Archives par étiquette : judéité

Portrait d’un jeune homme et de son époque

Philippe BRANDES, Côté rue, côté jardin – Une enfance anver­soise, Accro, 2025, 114 p., 18 €, ISBN : 978–2‑931137–10‑9

brandes cote rue cote jardinLes rues d’Anvers en fil­igrane, Alexan­dre racon­te son enfance et les prémices de son his­toire famil­iale. Une his­toire mar­quée par le con­traste. Con­traste entre deux reli­gions d’abord car le nar­ra­teur est né de l’union d’un catholique et d’une juive. Con­traste entre deux langues ensuite puisque le garçon grandit dans un cadre famil­ial et social fran­coph­o­ne, avant de voir le fla­mand gag­n­er du ter­rain autour de lui pen­dant son ado­les­cence, jusqu’au « Walen buiten » à l’aube de sa ving­taine. Con­tin­uer la lec­ture

Un si long chemin

Karine LAMBERT, Dernier bateau pour l’Amérique, Hachette Fic­tions, 2024, 432 p., 22 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782501171960

lambert dernier bateau pour l'amériqueRédi­ger un roman, c’est tou­jours livr­er une part de soi. Per­son­nages, scènes pré­cis­es, ressen­tis, des bribes de vécu se glis­sent qui remon­tent à la sur­face à mesure que les mots se pressent et que les doigts courent sur le clavier. Mais il y a aus­si des élans d’écriture fon­da­teurs, ceux que guide le besoin irré­press­ible de se dire à livre ouvert pour extir­p­er des blessures anci­ennes et sou­vent tou­jours vives. Par­fois cet élan donne un livre unique, qui ne sera suivi d’aucun autre, par­fois il som­meille quelque temps et le précè­dent des préludes où la fic­tion domine jusqu’à ce que l’évidence s’impose comme une néces­sité absolue. Il sem­ble que le dernier roman de Karine Lam­bert appar­ti­enne à cette sec­onde caté­gorie, son nou­v­el opus venant à la suite de cinq romans pub­liés au cours des dix dernières années qui ont ren­con­tré le suc­cès auprès de ses lecteurs. Con­tin­uer la lec­ture

Apprivoiser son Dibbouk

Irène KAUFER, Dib­bouks, Anti­lope, 2021, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2379510502
Mise à jour du 18/11/2024 : le livre a été repub­lié en livre de poche en 2024 : Irène KAUFER, Dib­bouks, Anti­lope, coll. “Antilopoche”, 2024, 224 p., 9,95 €, ISBN : 9782379511479

kaufer dibboukskaufer dibbouks pocheLes édi­tions de l’Antilope, dont la ligne édi­to­ri­ale se con­cen­tre autour de « textes lit­téraires ren­dant compte de la richesse et des para­dox­es de l’existence juive sur les cinq con­ti­nents », accueil­lent dans leur cat­a­logue le nou­veau roman d’Irène Kaufer. Dib­bouks, un texte sin­guli­er autour des iden­tités. Con­tin­uer la lec­ture

De l’autre côté du mur…

Foulek RINGELHEIM, Boule de Juif, Genèse, 2021, 134 p., 17,50 €, ISBN : 978–2‑382010–01‑3

ringelheim boule de juifLe nar­ra­teur a treize ans quand débute le réc­it, du côté de Liège, il en aura seize à la fin du livre. Et l’on sub­odore être face au pre­mier tome d’une auto­bi­ogra­phie. Mais Foulek Ringel­heim (1938–2019) est mort avant la sor­tie de Boule de Juif, nous pri­vant de leviers de com­préhen­sion. Vers la fin du vol­ume, après des études pri­maires fort chao­tiques, il souhaite devenir tourneur ajus­teur quand un malen­ten­du le propulse dans une sec­tion latine. Or il sera un jour avo­cat, mag­is­trat, écrivain (des essais mais aus­si deux romans fort remar­qués, Le juge Goth et La sec­onde vie d’Abram Potz). Une lec­ture très atten­tive, toute­fois, per­met de dis­crim­in­er une foule d’indices à tra­vers les aven­tures trag­iques et dro­la­tiques du petit Foulek. Ce qui arrache le livre au pre­mier degré (les sou­venirs d’un enfant juif caché durant la guerre) pour le situer dans une inter­ro­ga­tion sur l’identité, l’émancipation, la rédemp­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Devoir de mémoire

Éve­lyne GUZY, La malé­dic­tion des mots, M.E.O., 2021, 236 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782807002616

guzy la malediction des motsPour Éve­lyne Guzy, bap­tis­er « roman » une enquête sur sa pro­pre famille juive, c’est aus­si un devoir d’honnêteté et la façon de don­ner à la jour­nal­iste et chroniqueuse la lib­erté de fon­dre, à 60 ans, la réal­ité d’Évelyne dans ses pro­pres pas : ceux de la petite Eva, au fil d’une recherche mar­quée par la rigueur et par un acharne­ment courant sur de nom­breuses années. Au départ : il y aurait une let­tre posthume du grand-père Icek, imprégnée formelle­ment de cul­ture yid­dish et qui pré­cise : « Bien sûr, je me doute bien qu’à la pre­mière relec­ture, tu revis­it­eras mes mots pour les rem­plac­er par les tiens ; c’est ta manie, ton méti­er. Je vais m’en accom­mod­er ». Con­tin­uer la lec­ture

Hommage d’un destin cousu main à un costume prêt-à-porter

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie SKOWRONEK, Un monde sur mesure, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 219 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–423‑3

Dans la col­lec­tion Espace Nord, les clas­siques de la lit­téra­ture belge des siè­cles passés côtoient ce que Tan­guy Habrand, son directeur, aime à appel­er « les clas­siques de demain ». Par­mi ces derniers, Un monde sur mesure de Nathalie Skowronek, tout jeune roman datant à peine de 2017, d’une autrice dont la bib­li­ogra­phie démarre en 2011. Dans ce réc­it en grande par­tie auto­bi­ographique, l’écrivaine se penche pré­cisé­ment sur ce qui a précédé sa car­rière lit­téraire. Con­tin­uer la lec­ture

Une commode bleue contre un mur ocre

Un coup de coeur du Carnet

Mar­cel SEL, Rosa, ONLiT, 2017, 300 p., 19.50 €/ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87560–086‑8

selTout le monde con­naît peu ou prou le blogueur Mar­cel Sel, qu’on le lise ou pas, qu’on s’en amuse ou qu’on s’en irrite…

Le voilà qui endosse le cos­tume de romanci­er et, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître… et un coup de cœur.

Vous allez com­mencer à lire ce roman ; vous allez le dévor­er et il vous dévor­era.  Con­tin­uer la lec­ture

Noël à plus d’un titre

Un coup de coeur du Carnet

Bernard TIRTIAUX, Noël en décem­bre, Paris, JC Lat­tès, 2015, 250 p., 18 €/ePub : 12,99€

Le nou­veau roman de Bernard Tir­ti­aux est un curieux mélange de ten­dresse et de cru­auté ; les per­son­nages sont « de bonne volon­té » – trop gen­tils ?  – mais l’époque dans laque­lle ils vivent et courent après l’amour et le bon­heur est ter­ri­ble et bar­bare.  L’auteur nous emporte dans le tour­bil­lon d’une grande his­toire d’amour qui embrasse les deux guer­res mon­di­ales, entre Noël, né dans une famille de fer­miers en Ardenne le 25 décem­bre 1909, et Luise, la fille – ‘naturelle’ comme on dis­ait alors –  de Klara von Luden­dorff, née par acci­dent chez les par­ents de Noël en juin 1914.   Con­tin­uer la lec­ture

Aujourd’hui on court lire un premier roman

Emmanuelle PIROTTE, Today we live, Cherche midi, 2015, 237 p., 16,50€ / epub : 13.99 €

Voilà la ren­trée lit­téraire et son offre de lec­tures. Démesure et pro­fu­sion : les piles de livres s’offrent au regard du lecteur. Allez-vous pren­dre en main ce roman ou plutôt cet autre ? Faire con­fi­ance à un nom con­nu et recon­nu ou ten­ter l’aventure d’une nou­velle plume ?  Con­tin­uer la lec­ture

Banaliser la Shoah?

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie SKOWRONEK, La Shoah de Mon­sieur Durand, Paris, Gal­li­mard, 2015, 59 p., 7,50 €

 

skowronekParu en 2013, Max en apparence représen­tait pour Nathalie Skowronek l’aboutissement d’une longue inter­ro­ga­tion sur sa sit­u­a­tion de petite-fille de déporté, une réponse à ses ques­tions lanci­nantes, dont cer­taines restaient pour­tant sans réponse. Dès le début de son essai, La Shoah de Mon­sieur Durand, elle mar­que cepen­dant sa décep­tion : Max en apparence n’arrivait-il pas trop tard ? Le dis­cours sur la Shoah n’est-il pas en train de chang­er com­plète­ment de nature ? Con­tin­uer la lec­ture

Un Van Loo nouveau

Un coup de coeur du Carnet

Alain BERENBOOM, La for­tune Gut­mey­er. Une nou­velle enquête de Michel Van Loo, Brux­elles, Genèse édi­tions, 2015, 272 p., 22,50 €/ePub : 12.99 €

berenboom_duhamelEn 2008, avec Périls en ce roy­aume, Alain Beren­boom crée le per­son­nage de Michel Van Loo, privé quelque peu « loos­er » qui doit la réus­site de ses enquêtes à l’aide de sa fiancée Anne, sham­pouineuse de son état. Dans les trois titres déjà parus de la série, Beren­boom dresse un por­trait fidèle de la Bel­gique de l’immédiat après-guerre, de ses  prob­lé­ma­tiques poli­tiques et sociales, et décrit en ter­mes justes l’ambiance par­ti­c­ulière de ces années-là. Mais il pub­lie par­al­lèle­ment des livres qui se démar­quent à la fois des Van Loo et des romans qu’il a pub­liés avant ceux-ci. On songe à Messie mal­gré tout, nou­velles sur l’éventualité du retour du Messie ; et bien sûr à Mon­sieur Opti­miste, où il dresse le por­trait de son père, Juif polon­ais réfugié en Bel­gique où il tient une phar­ma­cie, à Schaer­beek. (Sous le nom d’Hubert, il appa­raît dans les Van Loo.) Le sort de la famille Beren­boom est évo­qué large­ment dans Mon­sieur Opti­miste, mais la cru­auté de l’extermination dans les camps n’est sug­gérée qu’à demi-mots. Con­tin­uer la lec­ture