Aujourd’hui on court lire un premier roman

Emmanuelle PIROTTE, Today we live, Paris, Cherche Midi, 2015, 237 p., 16,50€ / epub : 13.99 €

Voilà la rentrée littéraire et son offre de lectures. Démesure et profusion : les piles de livres s’offrent au regard du lecteur. Allez-vous prendre en main ce roman ou plutôt cet autre ? Faire confiance à un nom connu et reconnu ou tenter l’aventure d’une nouvelle plume ? 

Quiconque lira la quatrième de couverture du premier roman d’Emmanuelle Pirotte a toutes les chances d’acheter le livre.  En effet, elle est d’une efficacité redoutable ;  l’accroche part à 100 à l’heure et les premières péripéties ainsi dévoilées se découvrent dans les dix première pages.

À partir de là, on est immanquablement pris par le suspense ; l’auteure n’est pas scénariste pour rien.  Dans la famille cinématographique « western », on demande généralement « le bon, la brute et le truand ». Dans la famille « huis-clos », on retrouve immanquablement le héros, la brave personne, le lâche, le gentil, le salaud et quelques autres…

L’action se situe pendant la bataille des Ardennes (décembre 1944-janvier 1945), pas loin de Stoumont, dans la ferme de Jules Paquet où vivent retranchés et cachés dans les caves, outre la famille du fermier, quelques voisins qui s’y sont réfugiés après avoir perdu leur maison dans les derniers bombardements.

Le danger permanent lié à la guerre, l’attente anxieuse des bonnes ou des mauvaises nouvelles, la cohabitation plus ou moins facile avec des militaires américains et puis allemands, les conditions de vie précaires, la promiscuité imposée, tout cela va favoriser l’éclosion de tensions et de réactions extrêmes.

Renée, la petite fille juive, va-t-elle échapper au destin tout tracé pour elle par les Allemands ?  On a parfois du mal à croire qu’il s’agit là d’une enfant de 7 ans, tant elle semble avoir étudié et assimilé la psychologie des profondeurs.  Bien sûr, la guerre, les périls et le fait d’être cachée depuis plusieurs années l’ont fait mûrir plus vite qu’un gosse insouciant mais sa perspicacité n’est pas toujours vraisemblable.

Et Mathias !  Sera-t-il démasqué comme Allemand par les soldats américains ?  Ou comme traître par les SS ?  Et pourquoi, en fait, a-t-il agi de la sorte ?  L’auteure a l’habileté de distiller souvenirs et épisodes du passé aux bons moments, de manière à construire un personnage psychologiquement travaillé et crédible.

Mathias n’est pas sans point commun avec Bernie Gunther, le héros des romans de Philip Kerr, embrigadé dans le camp nazi plus ou moins à son corps défendant et rencontrant les pontes du troisième Reich à l’hôtel Adlon. On saluera au passage la documentation très solide de l’auteure : Otto Skorzeny et ses voltigeurs surentraînés, l’exfiltration spectaculaire de Benito Mussolini en 1943,  l’opération Greif pendant l’offensive von Rundstedt, tout cela est rigoureusement exact sans pour autant que l’érudition n’alourdisse le récit ou ne prenne le pas sur l’intrigue.

Petit plaisir linguistique : Ginette et Sidonie, les 2 vieilles femmes réfugiées chez la famille Paquet, parlent peu … mais en wallon, ce qui est savoureux et pas courant dans un livre édité en France.  Leurs répliques sont courtes et tombent sous le sens. La seule tirade plus longue et plus complexe se trouve très naturellement traduite par un des personnages à l’intention des soldats américains en poste dans la ferme.

Ayant commencé par la quatrième de couverture, finissons en toute logique par le titre, dont on peut douter de l’efficacité, à première vue. Mais le lecteur finira par découvrir, au moment voulu, combien il est significatif, à la fois récapitulatif et porteur d’avenir.

Bref, voilà un récit efficace et bien mené, romanesque mais sans excès excessif, qui se découvre avec impatience et se lit avec plaisir. Très belle réussite pour un premier roman.

Marguerite ROMAN

♦ Lire un extrait de Today we live proposé par Le Cherche Midi