Quand la maladie est dépeinte avec minutie…

Joëlle VAN HEE, Mémoire en eaux trou­bles, Édi­tions du Jas­min, 2017, 228 p., 14,90 €, ISBN : 978–2‑35284–110‑4

van hee.jpgPartagée entre l’écriture et l’enseignement, Joëlle Van Hee nous avait jusqu’alors habitués aux con­tes et nou­velles, qu’elle nous narre avec brio. Elle nous pro­pose ici un roman pour ado­les­cents et adultes, où la rela­tion à l’autre, celui qui oublie, qui nous quitte douce­ment, et qui pour­tant nous guide, reste pré­dom­i­nante.

Le monde d’Antonin s’effondre lorsqu’il apprend que son grand-père est atteint de la mal­adie d’Alzheimer. Le voilà con­traint de ren­con­tr­er son Papy dans une insti­tu­tion hos­pi­tal­ière où les com­pagnons d’infortune du grand-père évolu­ent, comme ils peu­vent. L’adolescent assiste impuis­sant à la lente et inéluctable dégra­da­tion de son grand-père : la perte de ses fac­ultés, de la parole, de son autonomie… ironie du sort que cette dégra­da­tion pour un com­man­dant retraité de l’armée. “Un vieux Cap­i­taine Cro­chet… avec le regard de Peter Pan.”

Si Joëlle Van Hee dépeint avec vérac­ité tant le lieu, que les odeurs, que l’évolution per­fide de la mal­adie,  elle man­i­feste au tra­vers d’Antonin une pro­fonde human­ité par un attache­ment crois­sant aux “schmouls”, ces vieux malades stag­nant dans un micro­cosme aus­si dur que touchant.

Assez rapi­de­ment dans le réc­it, un accès de lucid­ité du grand-père d’Antonin nous lance sur une énigme que ten­tera de résoudre le jeune homme : un secret de guerre, per­du dans la mémoire du vieux mil­i­taire, et qui sem­ble ronger ce grand-père affaib­li…

Si le moment de l’au-revoir entre les deux hommes nous a arraché une larme, Joëlle Van Hee ne tombe jamais dans le pathos, et teinte son réc­it de touch­es d’humour avec beau­coup d’intelligence et de poésie.

Mais nous, on en par­le, parce qu’on se rend compte que si le pire arrivait à Papy, on voudrait avoir le temps de lui dire au revoir. C’est impor­tant de saluer ceux qui s’en vont pour tou­jours. Il ne faut jamais oubli­er de gliss­er un mot gen­til dans leur sac à dos, au cas où ils auraient un coup de mou au moment du départ.

De nom­breux dia­logues ren­dent vivantes et légères les sit­u­a­tions pour­tant dif­fi­ciles qui sont exposées. Des ques­tions nous vien­nent cepen­dant quant à Antonin, un ado­les­cent dont nous effleu­rons à peine l’univers quo­ti­di­en, tant il est absorbé par son entre­prise. Une amoureuse est là, dévouée et à l’écoute, très peu d’amis dans le voisi­nage du jeune homme qui sem­ble bien seul, et des échanges très posés avec une famille com­préhen­sive… un entourage dont nous rêve­ri­ons tous pour tra­vers­er ce genre d’épreuve et qui con­tre­bal­ance quelque peu l’authenticité des descrip­tions rel­a­tives à la mal­adie. Néan­moins, Mémoire en eaux trou­bles est de ces livres qui font du bien, qui touchent, et font réfléchir.

Nat­acha Wallez