Stéphane Lambert redévoilé

Stéphane LAMBERT, Char­lot aime Mon­sieur, Brux­elles, Les Impres­sions Nou­velles, coll. « Espace Nord », 2015, 192 p., 8.50 €

lambertLa col­lec­tion « Espace Nord » réédite ce mois-ci, fort oppor­tuné­ment, un des pre­miers textes de l’écrivain Stéphane Lam­bert, Char­lot aime Mon­sieur ain­si que deux autres réc­its : Ensem­ble, Simone et Jean sont entrés dans la riv­ière et Mes morts. Le présent recueil invite le lecteur à se plonger dans les pre­mières écri­t­ures de l’auteur, à la fois dif­férentes et com­plé­men­taires.
Sans entr­er dans une réflex­ion qui dépasserait le cadre strict de la cri­tique lit­téraire, on ne peut abor­der cette réédi­tion sans la met­tre en regard avec les autres textes pub­liés postérieure­ment par Stéphane Lam­bert. C’est que ce pre­mier texte, écrit – comme le sig­nale Jean­nine Paque dans son éclairante post­face – à la fin des études de let­tres de l’auteur, porte déjà en lui les thé­ma­tiques récur­rentes d’une œuvre en con­struc­tion. On y retrou­ve ain­si nar­rée, avec la même pudeur et can­deur, cette pre­mière rela­tion « d’amour », entre Char­lot, un petit garçon de dix ans et « Mon­sieur », un jeune homme de vingt-cinq ans qui lui fera décou­vrir, dans une rela­tion con­sen­tie, les pre­miers gestes d’une expéri­ence amoureuse et sex­uelle, qu’on lira plus tard dans Mon corps mis à nu, paru en 2013.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas : Char­lot aime Mon­sieur n’est pas un texte sur la pédophilie ou les abus sex­uels. Stéphane Lam­bert a su dépass­er la prob­lé­ma­tique sociale du sujet pour pro­pos­er un texte dense, riche et ter­ri­ble­ment boulever­sant. L’intérêt du réc­it tient au point de vue adop­té et au ton de l’écriture. C’est par le nar­ra­teur – un gamin de dix ans – que tout est dévoilé, que tout est dit : « Char­lot se pose des ques­tions. Et pour y répon­dre, il simule. Char­lot croy­ait qu’être mort, c’était être allongé et inerte, les yeux fer­més, la res­pi­ra­tion coupée. Alors, il essaie. Le soir, avant de s’endormir, dans le noir de sa cham­bre, il fait le mort ». Ain­si, cette réédi­tion dans la col­lec­tion « Espace Nord » a‑t-elle le mérite de nous faire (re)découvrir un pre­mier texte d’un écrivain au style pro­fondé­ment inim­itable. Un écrivain qui a aus­si cette qual­ité – rare ? – de manier les gen­res et les styles, comme en témoignent les deux autres textes qui accom­pa­g­nent le pre­mier réc­it. Par­mi les écrivains belges con­tem­po­rains, Stéphane Lam­bert s’affirme de plus en plus comme incon­tourn­able.

Pri­maëlle Verte­noeil

Ecoutez un extrait de Char­lot aime Mon­sieur  lu par Stéphane Lam­bert sur Son­alit­té