En humaine compagnie

Pas­cal BLONDIAU, Sept Nov­el­ettes (et quelque), Les Car­nets du Dessert de Lune, coll. « Demi-Lune », 2016

La Nuit porte deux valis­es.

Dans sa main gauche, la poignée de l’au­rore, et dans la droite, la lanière des cré­pus­cules.

À taille, dans une bourse de cuir qu’un lacet délie, les aubes.

J’en détaillerai cer­taines.

Pas­cal Blondi­au est un auteur rare. Dis­tille de temps à autre un recueil ou un livre minus­cule. Ses textes sont des bon­bons faits mai­son, patiem­ment polis et agencés. Dans ces sept et cour­tes nov­el­ettes, Blondi­au passe sous sa loupe un détail tout petit : la manière dont une effeuilleuse ramasse ses nippes après son show, la rai­son pour laque­lle un petit s’ap­pelle Tou­s­sa, la façon dont Ade­line estropie le mot « vipère ». Chaque texte doit faire, à vue de nez, entre cent et cent cinquante mots. Deux cents à tout cass­er. Deux cents mots max­i­mum pour de petites per­les fichtrement bien troussées ! Aurait-on aimé en savoir plus ? Pass­er plus de temps auprès de cette humaine com­pag­nie ? Ou bien Blondi­au aurait-il pu nous don­ner plus de sept nov­el­ettes, écrire un plus fort vol­ume où il nous aurait dressé le por­trait de toute une foule de gens qui pour­raient être nos voisins ?

Pas sûr.

Les nov­el­ettes sont des textes minus­cules. Les faire pro­lifér­er ne nous aurait rien apporté. Le pro­jet de Blondi­au n’est pas d’être « exhaus­tif ». Il nous donne le goût. La saveur sucrée des choses et des êtres. Cela suf­fit à faire un livre par­fait. Comme ces poupées minia­tures, sud-améri­caines et col­orées, qu’on range dans une toute petite boîte d’al­lumettes.

Vin­cent THOLOMÉ