Fleurs de la passion

Ghislain COTTON

aubevert

Au jardin des symboles entretenu par Jean-Michel Aubevert, les fleurs abondent, distillant leurs parfums sous la souveraine et sensuelle autorité de leur reine, cette rose, personnification récurrente de tous les égards, de tous les amours et de tous les désirs.

S’il s’y trouve aussi des chardons, la fleur superbe de ce mal-aimé ne fait pas oublier ses piquants lorsque la passion du poète s’encolère pour fustiger les cloportes de la soumission programmée et des croyances mortifères.   N échappent à cet anathème ni les religions ni les ressassements orientés de l’univers familial. Le culte floral et signifiant se décline à travers tout l’herbier. Et l’arbre aussi connaît une ardente célébration parrainée par le sycomore et ses pluies de samares. Sans oublier les envols colorés, dont les papillonnements de la vanesse. On aura compris que, comme le Roman de la Rose, ce florilège allégorique ne fait qu’illustrer la puissance et la variété des sentiments les plus ardents, les plus raffinés ou les plus vindicatifs éprouvés par l’auteur. Ce qu’il exprime aussi dans sa courte préface quand il affirme que « la poésie creuse le réel ». Si le recueil se présente sous la forme de couplets en prose, la recherche des rimes internes et le rythme du phrasé lui confèrent cette force « prophétique » pratiquée par le rap avec la valeur ajoutée de la respiration méditative. Certaines jongleries verbales inclinent aussi à évoquer Mallarmé à qui l’auteur, au passage, rend un discret hommage.

Parmi les requisitoires, ce n’est pas seulement la religion que vise un poète dont l’enfance a été, de toute évidence, marquée par sa pesante empreinte (friand des jeux de mots, n’a’t-il pas remplacé le Notre Père par un Notre Terre) mais aussi, et entre autres, la psychiatrie dont, encore adolescent, il connut aussi les assauts et dont il dénonce l’imposture déstructurante. Voir, en parallèle, la conclusion de sa préface :

En chaque rose, se joue le jour de mémoire du poète. Et c’est une barque d’étoiles où se surprend une âme d’enfant à exister par devers les grands de ce monde.

Jean-Michel AUBEVERT, Soleils vivaces, Mont-Saint-Guibert, Le Coudrier, 2015, 166 p., 18€

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