Récit d’un Je

Yves WELLENS, Vert bouteille, Hévillers, Ker édi­tions, 2014, 84 p., 10 €/ePub : 6.99 €

wellensL’enfance ? Une péri­ode unique où se mêlent insou­ciance et joie de vivre. Pour Yves Wellens, le « vert par­adis de l’enfance » décrit par Charles Baude­laire a vite cédé sa place à un vert bouteille, un vert assom­bri par les nom­breuses fioles vidées par son père.

Yves Wellens nous pro­pose un réc­it auto­bi­ographique à la troisième per­son­ne. La con­fu­sion n’en est que plus belle puisque le héros s’appelle Je. Cet usage crée de curieux effets gram­mat­i­caux qui n’en sont que plus savoureux. Au fil des pages, se suc­cè­dent des sou­venirs d’enfance, des anec­dotes se déroulant dans un quarti­er du nord de Brux­elles. Il est ques­tion du ciné­ma du coin, des films qu’on y décou­vrait, de l’opération à cœur ouvert de Je à qua­tre ans et demi, des livres qu’il dévo­rait, d’une cos­mo­naute à qui il a ser­ré la main, des lieux qu’il fréquen­tait, comme le Parc, des sports qu’il aimait pra­ti­quer, de la lec­ture devant toute la classe de l’un de ses textes par son pro­fesseur de français… C’est tout un pan de l’Histoire qui nous est con­té à tra­vers ce réc­it de vie, celui des années 60, des révo­lu­tions nais­santes, de la sec­onde guerre mon­di­ale encore présente dans les esprits… Par bribes, nous suiv­ons les rumeurs du monde, les actu­al­ités dif­fusées à la radio, les films ou feuil­letons télévisés de l’époque. Au-delà, ce réc­it est presque une fresque famil­iale. Chaque mem­bre de la famille a droit à son intro­duc­tion : le père alcoolique, la mère qui a ten­té de fuir cet homme et de pro­téger ses enfants, la sœur hand­i­capée et trop vite envolée, le grand-père mater­nel et ses exploits pen­dant la guerre, et puis le héros, Je. Ce dernier bégaie affreuse­ment. Ce hand­i­cap lan­gagi­er et incon­trôlable laisse place au silence, mais aus­si à l’observation. Peu à peu, l’écrit prend le dessus, se révèle au grand jour et laisse place à une nou­velle aire. Celle de la prise de con­science du monde, de soi, celle de l’âge adulte, celle de l’existence par l’écrit.

En si peu de pages, Yves Wellens parvient à nous trans­porter au cœur de sa pro­pre exis­tence, au milieu des décou­vertes, des événe­ments mar­quants ou anec­do­tiques, ryth­més par les jours de la semaine qui s’écoulent. Le livre est mag­nifique­ment illus­tré par trois dessins de Noam Van Cut­sem.

Émi­lie GÄBELE

♦ Ecoutez Yves Wellens par­ler de Vert bouteille au micro d’Ed­mond Mor­rel, sur espace-livres.be :