Le vol du chaman

Olivier DOMBRET, Notre mère la montagne, Amay, L’Arbre à paroles, coll. « if », 2015, 81 p.

Le nouveau livre de l’excellent jeune auteur Olivier Dombret emprunte son titre à un album du musicien américain de country et folk Townes Van Zandt sorti en 1969, Notre mère la montagne. Tout commence par la description de son état, tremblant et fiévreux, dans l’attente d’un signe en provenance de la Montagne. Prisonnier, encerclé, oppressé dans la ville creuse tel « un animal vide, dans les profondeurs d’une planète vide » il appelle cette force naturelle, bien décidé à laisser derrière lui le monde moderne :

Moi, je suis prêt.

Moi, je suis vide, et creux.

Moi, je t’ai implorée, je t’ai désirée.

Moi, je t’ai appelée.

Moi, je veux partir.

Avec toi.

La Montagne est une mère, un guide, un mentor. Elle apparaît sous la forme d’une femme vêtue d’une robe bleue, à la chevelure noire, aux yeux noirs et aux lèvres rouges. Elle répond à son appel dans une langue singulière, les mots sont « comme des pierres qui tombent de sa bouche ». Telle une chanson douce-amère, ce texte en prose poétique se lit d’une traite. Il entraine le lecteur sur « le chemin long et difficile », dans la nuit, pour y découvrir « ce qui se cache vraiment ». Il nous emmène dans la quête « de son foyer », dans une ascension vertigineuse et périlleuse où « il est parfois préférable de perdre une partie de son corps afin d’être ce que nous sommes vraiment ».

Comme dans certains rituels chamaniques, le poète fait l’expérience d’un breuvage brunâtre qui l’emmène encore plus loin dans cette expérience initiatique et purificatrice. Dans ce monde parallèle, il rencontre de grosses mouches noires et un serpent noir, c’est « la vie noire » qui coule en lui et dont il tente de se libérer. La Montagne lui apprend à se détacher de tout pour vivre une seconde naissance. Il lui faut résister, écouter sa voix, lâcher prise et se laisser guider dans « les entrailles » de celle-ci. Olivier Dombret nous fait partager cette transformation difficile et pourtant nécessaire avec « des mots encore jamais prononcés ». Voyage de l’esprit, ce livre est aussi un travail intense sur la langue.  À la fin du voyage, on aimerait entendre dire ce long poème à voix haute pour se laisser toucher par cette longue traversée et encore mieux partager cet abandon.

Mélanie GODIN

♦ Écoutez Olivier Dombret lisant un extrait de Notre mère la montagne sur Sonalitté