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Les « Indiens » d’Amérique : entretien avec Hubert Antoine

Aztèques, Hui­chols, Mayas, Iro­quois, Incas, Apach­es, Quechuas, Sioux, Triquis, Nava­jos, Potawatomis… : les Autochtones d’Amérique inspirent auteurs et autri­ces, en Bel­gique et ailleurs. Entre aven­tures de con­quis­ta­dors et réc­its de ren­con­tres dans le monde d’aujourd’hui, ils font sou­vent fig­ure d’altérité rad­i­cale.

Très présents dans la lit­téra­ture belge, les per­son­nages d’Autochtones d’Amérique soulèvent des ques­tions liées à l’identité et à la coloni­sa­tion. Le sujet valait bien un dossier du Car­net et les Instants.

Ini­tié avec l’article « Les ‘Indi­ens’ d’Amérique : de la con­quête au musée » paru dans Le Car­net et les Instants n° 227 (avril 2026), il se pour­suit sur ce blog avec trois entre­tiens, autour d’œuvres qui met­tent en scène des Amérin­di­ens. Con­tin­uer la lec­ture

Gracias a la vida

Un coup de cœur du Car­net

Hubert ANTOINE, Danse de la vie brève, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 260 p., 9 €, ISBN : 9782875685872

antoine danse de la vie breveEst-ce un fait pro­pre à notre paysage belge fran­coph­o­ne ? Des auteurs, pleine­ment recon­nus comme poètes, sont nom­breux à évoluer avec suc­cès dans le monde du roman, que l’on songe à Lisette Lom­bé ou à Antoine Wauters pour ne citer qu’eux. Tel fut le cas aus­si en 2016 d’Hubert Antoine, qui décrocha d’emblée le prix Rossel pour Danse de la vie brève, aujourd’hui réédité dans la col­lec­tion Espace Nord. À ce moment, il a déjà à son act­if six recueils poé­tiques, dont deux couron­nés par des prix lit­téraires, et un pre­mier ouvrage pub­lié en 2006 chez Ver­ti­cales, Intro­duc­tion à tout autre chose,  qui relate les événe­ments en cours à Oax­a­ca (Mex­ique) et amorce pré­cisé­ment la démarche pour­suiv­ie dans le livre aujourd’hui remis en lumière. Con­tin­uer la lec­ture

Alechine face à ce qui se dérobe

Ivan ALECHINE, Divinités, Galilée, 2021, 128 p., 11 €, ISBN : 978–2‑7186–1018‑4

alechine divinitesPour une fois, com­mençons par la fin. En guise de ter­mi­nus à Divinités, cette nou­velle échap­pée d’Ivan Ale­chine dans la Sier­ra Madre mex­i­caine et au-delà, l’auteur d’Enter­re­ment du Mex­ique (Galilée, 2016), par ailleurs excel­lent pho­tographe, clô­ture son réc­it par une de ses images en noir et blanc : une vue de toits poin­tus, faits de tôles ondulées qui se chevauchent, main­tenues par des blocs de pierre. Il n’y a pas si longtemps, dans les hameaux et vil­lages de Tux­pan de Bolanos, au pays des Indi­ens Hui­chols, où Ale­chine s’immerge régulière­ment depuis plus d’une ving­taine d’années, les petites pièces d’habitat dis­po­saient d’un toit de chaume. Aujourd’hui, con­state Ale­chine, « tous les toits sont en tôle ondulée. Il n’y a pas à les renou­vel­er. Ça renou­velle la paresse. Là où il y avait de l’espace, des habi­ta­tions isolées les unes des autres, cha­cune sous leur toit de chaume, les enc­los de pierre se sont trans­for­més en murs. » Con­tin­uer la lec­ture

La Morte tellement Vivante

Un coup de cœur du Car­net

Hubert ANTOINE, Les formes d’un soupir, Ver­ti­cales, 2021, 272 p., 19,50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782072932250

antoine les formes dun soupirMelitza, Mex­i­caine gorgée de jeunesse et assoif­fée d’amour, danse et cadence ses pas­sions, ses révoltes, ses pul­sions. Melitza veut, tance, réclame la vie… qui la malmène et la quitte pour­tant. Ce fruit juteux aux promess­es suaves et acidulées se voit transper­cé d’une balle bru­tale, en pleine pous­sière d’une rue de San­ta Lucía, sous les rayons d’un soleil tardif et les yeux incré­d­ules de son père. Evo, son pro­tecteur hui­chol aux iris saphir, ramasse alors son enveloppe meur­trie et s’enfuit avec elle. Cette course impérieuse paraît de prime abord étrange, mais « son rap­port au monde est tout à fait par­ti­c­uli­er. Tou­jours en accord avec la nature, avec les saisons, avec l’équilibre, avec l’instant. Il ne fait rien qui ne soit par­faite­ment juste. Cha­cun de ses gestes est en grâce, en logique et en har­monie avec ce qui l’entoure. C’est l’être le plus mag­nifique qui soit ». Et le mys­tère se dis­sout en effet, dans les eaux vertes d’un étang, lorsque l’Indigène s’emplit du dernier souf­fle de sa soupi­rante, aspirée dans un mou­ve­ment aus­si ferme que ten­dre par la Mort et le chaman. C’est de cette curieuse façon que débute Les formes d’un soupir, con­tin­u­a­tion de Danse de la vie brève qui con­stitue toute­fois une œuvre sin­gulière et com­plète en soi. Con­tin­uer la lec­ture

Un délire calme, diffus et incohérent

André BÉNIT, Char­lotte princesse de Bel­gique et impéra­trice du Mex­ique (1840–1927), Historic’one Edi­tions, 2017, 218 p., 20 €, ISBN : 978–2‑912994–62‑4

bénitUn des­tin qui a soulevé beau­coup de curiosité, c’est celui de Char­lotte de Bel­gique (1840–1927) dont la longue vie som­bra très tôt dans la folie. Elle la ter­mi­na dans le calme d’un délire instal­lé, mais dans un état physique rel­a­tive­ment sta­ble et con­stant. Nom­bre  d’études, com­men­taires ou his­toires fig­urent par­mi les références bib­li­ographiques du dernier ouvrage en date qui lui est con­sacré par André Bénit, pro­fesseur à l’Université Autonome de Madrid. Char­lotte princesse de Bel­gique et impéra­trice du Mex­ique  s‘inspire en effet des plus récentes recherch­es his­toriques et psy­chi­a­triques con­cer­nant cette princesse, un ouvrage com­men­té ain­si dès sa pre­mière de cou­ver­ture : un con­te fées qui tourne au délire. Ce qui se con­firme au regard d’un bref résumé. Con­tin­uer la lec­ture

Au Mexique, « sur la route », avec Alechine

Un coup de coeur du Carnet

Ivan ALECHINE, Enter­re­ment du Mex­ique, avec des dessins d’Eduardo ARROYO, Galilée, 2016, 96 p., 16 €   ISBN : 9782718609492

alechineIl est tou­jours en marche, à pied, à cheval, dans un auto­car sur­chargé, une voiture que con­duit un ado­les­cent pau­vre imbibé de sub­stances fre­latées et de mau­vaise bière. On the road. Il est son­né, « moitié éveil­lé, marchant dans la plaine », grog­gy, allongé dans une miteuse cham­bre d’hôtel, par­fois avec une femme four­mi, indi­enne ou japon­aise  – mais on ne sait lequel sou­tient l’autre. Ou au con­traire il est d’une lente patience, les sens en alerte, et guette d’un œil l’instant décisif où l’image, qu’elle soit poé­tique ou pho­tographique, pren­dra place dans son champ de vision. « Un poète pré­pare le ter­rain, certes, écrit Ivan Ale­chine dans Enter­re­ment du Mex­ique, son nou­veau recueil, mais le pou­voir de la poésie écrite tient à ce que des phras­es entières s’imposent à soi et qu’il faut cap­tur­er sur le champ. » Con­tin­uer la lec­ture

Presque fin d’un monde à Dolores, Mexique

Maria de los Ange­les PRIETO MARIN, Racon­te-moi les pluies, Edi­tions du Cygne, 2016, 143 p.,15€   ISBN : 978–2849244500

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La jeune Char­lotte Janin débar­que d’un bus sur la Plaza May­or d’une petite ville mex­i­caine: « Oasis for­mée de cubes minia­tures et col­orés, qui grim­paient sur les collines entourant le cen­tre-ville », Dolores « por­tait bien son nom : ‘Douleurs’, petite ville asséchée sup­pli­ant dans la souf­france la pluie boudeuse ». La pénurie d’eau est totale : « 121 jours de sècher­esse. La munic­i­pal­ité ordonne des mesures de rationnement », lit-on dans le jour­nal.

Char­lotte vient enseign­er à l’Institut français avec l’intention de s’éloigner d’une famille arden­naise d’un catholi­cisme rigide. Alexan­dre Cra­cosky, le directeur de l’Institut, est cul­tivé, ambitieux et exalté : quadragé­naire pas­sion­né de sci­ences poli­tiques, il pro­fesse des idées cri­tiques sur l’ordre financier mon­di­al et pro­jette de devenir ambas­sadeur. Con­tin­uer la lec­ture

Carnets mexicains

Un coup de coeur du Carnet

Hubert ANTOINE, Danse de la vie brève,Ver­ti­cales, 2016, 227 p., 19,50 €/ePub : 13.99 €

antoineA pro­pos de son dernier recueil pub­lié aux Edi­tions La Let­tre volée Pourquoi je ne suis pas devenu poète, le poète namurois Hubert Antoine nous don­nait à enten­dre qu’il délais­serait pour un temps la poésie pour le roman. C’est main­tenant chose faite. Et voici donc ce qu’il est con­venu d’ap­pel­er le pre­mier roman d’un poète, gageure s’il en est, sous la forme du jour­nal intime de Melitza dont on sait d’emblée qu’elle mour­ra… Con­tin­uer la lec­ture

L’itinéraire d’Ivan Alechine au pays des Indiens Huichols

Pierre MALHERBE

alechine_delaunoisDans Oldies (Galilée, 2012), Ivan Ale­chine était remon­té à la source de ses années d’enfance, à Sauvage­mont en Bra­bant wal­lon, puis nous avait entraînés à sa suite dans un voy­age sou­vent tumultueux, celui de son ado­les­cence et de son entrée dans un monde adulte où il peinait à trou­ver sa place. Proche par ses par­ents, Pierre et Micky Alechin­sky, de toute une com­mu­nauté intel­lectuelle et artis­tique extrême­ment viv­i­fi­ante, curieuse de tout, Ivan Ale­chine a racon­té dans Oldies com­bi­en il lui avait été dif­fi­cile de pren­dre ses pro­pres mar­ques. Tar­di­ve­ment, il s’était aperçu qu’il lui fal­lait absol­u­ment abor­der un nou­veau con­ti­nent, un ter­ri­toire men­tal et émo­tion­nel qui lui appar­ti­enne en pro­pre, où il allait lui aus­si pou­voir expéri­menter, trac­er des lignes, dessin­er des cer­cles, danser et sautiller autour d’un feu cen­tral, sans crainte de lâch­er des mains. Con­tin­uer la lec­ture