Presque fin d’un monde à Dolores, Mexique

Maria de los Ange­les PRIETO MARIN, Racon­te-moi les pluies, Edi­tions du Cygne, 2016, 143 p.,15€   ISBN : 978–2849244500

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La jeune Char­lotte Janin débar­que d’un bus sur la Plaza May­or d’une petite ville mex­i­caine: « Oasis for­mée de cubes minia­tures et col­orés, qui grim­paient sur les collines entourant le cen­tre-ville », Dolores « por­tait bien son nom : ‘Douleurs’, petite ville asséchée sup­pli­ant dans la souf­france la pluie boudeuse ». La pénurie d’eau est totale : « 121 jours de sècher­esse. La munic­i­pal­ité ordonne des mesures de rationnement », lit-on dans le jour­nal.

Char­lotte vient enseign­er à l’Institut français avec l’intention de s’éloigner d’une famille arden­naise d’un catholi­cisme rigide. Alexan­dre Cra­cosky, le directeur de l’Institut, est cul­tivé, ambitieux et exalté : quadragé­naire pas­sion­né de sci­ences poli­tiques, il pro­fesse des idées cri­tiques sur l’ordre financier mon­di­al et pro­jette de devenir ambas­sadeur.

Char­lotte lui plaît. Il lui fait décou­vrir des curiosités locales, mor­bides, atro­ces même : un musée de momies, un com­bat clan­des­tin entre deux chiens féro­ces. Il l’emmène sur la Colline des Loups vis­iter la mai­son de sa mys­térieuse amie Gabriela.

La belle Char­lotte cède aux avances d’Alexandre qui écrit néan­moins des let­tres enflam­mées à Gabriela. Mais la sècher­esse vide la ville de ses touristes et bien­tôt de ses habi­tants. L’atmosphère se fait inquié­tante. L’étrange prêtresse Madaé attire la foule en promet­tant de guérir tous les maux.

Les élèves et les enseignants déser­tent peu à peu les cours. Alexan­dre part pour Paris, soi-dis­ant pour sol­liciter du ren­fort et des bud­gets, mais en réal­ité pour se venger d’un com­plot dont il s’estime vic­time et dont il accuse notam­ment Char­lotte. Som­brant dans une folie meur­trière, il est interné en France. Seule, sans ressources, sans eau, la jeune femme est sauvée in extrem­is de la folie et la mort, après un envol d’oiseaux inespéré qui précède de peu les pre­mières gouttes.

Dans Racon­te-moi les pluies, Dolores est un corps social qui meurt de soif. La nature cru­elle fait s’y déliter les des­tins humains, sans souci de leurs amours, de leurs souf­frances et de leurs vies. La roman­cière belge d’origine mex­i­caine Maria de los Ange­les Pri­eto Marin s’inspire avec sub­til­ité du réal­isme mag­ique sud-améri­cain pour con­ter une fable aux accents d’apocalypse silen­cieuse où la ville et ses habi­tants man­quent de s’abimer dans la sècher­esse de la terre.

René Begon