Variations automnales

Gas­pard HONS, Le bel automne suivi de La mer­veille du rien, Limo­ges, Rougerie, 2014, 59 p., 12 €

honsLe nou­veau recueil de Gas­pard Hons est com­posé de deux par­ties, toutes deux liées à la pein­ture et à son influ­ence immé­di­ate dans l’acte d’écrire. La pre­mière, « Le bel automne », se lit avec l’accompagnement du tableau Paint­ing Table de Philip Gus­ton. Se suc­cè­dent au fil des pages de très brèves per­cep­tions, comme des haïkus.

Le lecteur est hap­pé à la fois dans la tête du poète et dans cet univers silen­cieux qu’il habite et sil­lonne, englobé dans les brumes col­orées du pein­tre améri­cain. La couleur rouge pré­domine : « du rouge, de la matière rouge, et trois châ­taignes rejoignant l’automne de la vie ». Le poète a l’art de par­ler des choses qui n’ont pas l’air d’avoir de l’importance, des élé­ments du quo­ti­di­en dont on ne par­le presque jamais. Les élé­ments naturels sont évo­qués dans le mou­ve­ment d’une marche lente, une har­monie se dessi­nant entre le corps et le décor. Chaque mot, chaque présence comptent. Une ques­tion se pose : « du chemin par­cou­ru, que reste-t-il ? ». Il dit aus­si : « si tu veux rester deviens automne, toi-même ». On médite cette sen­tence. Elle tourne en boucle dans la tête. Elle amorce déjà la deux­ième par­tie du livre qui par­le de « ce chemin aperçu entre les mots ». Celle-ci est dédiée à l’ami Jean-Luc Her­man récem­ment dis­paru, con­nu pour ses pein­tures-poésie sur papi­er chif­fon réal­isées en col­lab­o­ra­tion avec de nom­breux poètes. Ce texte « La mer­veille du rien » est d’abord paru sous forme de livre d’artiste. Avec une série de textes plus longs, Gas­pard Hons revient sur la ques­tion cen­trale du rien « qui le comble ». De ce rien nais­sent des bon­heurs, des « mer­veilles » qui le façon­nent, comme la récep­tion d’une mis­sive d’un ami ou la lec­ture d’un livre. Ces instants, mag­iques, font jail­lir de la lumière. Une lumière rare et fugace. On ne peut que partager son point de vue. Dans les livres, on trou­ve rarement ce qu’on y cherche. On est sur­pris par­fois par ce qu’on y trou­ve : « Cer­taines choses ne se trou­vent pas dans les livres, cer­tains mots s’y cachent à mer­veille. On sort des livres l’esprit encom­bré, la tête vide, jamais on n’en sort ras­suré ». Sou­vent, ils sont un refuge. Il y a aus­si « cette part de folie » de vouloir s’y enfer­mer et « qui nous fait per­dre pied ». Hons rap­pelle l’importance d’aller à la ren­con­tre des choses, pour « apprivois­er » les mots « dans le grand livre de la con­nais­sance ».

Mélanie Godin