présence et absence, épouse-t-il le souf­fle et le rythme de ton verbe ? Pour­rait-on affirmer que ton œuvre laisse réson­ner un con­tre-deuil ?  Et quel est le deuil qui la porte ?   
Freud racon­te l’histoire d’un jeu qu’avait inven­té son petit-fils. L’enfant lançait au loin une bobine attachée à un fil et dis­ait « da », « être là, ici », puis il rame­nait vers lui la bobine et dis­ait « fort », « par­ti, être par­ti ». Freud inter­pré­ta ce jeu comme une sym­bol­i­sa­tion par l’enfant des allées-venues de sa mère, une mise en lan­gage de la dis­pari­tion puis de la réap­pari­tion de celle-ci. Sa mère restait donc présente dans son lan­gage mal­gré son absence dans la réal­ité. Ce petit événe­ment enfan­tin me per­met de dire que l’absence et la présence, cette alter­nance entre être-là et n’être plus là se rap­porte tou­jours, du moins je le pense, à une ou à un autre, à quelqu’un qui rem­plit une fonc­tion très archaïque d’étayage et sans lequel la présence pro­pre est men­acée de dis­pari­tion. À un niveau très archaïque, s’inscrit ce lien à l’autre pri­mor­dial, lien qui va per­dur­er toute la vie car l’archaïque demeure vivace et agis­sant chez l’être humain. Le lan­gage vient trans­pos­er ce rap­port des plus prim­i­tifs dans le champ sym­bol­ique, il inclut en lui une trace, une espèce d’écriture par­lée, qui vient con­tr­er le sur­gisse­ment de l’angoisse d’abandon qui, chez cer­taines per­son­nes, est plus vivace et mas­sive que chez d’autres.
On sait de quelle façon trag­ique Hölder­lin a ressen­ti ce qu’il a vécu comme l’éloignement du dieu et même sa dis­pari­tion : le dieu est cette instance qui envoie des signes à l’homme afin qu’il les inter­prète et con­naisse l’inconnu qu’il est pour lui-même et qu’il doit demeur­er. Chez Rim­baud, l’absence du père laisse des traces plus ou moins latentes dans cer­tains de ses pre­miers poèmes. L’étude atten­tive de sa biogra­phie nous mon­tre à quel point l’absence de son père con­tin­ue de le hanter. Cavafy est habité par une pro­fonde mélan­col­ie, la recherche vaine de l’objet per­du : de la beauté de cet éphèbe mythique dont il guette le reflet fugace, la nuit venue, sur les corps des garçons des rues d’Alexandrie. Je pour­rais citer d’autres exem­ples de poètes qui se sont heurtés de front à ce prob­lème sans solu­tion, celui de la dis­pari­tion de l’autre hors duquel exis­ter n’est plus pos­si­ble.
Dans ma poésie, cette zone archaïque est sans cesse réac­tivée, tout se joue là sur le fil de la cat­a­stro­phe poten­tielle, le poème est recherche éper­due, appel, quête d’un point d’appui, marche chance­lante sur un fil. Le poète est sans cesse en passe de n’être plus. Il vac­ille. Il tente d’éviter le trou dans le lan­gage. Il tourne autour. Le poème, qui n’est pas une affaire de représen­ta­tions mais de « présence à », se veut sta­ble, mis en forme, con­tenu, se déroulant autour d’un axe jamais très assuré, ni ras­sur­ant. Cet état de chose s’impose, je veux dire qu’à cer­tains moments il fait retour, remonte vers la sur­face, cherche à forcer les digues de l’être là tenu au sein de son apparence habituelle dans le monde, dans la vie pra­tique, ordi­naire. Oui, cela remonte, cela fait retour, cela risque d’emporter le poète loin de toute rive, de tout rivage, loin des bor­ds de l’être. C’est comme si le poème devait per­me­t­tre d’aborder quelque part, auprès de cet autre, de ce « tu », « toi », qui se dérobe. Les choses se passent bien en deçà du deuil, dans un « n’avoir jamais eu lieu » et donc, dans ma poésie, j’ai ten­dance à penser qu’il ne s’agit pas de la perte mais d’un quelque chose qui n’a pas eu lieu et qui pour­tant insiste en creux. En livrant ceci au lecteur, je ne fais que con­fi­er mon sen­ti­ment per­son­nel, un vécu très intime, et je ne voudrais pas ramen­er toute ma poésie à ce point pour­tant nodal. Car, après tout, j’espère ne pas trop savoir de quoi il en retourne … Si je le savais, je cesserais d’écrire.
Je ne suis ni un roman­tique, ni un idéal­iste mais un réal­iste forcené de la con­di­tion humaine, ma poésie a défait bien de mes illu­sions (heureuse­ment, il m’en reste quelques-unes), elle se déploie dans un non-savoir et la con­nais­sance qu’elle peut éventuelle­ment attein­dre n’est pas de l’ordre du con­cept ou de la philoso­phie. J’écris donc parce que remonte sans cesse cette chose qui n’a pas de nom et qui, irrémé­di­a­ble­ment, n’est pas de l’ordre du lan­gage. La cat­a­stro­phe, c’est prob­a­ble­ment qu’il y a eu du non-être très tôt dans ma vie, du non-être qui con­tin­ue d’être là, dans un para­doxe de souf­france. Un vague et loin­tain sou­venir m’habite : je suis, très jeune enfant, dans une école mater­nelle à Mont-Saint-Aubert près de Tour­nai, je suis sous le préau durant une récréa­tion, et soudain, je me trou­ve sujet à une cat­a­stro­phe, à une panique figée tan­dis que je regarde devant moi les enfants jouer et l’environnement alen­tour. Est-ce un sou­venir-écran ? Est-ce une recon­struc­tion imag­i­naire après-coup ? Tou­jours est-il que je suis là au sein d’un cat­a­clysme que je ne peux pas iden­ti­fi­er.
Cepen­dant, ma poésie ne fait pas de sur­place, elle n’est des­tinée à reculer, à tou­jours en revenir à ce qui ne s’est pas passé et qui aurait dû l’être. Car la poésie est un chem­ine­ment, les poètes le savent bien, qui nous porte en avant de nous-mêmes, vers un hori­zon, vers de l’inconnu, elle est créa­tion et pas seule­ment répéti­tion d’un drame. J’essaie de me renou­vel­er, d’ouvrir un autre espace de parole, de me con­fron­ter au risque du non-savoir. Et cela ne se com­mande pas et n’est pas de l’ordre du pro­jet. Cela a lieu ou n’a pas lieu et le pau­vre poète n’y peut rien.

Véronique Bergen

Bib­li­ogra­phie
Le chant du des­tin, pré­face de Jacques De Deck­er, Cadex, 1987.
Si je vis, Les Éper­on­niers, 1988. Prix Émile Polak de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique.
Qua­tre écoutes du ton­nerre, Cadex et Les Éper­on­niers, 1990.
Celui de rien, Les Éper­on­niers, 1993. Prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique.
L’existence poé­tique, Cadex, 1995.
L’état rebelle, Les Éper­on­niers, 1998.
Solaire, Cadex, 1999.
L’homme tra­ver­sé – Son­nets de la pas­sion -, Cadex, 2003. Prix Jean Kobs de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique.
Cette mal­adie au nom per­du, Jacques Bré­mond, 2005.
Le plus fou des hommes, Le Tail­lis Pré, 2007.
Le feu caché, Édi­tions des Van­neaux, 2007.
L’éperdu, L’herbe qui trem­ble, 2010. Prix Mau­rice Carême de poésie.
Le jour avant le jour, pré­face de Lil­iane Wouters, Le Tail­lis Pré, 2013.
Une vie mélangée, L’herbe qui trem­ble, 2014.
L’éclat noir du désir. Poèmes 1988–1998, Le Tail­lis Pré, 2015.
Poème à l’impossible, Le Tail­lis Pré, 2018.
L’épreuve, L’herbe qui trem­ble, 2022.
Élé­gies, post­face de René de Cec­ca­t­ty, L’herbe qui trem­ble, 2025.
Malam­our, Edern édi­tions, 2025.


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°224 (2025)