Olivier TERWAGNE, L’automne en juillet : poèmes et impromptus, Traverse, coll. « Carambole », 2023, 14 €, ISBN : 978–2‑93078–345‑1
Partant de ces deux constats : le dérèglement des saisons et les nouveaux rythmes scolaires bousculent le monde des grandes vacances, l’auteur profite de l’occasion pour se poser et faire le point. Le temps présent, le temps de l’Histoire (le plus souvent la petite) et le temps du bilan de vie (la bien nommée quarantaine) donnent sa superstructure à l’ouvrage. Ce recueil est également formé de trois « épisodes » : I. Préquel, II. Impromptus générationnels et III. Séquelles. Ces trois titres riment. Les impromptus se présentent sous forme de textes en prose tandis que les épisodes I et III sont en vers libres. Trois figures sont évoquées : un narrateur principal, observateur et désorienté ; la fille de la rue l’orée du bois, bien ancrée entre son amour de l’art et celui de la nature ; la fille de l’ambassadeur, insoumise, cosmopolite et nomade. Continuer la lecture
« il pleuvait des ficelles, les cordes étaient en rupture de stock… / le voyage commençait sur des chapeaux de roues crevées… / je demande au taximan de sélectionner “ailleurs” dans le gps ; option “trajet le plus long”, téléphone en mode “avion” ». C’est ainsi qu’Olivier Terwagne se rend Momentanément absent, et prend la tangente des (jeux de) mots, assume le parti de queuedepoissonner la syntaxe, traverse les chemins des sonorités et des échos. Bien que parlant le mort, le nord, le morse, le russe, l’absence, lapsus, muet, sous-titre et silence, c’est dans un français entortillé de libertés qu’il s’exprime. Au fil de ses cinquante-cinq Récits d’un temps volatile, sa langue s’alambique et s’aplatit, se décline en vers et se libère en proses (et le contraire), se charge de références multiples (historiques, littéraires, musicales, sociétales, etc.) et s’affranchit de toute logique d’attente : « après avoir joué sur le [sic] mots, nous avons joué sur les lettres elle l’a eue dans la… tes hi tes hi ahhh chantait Gainsbourg pour Laetitia amour ne prend qu’un M faute de frappe on écrit N pour M je jouerai désormais sur les textos, les sextos… A + le plus est une croix chante Biolay S M S Sado Maso Schisme ? Je prends ton M en sandwich et j’en reviens au déjeuner sur l’herbe ».
Olivier Terwagne a retrouvé le journal de Constance dans une maison inoccupée de Chimay et tente, dans cet ouvrage, d’assembler des fragments pour nous livrer des traces de vie de la jeune fille. L’historien ne nous donne pas à lire ici un témoignage lisse, structuré et exhaustif de l’héroïne. Il est en effet « difficile […] de lancer un avis de recherche pour retrouver une femme qui “n’existe pas” ». C’est donc à travers des aphorismes, des photos, des contes, des lettres et de nombreux poèmes que nous découvrirons les morceaux de vie de cette jeune femme un peu paumée. 