Un coup de cœur du Carnet
Michèle FABIEN, Notre Sade, Sara Z., Charlotte, postface d’Élise Deschambre, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2025, 184 p., 10 €, ISBN : 9782875687111
Figure majeure des Lettres belges, de la scène théâtrale des années 1970–1990, autrice, dramaturge, adaptatrice, traductrice de Pasolini, Michèle Fabien (1945–1999) a interrogé avec une puissance inégalée l’espace théâtral, la dialectique des mots et des choses, du corps et du désir, de l’ordre symbolique, de son en deçà et de son au-delà. Accompagnées d’une remarquable postface d’Élise Deschambre, trois de ses pièces, Notre Sade, Sara Z., Charlotte, sont rééditées (dans un ordre différent) par Espace Nord vingt ans après la première édition dont la lecture éclairante était signée Marc Quaghebeur. Continuer la lecture
Maître de recherches à l’université de Namur, membre de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, spécialiste de la littérature française des XVIIIe et XIXe siècles, Michel Brix livre dans Libertinage des Lumières et guerre des sexes une étude décisive sur la littérature libertine du XVIIIe siècle. Traversant un vaste corpus de textes où, à côté des plus célèbres (les récits de Crébillon fils, Laclos, Sade…) figurent des perles que la postérité a négligées, il prend à rebrousse-poil la doxa dominante qui pose l’équation entre exercice du libertinage et émancipation du corset des règles religieuses et sociales. La cause semble entendue de nos jours : lié à la philosophie des Lumières, à sa « réhabilitation de la nature humaine », à sa contestation de la religion, le prodigieux essor de la littérature libertine aurait visé la libération des mœurs, le culte de la jouissance. L’idéal libertin serait celui de l’affranchissement des conventions morales pour les deux sexes. C’est cet éloge du paradigme libertin en tant qu’apologie de l’amour libre que Michel Brix met à mal en s’appuyant sur un retour aux textes : là où la critique a projeté sa grille de lecture, a gauchi l’esprit et la lettre des textes afin de faire du libertinage la nouvelle religion sans Dieu, l’auteur développe, textes à l’appui, une thèse inverse, celle du libertinage comme instrument d’une domination masculine.