Emmanuelle PIROTTE, L’étreinte des siècles, Cherche Midi, 2026, 255 p., 21 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑7491–8226‑1
Benedict Buchanan, la cinquantaine, est professeur en archéologie à l’Université de Glasgow. Il n’a plus de grandes ambitions, sombre dans la routine et s’ennuie. Jusqu’au jour où écoutant un morceau de Depeche Mode, significativement appelé Ghosts Again, extrait tout aussi significativement de l’album Memento Mori, il « se souvient brusquement qu’il a été jeune ». Et ce morceau en déterre d’autres qui font surgir alors le souvenir de Marla, dont il était amoureux et qui a brusquement disparu. Il décide d’aller passer quelque temps sur une ile des Hébrides, Arna. Quelque chose l’y retient et l’attire, un tertre. Il pressent qu’il va y trouver autant une trace de l’Histoire que de son passé. Et, de fait, les fouilles exhument les restes d’une femme d’il y a douze siècles, une Scandinave venue avec les colonisateurs nordiques sur les Hébrides. Entre Benedict et cette femme, un lien fort se crée, par-delà le temps. Continuer la lecture
Octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, Dominique Biron se donne cinq jours pour balayer devant nous son existence avant de tirer sa révérence. Elle vient d’apprendre le diagnostic lors d’une visite médicale, accompagnée de sa fille et de son beau-fils. Elle sait désormais que l’on va la serrer de près, alors qu’elle revendique de toujours sa pleine liberté et vit dans sa modeste villa. Au rythme de la montée en surface des souvenirs, elle revient sur les faits qui l’ont marquée dans son enfance, sur sa vie avec son défunt mari, mort d’avoir avalé une frite de travers, sur la relation distendue avec ses enfants. Elle entrecoupe son récit de réflexions sur son voisinage et sur tout ce qui lui passe par la tête. 
Avant de s’éclipser définitivement au printemps 2014, traçant sa dernière route vers les rivages lointains de l’enfance perdue, Jean-Claude Pirotte nous avait aimablement prévenus :
Il faut saluer la fidélité opiniâtre de
Qu’y a‑t-il de plus ravageur que la peste, telle celle de 1593 à Londres, qui a transformé les médecins en noirs corbeaux, parsemé les chairs de bubons purulents, jonché les rues de cadavres ? De plus foisonnant que le théâtre élisabéthain, symbolisé avec majesté par le père adoptif de Roméo et Juliette, le lanceur de questions insondables, le songeur nocturne estival ? De plus exaltant que la composition de poèmes mythologiques, où des Hommes se frottent aux Dieux dans l’épreuve de tourments humains, où la Tragédie est sublimée par le rythme versifié, où la scansion se fait chanson à deux bouches ? De plus noir que les chicots d’Élisabeth Ière, au teint (artificiellement) pâle assombri par la dépression, mais toujours affamée, alerte, redoutable en des temps de ruses et de complots ? De plus nourrissant qu’un pain d’épice préparé avec amour par de jolies mains potelées, agrémenté de vin rouge ou constellé d’anis étoilé, accompagné d’une ale fraîchement pétillante ? La passion…
Chère lectrice, cher lecteur,
Il y a quelque chose de naturellement réconfortant et d’absolument pas vain à lire, encore et toujours, Raoul Vaneigem. Au terme de son livre, Propos de table, dernier paru dans une bibliographie qui compte près d’une quarantaine d’ouvrages depuis 1967, il incite son lecteur, d’une manière délibérée et vibrante, à poursuivre ce que lui-même a entrepris chaque jour : un dialogue entre la vie et le corps. Vaneigem, qui a passé le cap de ce qu’on appelle aujourd’hui le quatrième âge, termine par un paragraphe (l’ouvrage en compte quelque sept cents de longueurs diverses, qui font tantôt trois lignes, tantôt une page) d’un optimisme sans défaillance. « Le corps, écrit-il, est un édifice terrestre – une cathédrale minérale, végétale, animale et humaine – qui commence à peine à se bâtir. » Déclaration non pas de foi, pour l’agnostique et le pourfendeur des religions qu’il reste (« Dépasser Dieu c’est réaliser l’humain »), mais bien de volonté : face à une société qui place toujours plus haut le struggle for life, où la marchandisation atteint toutes les structures du corps social et mental, pour mieux en miner les résistances et en saper les rébellions, il faut, nous rappelle l’auteur du Livre des plaisirs (Espace Nord, 2014), rugir par un « Souviens-toi de vivre » libérateur et puissant, dont tous les possibles restent à explorer.
Paraissent conjointement Traverses et Jours obscurs, deux œuvres posthumes de Jean-Claude Pirotte, conçues en majeure partie en 2010 et 2011 entre Jura suisse et mer du Nord. Le « peintre-écrivain » connaît alors une période de dépression (au sens géologique, précise sa compagne, la romancière et essayiste Sylvie Doizelet à qui l’on doit la publication de ces deux textes étroitement solidaires).
Décerné tous les deux ans, le Prix des lycéens de littérature est un prix littéraire dont le jury est composé d’élèves de classes terminales du secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles. En 2015, les quelque 3.000 élèves participants avaient élu Derrière la haine de Barbara Abel.
La subtile nuance, si déplaçable, entre Love and Friendship, se rappelle à nous grâce au film récent ainsi titré, qui est l’adaptation cinématographique du premier roman de Jane Austen, Lady Susan. Pourquoi recourir à l’anglais pour évoquer le dernier roman de Claire Huynen, À ma place ? Parce que le rapprochement s’est imposé par la formule compacte et si aisément assimilable qu’on n’a pas cru nécessaire d’en donner une version française, et aussi, parce que le précédent d’une romancière anglaise si experte dans l’analyse des sentiments humains susceptible d’encore inspirer des relectures et transpositions n’est pas inadéquat. En effet, tout, dans le bref roman de Claire Huynen, invite, à l’instar d’Austen, à nuancer, ou plus exactement à hésiter, peu mais souvent comme en est le mouvement, à aller dans un sens et à en revenir pour en suivre un autre. Cela en toute légèreté. Certes, dès les premières pages du roman, une information matérielle est donnée, dont l’importance apparaît définitive.
Un an à peine après son remarqué 