Et s’il en manquait un…

Christophe DONCKER, Le dernier Khmer, Genèse Éditions, 2016, 196 p., 22,50 €

« – Vu vos antécédents dans l’armée belge et votre ancien mandat dans la police militaire, j’ai pensé à vous […] » (p. 10-11). Le Consul honoraire de Belgique désigne l’adjudant Robert Peltzer comme observateur de l’enquête sur la mort de Lucie Rego – membre, comme Peltzer, du Programme international pour le Déminage – dont le corps sans vie vient d’être retrouvé au Cambodge, au pied de la falaise surplombant le temple de Preah Vihear, à la frontière thaïlandaise. Un regrettable accident ? Rien n’est mois sûr : la victime connaissait ces rochers comme sa poche…

Mais qui pourrait vouloir la mort de Lucie Rego ? Pour quel(s) motif(s) ? Où se cache son mari cambodgien, Yan Yen, et pourquoi reste-t-il si mystérieusement introuvable ? Pour faire la lumière sur cette mort, le Commissaire Leng chargé de l’enquête, assisté de Peltzer, remonte le temps, récolte indices et autres témoignages éclairants sur la jeune femme, qui semble avoir dangereusement basculé quelques mois avant son décès, alors qu’elle couvrait à Phnom Penh le procès de quatre anciens dirigeants Khmers rouges, pour le quotidien français Libération. Les activités professionnelles de la victime sont-elles en lien avec sa disparition ? Avec qui était-elle en contact ? Autant de questions auxquelles le duo d’enquêteurs se donnera pour mission de répondre, marchant dans les pas de Lucie Rego pour reconstituer petit à petit les événements des dernières semaines, jusqu’à ce jour tragique d’août 2012.

Parallèlement aux investigations menées par Peltzer et le commissaire Leng, dont on suit jour après jour les avancées, s’intègrent, par bribes, diverses tranches de la vie privée et professionnelle de la victime, autant d’épisodes-clés – recoupés par les éléments de l’enquête – grâce auxquels Christophe Doncker lève progressivement le voile sur les évènements.

Entré dans l’intrigue dès les premières pages, bien aidé par la structure dynamique du roman alternant les sujets (l’enquête à proprement parler et les flash-back sur la vie de Lucie Rego), les personnages, et les temporalités (avant et après le décès), le lecteur apprécie la balade (en tuk-tuk ?) dans les rues cambodgiennes, parmi les restaurants, bars et échoppes, et ressent toute l’effervescence urbaine, la chaleur et cette atmosphère étouffante de fin août, si bien décrites par Christophe Doncker.

Outre l’enquête sur la mort de Lucie Rego, l’auteur raconte le Cambodge et plus particulièrement ces années insupportables allant de la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges, le 17 avril 1975, à la « libération » de la ville par les Vietnamiens, le 6 janvier 1979, par le biais de personnages secondaires au profil bien pensé – en particulier le Commissaire Leng, Yan Yen, le mari de la victime, son frère et sa belle-sœur, Haing et Sahira et le capitaine Riem Ung –, tous témoins, tous victimes, directes ou indirectes, tous marqués par l’Histoire.

Si l’on « apprécie » leurs témoignages sur ce passé récent, abordé aujourd’hui encore avec pudeur par les Cambodgiens, on regrette toutefois l’intégration trop artificielle de certains de ces récits et le manque de spontanéité que celle-ci confère aux dialogues. Dommage encore que plusieurs coquilles perturbent trop souvent la lecture pour le reste très plaisante de ce premier roman…

Marie DEWEZ