Archives par étiquette : René Begon

Occupation militaire et domination masculine durant la Guerre 14–18

Emmanuel DEBRUYNE, « Femmes à Boches ». Occu­pa­tion du corps féminin, dans la France et la Bel­gique de la Grande Guerre, Belles Let­tres, 2018, 456 p., 25,90€ / ePub : 18.99 €, ISBN : 9782251448435

Se revendi­quant à la fois de l’histoire du genre et de celle de la guerre, l’ouvrage « Femmes à Boches », d’Emmanuel Debruyne, pro­fesseur d’histoire con­tem­po­raine à l’UCL, exam­ine une ques­tion auda­cieuse, dans sa for­mu­la­tion même : l’« occu­pa­tion du corps féminin », en France et en Bel­gique, durant la Guerre 14–18. Quel est le con­texte ? « Pen­dant qua­tre ans, la qua­si-entièreté de la Bel­gique et de larges pans de dix départe­ments français sont occupés par l’armée alle­mande » : ces ter­ri­toires, découpés par l’ennemi en plusieurs zones dis­posant de leur admin­is­tra­tion, for­ment un large périmètre regroupant une dizaine de mil­lions d’habitant-e‑s. Con­tin­uer la lec­ture

Une enfance sicilienne à Seraing

Gio­van­ni LENTINI, Vies à l’om­bre, Cerisi­er, 2019, 147 p., 12 €, ISBN : 978–2872672158

Dans le temps, la rue du Moli­nay était l’artère com­mer­ciale la plus impor­tante de la cité indus­trielle de Seraing, faisant le lien entre le bas de la com­mune et le quarti­er du Pairay. C’est dans une impasse don­nant sur cette artère que se déroule le troisième roman de Gio­van­ni Lenti­ni, Vies à l’om­bre. Con­tin­uer la lec­ture

L’Europe entre dérives identitaires et mépris des peuples

Véronique DE KEYSER, Une démoc­ra­tie approx­i­ma­tive L’Europe face à ses démons, CAL, coll. « Lib­erté, j’écris ton nom », 2018, 100 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87504–030‑5

Plus de soix­ante ans après le Traité de Rome, peut-on dire que l’Europe est démoc­ra­tique ? C’est l’une des ques­tions que pose Véronique De Keyser, anci­enne députée social­iste européenne (de 2001 à 2014) et pro­fesseure émérite de psy­cholo­gie à l’ULiège, dans son livre Une démoc­ra­tie approx­i­ma­tive. L’Europe face à ses démons, lau­réat du Prix du livre poli­tique 2018.

La créa­tion de l’Europe après la Deux­ième guerre mon­di­ale sym­bol­i­sait la réc­on­cil­i­a­tion des peu­ples sur un champ de ruines. Jusqu’au début des années 2000, les crises qu’elle a tra­ver­sées ont été sur­mon­tées et son exis­tence n’a jamais été vrai­ment ques­tion­née. Il n’en est plus de même aujourd’hui (…) L’Europe a encore ses défenseurs, mais ses détracteurs se font de plus en plus nom­breux.

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Rendez-vous impossible au château de Portavent

Pierre  HOFFELINCK, Les héri­tiers de Por­tavent, Mur­mures des soirs, 2019, 134 p., 16€, ISBN : 978–2‑930657–49‑3

Enfants, Iri­na et Pavel, qui sont cousins, ont passé leurs vacances d’été au château de Por­tavent, en com­pag­nie de leur tante Olga. À sa mort, celle-ci leur a légué le château de leur enfance, où ils se retrou­vent des années plus tard. Ain­si com­mence Les héri­tiers de Por­tavent, deux­ième roman du Lié­geois Pierre Hof­fe­linck.

Le réc­it explore l’effet des retrou­vailles sur ces deux per­son­nages, qui se sont quit­tés enfants et se revoient devenus adultes, dans un lieu isolé, chargé d’histoire. Retrou­vailles, mais aus­si huis clos, car, hormis Irma, la bonne, les deux cousins sont seuls au château. Con­tin­uer la lec­ture

Lucky Luke, un justicier blanc dans le lointain Ouest

Pierre ANSAYLucky Luke. La jus­tice et la philoso­phie, Couleur Livres, 2018, 177 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87003–889‑5

Philoso­pher à pro­pos de Lucky Luke : voilà la propo­si­tion que nous fait Pierre Ansay dans son dernier livre, lui qui s’était déjà livré au même exer­ci­ce avec Gas­ton Lagaffe (Couleur livres, 2012). On imag­ine sans trop de peine que l’improbable employé de bureau imag­iné par Fran­quin puisse inciter à la réflex­ion par son insond­able paresse et sa créa­tiv­ité biscornue.Par con­tre, c’est peut-être moins évi­dent pour le poor lone­some cow-boy inven­té par Mor­ris, parce qu’il est d’abord un homme d’action.

Pour­tant, quand Gas­ton passe son temps à être, Luc le Chanceux, lui, agit et, sur son ter­rain d’action, il est con­fron­té à cer­taines notions que les philosophes ont cou­tume de traiter : le bien et le mal, l’ordre, l’autorité, la loi et la jus­tice. Avec la nuance que ses auteurs des­ti­nent ces aven­tures à la jeunesse et qu’à rebours, par exem­ple, d’un Cor­to Mal­tese de Hugo Pratt, ils veu­lent d’abord faire sourire.

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Le Top 3 de René Begon

La rétro­spec­tive de l’an­née lit­téraire belge avec le Top 3 des chroniqueurs. Aujour­d’hui : le choix de René Begon.


Lire aus­si : la fiche de René Begon


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Le ripou carolo qui voulait convoler

Éric DEJAEGER, Maigros se marie, Cac­tus Inébran­lable, 2018, 120 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930659–80‑0

S’il ne s’agissait pas d’opuscules pra­ti­quant un humour (très) gras, on pour­rait dire que les aven­tures de l’inspecteur Désiré Maigros (on n’insistera pas sur la qual­ité de la référence) ne sont pas faites pour relever l’image de la police. En 2011, Éric Dejaeger, pro­lixe et anti­con­formiste auteur de textes courts, avait rassem­blé les cent pre­mières aven­tures de son flic préféré dans La saga Maigros (Cac­tus inébran­lable), après les avoir dis­til­lées en feuil­leton sur inter­net. Il a remis le cou­vert en 2018, à la demande pres­sante de ses lecteurs (selon lui) avec les cinquante épisodes sup­plé­men­taires de Maigros se marie. Con­tin­uer la lec­ture

Une plongée passionnante dans les années de plomb

Un coup de cœur du Carnet

Bernard ANTOINE, Pur et nu, Mur­mure des Soirs, 2018, 435 p., 22 €, ISBN : 978–2‑930657–41‑7

À Brux­elles, le jour­nal­iste Thomas Holmer apprend que son père Egide, ancien grand reporter, est mort d’un infarc­tus dans les bras de sa maîtresse, Ana Raïtchev. Dans les affaires de son amant, celle-ci décou­vre des let­tres : une pour elle, une autre adressée à Thomas et la troisième à une cer­taine Alessia. Qui est Ana ? D’où vient-elle ? Qui est Alessia ? Quelles rela­tions unis­saient Alessia et Egide ? Telles sont les ques­tions qui se posent au début de Pur et nu, le pre­mier roman très maîtrisé de Bernard Antoine. Les répons­es relèveront de l’Histoire, car le livre met en rela­tion le présent de Thomas et Ana et le passé com­plexe de la généra­tion précé­dente, dont il s’ingénie habile­ment à tiss­er les rela­tions à tra­vers le temps. Con­tin­uer la lec­ture

La terre, la vigne et l’argent

Luc DUPONT, Anna, ici et là, OnLit, 2018, 173 p., 17€ / ePub : 9.49 €, ISBN : 978–2‑87560–098‑1

dupont anna ici et la.jpgUn vil­lage à la cam­pagne, au cœur d’un paysage de collines et de vig­no­bles, avec un air de Toscane. C’est là qu’Anna est envoyée pour faire ses armes. Elle sil­lonne la cam­pagne en bas­kets pour effectuer son tra­vail « J’étais aux­il­i­aire de police. J’aimais les chemins de tra­verse ». Con­tin­uer la lec­ture

Les aventures d’un acupuncteur belge en Chine

François BEYENS, La Dame de Suzhou, Mur­mure des soirs, 2017, 460 p., 22€, ISBN : 978–2‑930657–37‑0

beyens la dame de suzhou.gifMédecin acupunc­teur for­mé en Chine, maîtrisant le man­darin, Gilles est un fer­vent admi­ra­teur de la civil­i­sa­tion chi­noise. Il arrive à Suzhou dont il désire revoir les célèbres jardins. Mais autre chose motive son voy­age : « Jusqu’ici ma vie avait été si rec­tiligne. Avant il y avait le Gilles que je con­nais­sais. Après il y eut une ascen­sion, une évo­lu­tion accélérée, vers un autre moi, un autre Gilles, une autre vie ». Con­tin­uer la lec­ture

Un hyperréalisme tenté par le délire

Hen­ri DE MEEÛS, Pitou et autres réc­its, Mar­que belge, 2017, 637 p., 25€, ISBN :  978–2‑39015–016‑9

de meeusAvo­cat et crim­i­no­logue, spé­cial­iste d’Henry de Mon­ther­lant, auquel il a con­sacré un site inter­net et un ouvrage, Hen­ri de Meeûs fait cet automne son entrée dans la lit­téra­ture fran­coph­o­ne de Bel­gique avec un copieux recueil de quinze nou­velles : Pitou et autres réc­its.

Pour la plu­part ancrées dans un quo­ti­di­en typ­ique­ment belge, ces fic­tions rejoignent une autre tra­di­tion nationale en ce qu’elles cul­tivent la fibre fan­tas­tique. Pitou, la nou­velle qui donne son titre au recueil, est emblé­ma­tique. Le train-train quo­ti­di­en d’un retraité instal­lé à Coxyde est per­tur­bé par un neveu garçon-coif­feur qui l’appelle au sec­ours après avoir per­du sa mère (sœur du nar­ra­teur) et l’emploi qu’il con­voitait dans un salon de l’avenue Louise. Con­tin­uer la lec­ture

Comprendre, c’est commencer à agir

Olivi­er BONFOND, Il faut tuer TINA. 200 propo­si­tions pour rompre avec le fatal­isme et chang­er le monde, Édi­tions du Cerisi­er, coll. « Place publique », 2017, 526 p., 25€, ISBN : 2872672044

bonfondPre­mière min­istre bri­tan­nique de 1979 à 1990, Mar­garet Thatch­er a beau­coup con­tribué à l’instauration de l’ordre néo-libéral qui mène aujourd’hui le monde. Son mot d’ordre : « There Is No Alter­na­tive », en acronyme TINA, sig­nifi­ait que le cap­i­tal­isme néo-libéral con­sti­tu­ait le seul hori­zon pos­si­ble pour le monde occi­den­tal. Et que, dès lors, il n’y avait rien d’autre à faire que déman­tel­er les syn­di­cats, pri­va­tis­er les ser­vices publics (san­té, trans­ports, édu­ca­tion), baiss­er les impôts, défaire le droit du tra­vail, rabot­er les salaires, s’attaquer au sys­tème de pro­tec­tion sociale, favoris­er les prof­its indus­triels et financiers en pré­cip­i­tant une par­tie sans cesse crois­sante de la pop­u­la­tion laborieuse dans la pré­car­ité et la mis­ère. En somme : pri­va­tis­er, déré­gle­menter et appau­vrir les moins nan­tis. Con­tin­uer la lec­ture

La voix du blues assassinée

Michel LAUWERS, Douze mesures pour un meurtre, Mur­mure des Soirs, 422 p., 20€, ISBN : 978–2‑930657–35‑6

lauwersPour son troisième roman pub­lié chez Mur­mure des Soirs, Douze mesures pour un meurtre, Michel Lauw­ers nous emmène à Hokum, petite ville de l’état du Mis­sis­sip­pi, après la Deux­ième Guerre mon­di­ale. Descen­du à l’unique hôtel, Alan Mal­ox, employé d’une firme de dis­ques de New York, s’écroule dans le fau­teuil qu’il occu­pait au salon après avoir avalé son jus de cit­ron quo­ti­di­en, agré­men­té d’une dose mortelle de cya­nure. Pour Sol Cham­bers, le jeune shérif chargé de l’enquête, un meurtre dans sa juri­dic­tion est une occa­sion inespérée de démon­tr­er ses qual­ités de fin lim­i­er. Con­tin­uer la lec­ture

Une enfance ardennaise en Haute-Lesse

Omer MARCHAL, Au pays de mon père, Weyrich, coll. « Regains », 2016, 272 p., 13€   ISBN : 9782874893988

marchal-omerTour à tour agent ter­ri­to­r­i­al au Ruan­da-Urun­di, grand reporter, directeur de la branche belge des édi­tions Didi­er-Hati­er, Omer Mar­chal, né à Ochamps, en Haute-Lesse, en 1936, a passé de longues années à péré­griner loin de son Ardenne natale, avant de rejoin­dre Vil­lance, le hameau famil­ial, pour y créer une mai­son d’édition dédiée à célébr­er la région de son enfance.

En 1990, il pub­lie Au pays de mon père, un livre de sou­venirs famil­i­aux que les édi­tions Weyrich vien­nent de rééditer dans leur nou­velle col­lec­tion « Regains », don­nant une nou­velle vie à des ouvrages « pra­tique­ment oubliés, mais qui restent dignes d’intérêt ». Con­tin­uer la lec­ture

Presque fin d’un monde à Dolores, Mexique

Maria de los Ange­les PRIETO MARIN, Racon­te-moi les pluies, Edi­tions du Cygne, 2016, 143 p.,15€   ISBN : 978–2849244500

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La jeune Char­lotte Janin débar­que d’un bus sur la Plaza May­or d’une petite ville mex­i­caine: « Oasis for­mée de cubes minia­tures et col­orés, qui grim­paient sur les collines entourant le cen­tre-ville », Dolores « por­tait bien son nom : ‘Douleurs’, petite ville asséchée sup­pli­ant dans la souf­france la pluie boudeuse ». La pénurie d’eau est totale : « 121 jours de sècher­esse. La munic­i­pal­ité ordonne des mesures de rationnement », lit-on dans le jour­nal.

Char­lotte vient enseign­er à l’Institut français avec l’intention de s’éloigner d’une famille arden­naise d’un catholi­cisme rigide. Alexan­dre Cra­cosky, le directeur de l’Institut, est cul­tivé, ambitieux et exalté : quadragé­naire pas­sion­né de sci­ences poli­tiques, il pro­fesse des idées cri­tiques sur l’ordre financier mon­di­al et pro­jette de devenir ambas­sadeur. Con­tin­uer la lec­ture

André Dartevelle, du silence familial à la mise en images de la parole

André DARTEVELLE, Si je meurs un soir. Mémoires, Cuesmes, Édi­tions du Cerisi­er, coll. « Place publique », 2016, 277 p., 16€

André Dartev­elle fut un grand reporter de télévi­sion, ain­si que l’auteur fécond de nom­breux doc­u­men­taires his­toriques et artis­tiques. En 2014, il présen­tait ses derniers films, con­sacrés aux mas­sacres de civils per­pétrés par l’armée alle­mande en août 1914 à Dinant et en Ardenne. Atteint d’un can­cer, il man­i­fes­ta jusqu’au bout la ténac­ité et la créa­tiv­ité qui le fai­saient vivre en par­venant à ter­min­er ses mémoires, aujourd’hui pub­liés au Cerisi­er sous le titre Si je meurs un soir. Con­tin­uer la lec­ture