Le temps de l’engagement

Pierre ORBAN, Pour avoir de l’espoir, faudrait du temps, Edi­tions du Cerisi­er, 2016, 144 p., 12€   ISBN : 978–2‑87267–200‑4

orbanDepuis plusieurs décen­nies, les édi­tions du Cerisi­er se démar­quent du champ édi­to­r­i­al belge par un engage­ment poli­tique et socié­tal. Cet engage­ment se retrou­ve dans leurs dif­férentes col­lec­tions et pub­li­ca­tions. Aujourd’hui parait ain­si un nou­veau roman, Pour avoir de l’espoir, faudrait du temps, écrit par Pierre Orban, dans la col­lec­tion « Faits et geste ». S’il s’agit d’un roman, il puise néan­moins ses sources d’inspiration dans une réal­ité très con­crète : la crise économique en Espagne et le mou­ve­ment des « Indignés » qui en découle. Pour don­ner corps à cette matière poli­tique­ment très dense, l’écrivain a choisi deux héroïnes, Alba et Luna, deux jeunes que tout oppose et rap­proche en même temps.

Les après-midis passés à l’appartement sont pénibles. En théorie, je pour­rais les employ­er pour me for­mer via les cours d’université en ligne, con­tribuer à Wikipé­dia, tenir mon blog, pour­suiv­re mon argu­men­taire pour une lim­i­ta­tion sur le salaire et la for­tune dans une économie de marché (…). Mais en pra­tique, je peux pass­er plusieurs heures à ne rien faire ou presque, prise de fatigue, inca­pable de me con­cen­tr­er, ralen­tie par un sen­ti­ment de vide qui pèse sur mon corps.

L’une vit chez ses par­ents et s’implique dans la mise en place d’une révolte de la société ; l’autre a, quant à elle, une pos­ture de révolte con­tre la société. Ce sont donc des com­bats avec des impli­ca­tions réelles et con­crètes qui don­nent la matière nar­ra­tive au roman. Et si le  mou­ve­ment des Indignés, avec ses rassem­ble­ments, ses espoirs et ses désil­lu­sions, forme le cadre du tableau romanesque, les chapitres se découpent en des instants de vie. Cha­cun est ain­si amené à se débrouiller en usant de moyens plus ou moins légaux pour gag­n­er non pas « sa vie », mais bien une pos­si­bil­ité de vivre décem­ment : Alba donne des cours de français ;  Luna, quant à elle, offre  – par­fois – son corps…

La nar­ra­tion est ain­si très dynamique, agréable­ment servie par une prose poé­tique, dans laque­lle chaque mot est savam­ment choisi. Écrit sous la forme du « jour­nal », ce roman est dense et riche. Soyons claire : il ne se lit pas comme les « pour­par­lers » d’un mou­ve­ment socié­tal. Il invite davan­tage à se pos­er des ques­tions, dans une langue sim­ple et effi­cace. Les faits sont posés ; c’est au lecteur à analyser, à réfléchir. Une ques­tion en fil­igrane sem­ble tra­vers­er le roman : quelle est le rôle de la jeunesse dans le monde d’aujourd’hui ? À méditer…

Pri­maëlle Verte­noeil