Une nuit particulière

Quentin LOUIS

cornette_louisVoici un livre pour jeunes ado­les­cents qui ne surfe sur aucune vague et ne sac­ri­fie à aucune mode. Tant par son décor, son époque et son action, ce roman d’ap­pren­tis­sage, sub­til et intel­li­gent, affiche une ambi­tion résol­u­ment poé­tique. Jean-Luc Cor­nette nous plonge en effet dans la ville de Rot­ter­dam à la fin du XVI­I­Ième siè­cle, à l’heure où Mozart tri­om­phe dans les cap­i­tales d’Eu­rope… Tour à tour, le long des canaux gelés, cha­cun des trois pro­tag­o­nistes ouvre son cœur et son passé et livre les secrets d’une vie romanesque. Il neige à gros flo­cons ; la route est longue vers les dunes. Il faut pouss­er la char­rette sur laque­lle est juchée la petite sirène. Se décou­vrir. Et con­fi­er à mi-voix ses blessures intimes… Avec un art con­som­mé du mys­tère qu’il déploy­ait déjà dans son désor­mais clas­sique Coy­ote mauve, Cor­nette dis­tille avec magie la ren­con­tre acci­den­telle de ces trois êtres frag­iles, presque des arché­types du livre de jeunesse : le sol­dat mer­ce­naire, qui tient à la fois de Don Qui­chotte et de Mün­chausen, un petit pianiste vir­tu­ose qui fugue pour fuir la vio­lence pater­nelle, et une petite fille à qui son hand­i­cap a offert un des­tin de sirène. Jean-Luc Cor­nette prend pour pré­texte ce long et dif­fi­cile com­pagnon­nage aux côtés de Lulu, d’Elsje et de Rod, pour met­tre en évi­dence un de ces moments rares à la croisée des chemins, où se décide une exis­tence, celui où cha­cun peut pren­dre sa vie par la main, trou­ver la force d’avancer, grâce entre autres à la sol­i­dar­ité et à la tolérance. Les thèmes et les con­fi­dences se tis­sent et se font écho au cœur de la nuit et rythme la nais­sance d’une improb­a­ble ami­tié. Cette his­toire émou­vante, très visuelle, au charme lent et à la con­clu­sion sur­prenante – vingt ans plus tard ! — peut se lire comme une déc­la­ra­tion d’amour à l’e­spoir, à la lib­erté et à la beauté — qui prend ici la forme d’une eau-forte de Rem­brandt. Un roman envoû­tant dont beau­coup de par­ents savoureront à leur tour la lec­ture.

Jean-Luc Cor­nette, Le pianiste, la sirène et le cheva­lier, illus­tré par Thomas Gilbert et d’une eau-forte de Rem­brandt, Hévillers, Ker édi­tions, 2015, 138 p.

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