Cet été, Le Carnet et les Instants vous emmène à la redécouverte de ses bonnes feuilles, des articles marquants de notre revue.
La rubrique « Carte blanche » a pris place dans nos colonnes du n° 72 (1992) au n°143 (2006). Un auteur ou une autrice y proposait un texte inédit de sa composition, lié soit à des questions d’écriture, soit à l’actualité politique ou culturelle. Chaque dimanche, du 5 juillet au 23 aout, nous vous proposons de redécouvrir l’une de ces cartes blanches. Des mots qui, même circonstanciels, résonnent toujours avec notre aujourd’hui.
Aujourd’hui : la carte blanche de Christian Hubin (18 septembre 1941 — 5 juin 2025) parue dans Le Carnet et les Instants n° 90 (1995) Continuer la lecture


Le poème hubinien se développe autour d’un sans lieu qui n’est peut-être, pour citer Fernand Verhesen évoquant son expérience de la traduction, « que le rien central dans le silence duquel tout se crée et autour duquel le poète répond à un appel. Cet inviolable espace intérieur, avec sa lisière de mots (…)» 
L’œuvre de Christian Hubin, exclusivement vouée à la poésie et à la réflexion sur celle-ci, traverse depuis cinquante ans les débats théoriques et esthétiques pour marquer d’une empreinte personnelle, radicale, la question du sens, de l’être et du langage. Les deux versants de cette œuvre se répondent : des courts-circuits de la métaphore (jusqu’à Personne, 1986) à un art de l’ellipse et du vide, il n’y a pas rupture, mais une tentative d’atteindre, par des voies différentes, le même point de fusion. Où le poème — toujours au bord de frôler l’absence et le silence, puisque conscience et corps, nature et création sont en voie de perpétuelle apparition/disparition — s’entend comme vibration sidérée. Pour le poète, écrire est une « tentative d’arracher un sens au monde et à notre nuit, (…) un moyen de connaissance, mais en même temps (…) le refus de s’illusionner sur ses pouvoirs ». Ici, le poème n’est pas discours, mais surgissement et descellement perpétuels. 