Un coup de cœur du Carnet

La fille démantelée
Autrice : Jacqueline Harpman
Postface : Laurence Boudart
Maison d’édition : Espace Nord
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 300
Prix : 10 €
Livre numérique : 6,99 €
EAN : 9782875687395
Comment tuer sa mère morte, une mère qui ne vit plus qu’en soi, qui hante et domine sa fille post mortem comme elle l’a fait de son vivant ? « Reste morte, ma Mère ». Aussi célèbre que l’incipit de L’étranger de Camus avec lequel il offre un effet de contraste, la première phrase injonctive de La fille démantelée nous convie à entrer dans le récit d’Edmée qu’elle construit comme un tombeau dédié à sa mère défunte. Mettant en forme leur relation asphyxiante, destructrice, sondant le mélange d’amour et de haine qui lie mère et fille, les phrases que nous lisons forment non pas un tombeau littéraire, glorieux, au sens classique du terme, mais une sépulture de mots, une stèle funéraire afin que la mère Rose se taise à jamais, délivre enfin Edmée. La mort d’une génitrice proche de Folcoche, de Madame Lepic ne suffit pas : l’écriture seule est en mesure de parachever la crémation. Continuer la lecture



L’écriture intensément poétique de Catherine Barreau s’affranchit du romanesque. Après quatre romans – dont 


Anne Guinot est née en 1983 dans « un pays de forêts et de rivières ». Elle vit en Belgique depuis 2008 (Bruxelles d’abord, le Condroz ensuite). Un si profond silence est son premier livre. Un lieu de mots d’où elle nous parle de comment sa vie s’est figée quand elle a perdu sa mère, alors enceinte de jumeaux, et de comment le silence s’est installé dans son corps. Elle avait deux ans.
En plaçant en exergue Boris Cyrulnik qui nous affirme “la famille, ce havre de sécurité, et en même temps le lieu de la violence extrême”, Véronica Lenne, psychopraticienne et poétesse bruxelloise nous prévient : À l’ombre du ventre nous emmène, avant de nous plonger dans le vif du propos, au sein d’une figure maternelle dure, voire violente.
Comme tous les dimanches, Charlie rend visite à son père Théodore. Ces deux-là sont unis par une belle complicité où les mots sont superflus : contemplatifs, ils aiment se gorger des petites contingences de la vie.
Il est des textes qui, une fois lus, se déposent en vous, et mènent dans les tréfonds de votre sensibilité un lent travail d’irrigation phréatique, dont l’impact réel peut prendre des mois, des années à se mesurer. Ainsi, immanquablement, L’odeur du père de Marie Denis, publié pour la première fois en 1972 chez le très confidentiel Robert Morel – qui proposait des petits ouvrages d’un format atypique, tout cartonnés de blanc, et où le texte commençait à même la première de couverture…
L’hirondelle des Andes.
Comment survivre à un père mort ? Comment se sauver du néant, reconquérir le fil qui s’est rompu entre le père et soi, entre soi et soi ? Dans Motus, un recueil de textes poétiques rythmés par des photographies, la cinéaste et poète Dominique Loreau tend l’oreille à ce que son père, le philosophe Max Loreau, lui a légué, à ce qu’il a transmis comme impossible. Les textes sondent une énigme, tournoient autour d’une absence, d’un éloignement que viendra sceller la mort du père. Motus et bouche cousue, motus et lèvres qui mettent en mots la béance, le manque… Dominique Loreau lance une lettre au père, moins dans la veine de celle de Kafka que sous la forme d’une quête et d’un combat. Max Loreau (1928–1990), le philosophe qui renouvela la phénoménologie, qui fit de la peinture, des arts le kairos d’une autre pensée, Max Loreau, professeur à l’ULB, auteur d’une œuvre innervée par la question des commencements, se voit reconnecté à son « motus », au mouvement interne qui, commandant sa vie, impulsa sa pensée.
On le sait, les femmes écrivains accordent une attention éminente à la relation entre l’enfant qu’elles furent et leurs parents, leur mère en particulier. Cette remémoration peut prendre diverses tournures, généralement plus proches de la récrimination que de l’idéalisation. Christine Van Acker, quant à elle, adopte une position tout en nuances, combinant le reproche et la tendresse, l’apitoiement et la perplexité, la souffrance et la joie de vivre. Plutôt que la formule du récit, elle a choisi celle du recueil de poèmes, plus libre, plus fragmentaire, non sans analogies avec le journal intime – un journal inspiré en l’occurrence non par les faits actuels, mais par le souvenir des faits passés, de l’enfance de l’héroïne à la mort de ses parents. Je vous regarde partir, toutefois, présente une structure non pas diariste mais ternaire et dyschronique. En effet, jusqu’à la p. 17, les poèmes évoquent le grand Départ et le deuil qui s’ensuit. Des pages 18 à 40, on assiste à un retour en arrière vers l’époque de l’enfance. La dernière partie, enfin, cible la période du vieillissement et de l’agonie. Cette tripartition non linéaire montre clairement que, en matière de questionnement autobiographique, la recherche du sens est de nature foncièrement rétrospective : c’est après-coup seulement que, l’irrémédiable étant advenu, le sujet peut procéder à une tentative de bilan mémoriel et affectif, où la vie cède le pas au vécu. « Vous emporterez avec vous / ce qui nous regarde / et ne vous appartenait pas ».
Isabelle Spaak, prix Rossel 2004 pour Ça ne se fait pas, revient aujourd’hui avec un récit aiguisé, publié chez L’iconoclaste.