Adeline DIEUDONNÉ, La vraie vie, L’Iconoclaste, 2018, 270 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑37880–023‑9
“À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres.”
Papa tire du gros gibier, dès qu’il peut. Ici et jusqu’en Himalaya. Cette “chambre des cadavres”, c’est celle où il dispose ses trophées. Il y a des têtes de sanglier, d’antilopes, de zèbres, même un lion entier. Et une hyène dans un coin. Prédateur, papa l’est aussi envers maman, bien sûr, et maman esquive la violence conjugale en se faisant la plus transparente, la plus molle possible, encaissant juste les coups. La narratrice et son petit frère Gilles vivent une relation fusionnelle. À l’aube de la puberté, ils dorment encore ensemble, se partagent tous leurs secrets et réenchantent leur quotidien en jouant dans une casse de voitures. De retour de l’école, lorsque c’est la saison, ils achètent quotidiennement une glace au marchand ambulant — avec supplément chantilly pour elle. On ne peut pas dire que ce soit une vie rêvée, mais au moins rien ne viendra s’interposer entre Gilles et elle. Rien, jusqu’à l’accident. Continuer la lecture
L’enfance est fragile, Philippe Leuckx le sait. La sienne et la nôtre. « On devine encore l’été avec ces reliefs d’ombre et et de lumière, ces pans livrés à l’œil qui recèle l’inédit./On voudrait jouer de cet été qui proroge ses marques ». Et, plus loin, « Mais que faire d’un nom / Qui ne soit pas celui / d’un amour perdu ? / Les ruelles sont pleines de cris de ferveurs / de rumeurs sans retour. »
2015, l’heure de la retraite. De la vie professionnelle de Valentin, nous apprendrons peu, sinon qu’elle fut terne et bien rangée. Anodine. Pot de départ payé, Valentin s’installe seul rue Grisar, aux abords de la Gare du Midi. C’est un souvenir d’enfance qui l’a amené là, le souvenir d’un circuit de chemin de fer qu’il avait dû replier en 1952, au divorce de ses parents.