L’Autre Hélène

Dominique COSTERMANS, Out­re-Mère, Luce Wilquin, 2017, 176 p., 17€   ISBN : 978–2‑88253–529‑0
Mise à jour 18/11/2024 : le livre a été réédité dans la col­lec­tion “Plumes du coq” des édi­tions Weyrich en 2024 : Dominique COSTERMANSOut­re-mère, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2024, 228 p., 16,50 €, ISBN : 9782874899515

costermanscostermans outre mere weyrichÀ la fin des années soix­ante, Lucie Van Dam se voit invitée à entr­er dans le bureau pater­nel afin de choisir quelques images pieuses qui servi­ront de sou­venirs de sa com­mu­nion privée. Quant au texte qui les accom­pa­g­n­era, aucune lat­i­tude pos­si­ble pour la fil­lette : ses par­ents ont déjà décidé qu’il serait le calque d’un autre faire-part daté de 1946, celui d’une cer­taine Hélène Mor­gen­stern. Qui pou­vait bien être cette enfant qui por­tait le même prénom que sa mère, Hélène Lam­bert ? Pourquoi cet effet si per­son­nel était-il glis­sé dans le mis­sel de cette dernière ? Était-ce vrai­ment une sim­ple cama­rade de classe ? Pour toute réponse, Lucie se heurte au mutisme des adultes : « Lucie sait que, dans cette famille, il y a des ques­tions à ne pas pos­er et des sujets à ne pas abor­der. Mais c’est la pre­mière fois qu’elle en prend vrai­ment con­science. »

Cepen­dant, le ver est dans le fruit. Et la petite Lucie com­mence à son­der cette fig­ure mater­nelle, si mys­térieuse, si secrète, si crispée face aux inter­ro­ga­tions légitimes de sa descen­dance. « J’ai pris con­science, du haut de mes sept ou huit ans, que j’avais frap­pé à une porte der­rière laque­lle se tenait tapi quelque chose qu’on ne pou­vait pas réveiller. Mais pas quelque chose de mort et d’inoffensif : quelque chose de menaçant. » C’est le début d’une quête de plusieurs décen­nies, qui mèn­era Lucie la bien nom­mée sur les sen­tiers cachés et tortueux du passé. Avec doigté, elle ques­tion­nera les mem­bres de sa famille ; avec patience, elle remuera les archives et les vieilles pho­tos ; avec obsti­na­tion, elle recoupera les infor­ma­tions et tri­era le vrai du faux. Son objec­tif, aus­si vital que can­dide, est de com­pren­dre dans quelle his­toire elle s’inscrit. « D’Hélène, ma mère, c’est comme si j’étais née de rien. De presque rien. D’Hélène, j’ai aus­si hérité ce grand silence. Ce secret en creux. Ce tabou parsemé de petites traces, comme autant de cail­loux blancs qui m’ont guidée […] »

Sur son chemin généalogique, Lucie réveillera des blessures douloureuses, voire hon­teuses. Ce sera pour­tant la con­di­tion sine qua non pour aboutir à la con­nais­sance, à l’apaisement et enfin à la réc­on­cil­i­a­tion. Dans son pre­mier roman, Dominique Coster­mans envis­age donc la recon­struc­tion d’identités dis­per­sées à tra­vers le dif­fi­cile et salu­taire dévoile­ment des orig­ines.

Samia Ham­ma­mi