Fleurs de la passion

Jean-Michel AUBEVERT, Soleils vivaces, Mont-Saint-Guib­ert, Le Coudri­er, 2015, 166 p., 18€

aubevert

 

Au jardin des sym­bol­es entretenu par Jean-Michel Aubev­ert, les fleurs abon­dent, dis­til­lant leurs par­fums sous la sou­veraine et sen­suelle autorité de leur reine, cette rose, per­son­ni­fi­ca­tion récur­rente de tous les égards, de tous les amours et de tous les désirs.

S’il s’y trou­ve aus­si des chardons, la fleur superbe de ce mal-aimé ne fait pas oubli­er ses piquants lorsque la pas­sion du poète s’encolère pour fustiger les clo­portes de la soumis­sion pro­gram­mée et des croy­ances mor­tifères.   N échap­pent à cet anathème ni les reli­gions ni les ressasse­ments ori­en­tés de l’univers famil­ial. Le culte flo­ral et sig­nifi­ant se décline à tra­vers tout l’herbier. Et l’arbre aus­si con­naît une ardente célébra­tion par­rainée par le syco­more et ses pluies de samares. Sans oubli­er les envols col­orés, dont les papil­lon­nements de la vanesse. On aura com­pris que, comme le Roman de la Rose, ce flo­rilège allé­gorique ne fait qu’illustrer la puis­sance et la var­iété des sen­ti­ments les plus ardents, les plus raf­finés ou les plus vin­di­cat­ifs éprou­vés par l’auteur. Ce qu’il exprime aus­si dans sa courte pré­face quand il affirme que « la poésie creuse le réel ». Si le recueil se présente sous la forme de cou­plets en prose, la recherche des rimes internes et le rythme du phrasé lui con­fèrent cette force « prophé­tique » pra­tiquée par le rap avec la valeur ajoutée de la res­pi­ra­tion médi­ta­tive. Cer­taines jon­g­leries ver­bales incli­nent aus­si à évo­quer Mal­lar­mé à qui l’auteur, au pas­sage, rend un dis­cret hom­mage.

Par­mi les req­ui­si­toires, ce n’est pas seule­ment la reli­gion que vise un poète dont l’enfance a été, de toute évi­dence, mar­quée par sa pesante empreinte (friand des jeux de mots, n’a’t‑il pas rem­placé le Notre Père par un Notre Terre) mais aus­si, et entre autres, la psy­chi­a­trie dont, encore ado­les­cent, il con­nut aus­si les assauts et dont il dénonce l’imposture déstruc­turante. Voir, en par­al­lèle, la con­clu­sion de sa pré­face :

En chaque rose, se joue le jour de mémoire du poète. Et c’est une bar­que d’étoiles où se sur­prend une âme d’enfant à exis­ter par dev­ers les grands de ce monde.

Ghis­lain Cot­ton

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