Archives par étiquette : mémoire

Après l’oubli

Eve­lyne GUZY, Bel­giques : ce qui reste quand on a tout oublié…, Ker, coll. « Bel­giques », 122 p., 12 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 978–2‑87586–450‑5

guzy belgiquesLa col­lec­tion Bel­giques, dirigée par Vin­cent Engel aux édi­tions Ker, accueille depuis quelques années déjà des frag­ments de « Bel­gique » sur­gis de la mémoire des autri­ces et auteurs sol­lic­ités. Ils sont de mul­ti­ples orig­ines, mais para­doxale­ment, ces « Bel­giques » ne comptent pas encore de plumes néer­lan­do­phones au cat­a­logue… Nous imag­i­nons les dif­fi­cultés en cette matière aujourd’hui… Con­tin­uer la lec­ture

Ce qui scelle les tourments

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Racon­ter la nuit, Seuil, 2022, 256 p., 19 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑02–149348‑1

emmanuel raconter la nuitPierre, le nar­ra­teur, reçoit une let­tre de Vera, une femme qu’il a con­nue étant ado­les­cent, mais c’est le vis­age de sa sœur jumelle Jele­na qui s’impose dès la pre­mière phrase de ce nou­veau roman de François Emmanuel :

Et sans doute l’histoire tiendrait au seul regard de Jele­na, bleu pro­fond, posé sur moi au bord d’une indig­na­tion. Sans doute faudrait-il la repren­dre par le com­mence­ment, cette his­toire, sachant qu’un com­mence­ment n’est jamais qu’une entrée en lumière.  Con­tin­uer la lec­ture

Femmes résistantes. Récit des camps

Madeleine DEWÉ, Je voy­ais l’aurore… Réc­it de la cap­tiv­ité (1944–1945) de Marie-Thérèse Dewé, Marie-Madeleine Dewé, Berthe Mori­mont-Lam­brecht, Ter­ri­toires de la Mémoire, coll. « À refaire », 2021, 112 p., 16 €

dewe je voyais l auroreÀ l’occasion d’un voy­age mémoriel au camp de Ravens­brück, organ­isé par l’asbl Les Ter­ri­toires de la Mémoire, Madeleine Dewé et André Lebrun ont tran­scrit et mis en forme les pro­pos enreg­istrés par leur tante Marie-Thérèse Dewé, résis­tante, déportée poli­tique qui longtemps après la Libéra­tion (au début des années 1980), livra le témoignage d’un groupe de femmes résis­tantes et de leur dépor­ta­tion en Pologne, en Alle­magne et en Autriche. Marie-Thérèse Dewé témoigne pour celles qui ne sont jamais rev­enues, celles que la mort nazie a fauchées, sa sœur Marie-Madeleine, Berthe Mori­mont. Réc­it cap­i­tal du rôle encore trop sous-estimé des femmes dans la Résis­tance en Bel­gique, trans­mis­sion d’une mémoire des actions (ren­seigne­ment, sab­o­tage) con­tre l’occupation alle­mande, Je voy­ais l’aurore… décrit avec humil­ité l’implication de femmes appar­tenant au réseau d’évasion Comète, lequel aidait les avi­a­teurs et sol­dats alliés à regag­n­er l’Angleterre. Chef du réseau de résis­tance « Clarence », Walthère-Jacques Dewé, le père des héroïnes, fut abat­tu par les Alle­mands en jan­vi­er 1944. Con­tin­uer la lec­ture

Juste le minimum hérité

Véronique ROELANDT, Mes ham­sters, Arbre à paroles, 2021, 58 p., 10 , ISBN : 978–2‑87406–706‑8

roelands mes hamstersPar­mi les derniers-nés de la col­lec­tion iF, quelle bonne sur­prise que de décou­vrir, aux côtés des deux incon­tourn­ables de la lit­téra­ture belge que sont désor­mais Karel Logist et Chris­tine Aventin, le pre­mier recueil d’une toute nou­velle autrice : Véronique Roe­landt. Con­tin­uer la lec­ture

Apprivoiser son Dibbouk

Irène KAUFER, Dib­bouks, Anti­lope, 2021, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2379510502
Mise à jour du 18/11/2024 : le livre a été repub­lié en livre de poche en 2024 : Irène KAUFER, Dib­bouks, Anti­lope, coll. “Antilopoche”, 2024, 224 p., 9,95 €, ISBN : 9782379511479

kaufer dibboukskaufer dibbouks pocheLes édi­tions de l’Antilope, dont la ligne édi­to­ri­ale se con­cen­tre autour de « textes lit­téraires ren­dant compte de la richesse et des para­dox­es de l’existence juive sur les cinq con­ti­nents », accueil­lent dans leur cat­a­logue le nou­veau roman d’Irène Kaufer. Dib­bouks, un texte sin­guli­er autour des iden­tités. Con­tin­uer la lec­ture

Le vertige des masques

Jean-François FÜEG, Ni Dieu, ni halušky, pré­face de Jean-Pierre Sak­oun, post­face de Dominique Coster­mans, Ter­ri­toires de la mémoire, 2019, 96 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930408–43‑9

« Elle qui avait lut­té toute une vie pour ne pas être fille d’im­mi­grés, la ter­mi­na  Anna Bielik », Page 69, Jean-François Füeg lâche cette phrase sim­ple et trou­ble, la nom­i­na­tion ini­tiale la mère repre­nait le dessus et Annie allait dis­paraître…

Dans Ni Dieu, ni halušky, son dernier opus, l’auteur pour­suit la quête d’une mise à jour du palimpses­te de toute immi­gra­tion, des secrets de famille intriqués dans l’histoire col­lec­tive, des silences paralysants. Cette suite de livres[1] pour­suit avec une qual­ité rare, le dévoile­ment du con­cept de « stress iden­ti­taire ». L’histoire d’Annie, c’est l’histoire de la mère, celle qui con­te une autre his­toire fon­da­trice à ses enfants, qui racon­te l’Histoire à sa façon, déportée du réel, en touch­es rhap­sodiques, cou­sant bout à bout des incon­gruités qui tien­nent, se polis­sent, pren­nent sens et enlisent la famille au fil du temps. Con­tin­uer la lec­ture

Maille à partir avec Mamie !

Patri­cia HESPEL, La dernière maille, Genèse, 2020, 318 p., 22,5 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9 791094 689639

Une nuit d’avril, un homme est extir­pé d’une voiture par qua­tre indi­vidus, bat­tu, lais­sé pour mort. Mais il est décou­vert, les sec­ours sont appelés. Sauvé ?

Le pro­logue est écrit/narré de manière limpi­de, dynamique. Des tes­sons de sus­pense saupou­drent le décor : la haine des agresseurs, le « bon droit » qui « anesthésie leurs doutes » ; la sur­prise de l’agressé ; la présence d’une instance nar­ra­tive mys­térieuse.

Sauvé ? La pre­mière par­tie, Cather­ine, débute avec le réveil de la vic­time dans une cham­bre d’hôpital. Le nar­ra­teur se demande où il est, qui il est, ce qui lui est arrivé. Rebap­tisé Néo (!) par le per­son­nel hos­pi­tal­ier, il apprend qu’on a fail­li le débranch­er, per­son­ne ne l’a réclamé, il sem­ble sur­gi du néant. Désem­paré, il se rac­croche à une doc­toresse, Cather­ine Milan, dont les soins, l’attention (et l’attente ?) dépassent la norme. Con­tin­uer la lec­ture

Une vie en éclats

Un coup de cœur du Carnet

Annick WALACHNIEWICZ, Il ne por­tait pas de chandail, L’Arbre à paroles, coll. « If », 2018, 184 p., 18 €, ISBN : 9–782874-066665

walachniewicz il ne portait pas de chandailJe vous le con­cède, le nom de l’auteure n’est pas facile à retenir et pour­tant, ce n’est en aucun cas une rai­son de rater le pre­mier roman d’Annick Walach­niewicz, Il ne por­tait pas de chandail, qui sor­ti­ra dans quelques jours aux édi­tions de l’Arbre à Paroles, dans la col­lec­tion nar­ra­tive « iF ».

Tout com­mence à l’Ouest, en 2012, avec Dora et Hans qui vien­nent « lui » annon­cer que son père, dont on appren­dra bien­tôt qu’il est décédé en 2001, « était pris­on­nier dans un camp d’extermination.  Il tra­vail­lait dans les cham­bres à gaz, dans les fours. » Con­tin­uer la lec­ture

Quand la maladie est dépeinte avec minutie…

Joëlle VAN HEE, Mémoire en eaux trou­bles, Édi­tions du Jas­min, 2017, 228 p., 14,90 €, ISBN : 978–2‑35284–110‑4

van hee.jpgPartagée entre l’écriture et l’enseignement, Joëlle Van Hee nous avait jusqu’alors habitués aux con­tes et nou­velles, qu’elle nous narre avec brio. Elle nous pro­pose ici un roman pour ado­les­cents et adultes, où la rela­tion à l’autre, celui qui oublie, qui nous quitte douce­ment, et qui pour­tant nous guide, reste pré­dom­i­nante.

Le monde d’Antonin s’effondre lorsqu’il apprend que son grand-père est atteint de la mal­adie d’Alzheimer. Le voilà con­traint de ren­con­tr­er son Papy dans une insti­tu­tion hos­pi­tal­ière où les com­pagnons d’infortune du grand-père évolu­ent, comme ils peu­vent. L’adolescent assiste impuis­sant à la lente et inéluctable dégra­da­tion de son grand-père : la perte de ses fac­ultés, de la parole, de son autonomie… ironie du sort que cette dégra­da­tion pour un com­man­dant retraité de l’armée. “Un vieux Cap­i­taine Cro­chet… avec le regard de Peter Pan.” Con­tin­uer la lec­ture

Cernes de famille

Chan­tal DELTENRE, La Forêt Mémoire, mael­strÖm, 2016, 110 p., 12 €

deltenreCom­ment imbrique-t-on dans sa mémoire les sou­venirs, doux ou douloureux ? Com­ment faire pour qu’ils se trans­fig­urent, se floutent et ne nous digèrent pas tout cru ?
Dans La Forêt-Mémoire, la nar­ra­trice, encore enfant, a plan­té à son seul usage une canopée sen­si­ble imag­i­naire. Au plus pro­fond, comme dans autant de boules à neige, elle peut à loisir étein­dre ou ani­mer les scènes qu’elle a vécues : Grande, la mamy aimante, en train de rac­com­mod­er un chandail. Grand, le pépé com­mu­niste, feuil­letant Le Dra­peau Rouge en quête d’une nou­velle manif où il l’emmènerait. La Ducasse d’Ath et ses Géants au dernier week-end d’août, les bor­ds de la Den­dre et la stat­ue de Saint Antoine, qui veille sur la plus jeune occu­pante de la maison­née. Il reste mal­gré tout des paysages qui grésil­lent bien trop à son goût, sous ten­sion ou au mieux, vidés de tout lien. Des moments qu’elle ne maîtrise guère: tous ceux où appa­rais­saient ses par­ents, mar­iés très jeunes et comme encom­brés de leur progéni­ture. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire-refuge face au monde en déroute

Michel JOIRET, Le Car­ré d’Or, M.E.O., 2015, 160 p., 16 €

joiret_ghysenPour col­or­er, réchauf­fer « le silence de la vie », une vie qui lui glisse entre les doigts, vide de joie, d’émotions, de sens, depuis la mort d’Hélène, son épouse chérie, l’avocat Maxime Dubreuil s’enveloppe du sou­venir des jours enfuis. Con­tin­uer la lec­ture

« On ne fait que cela, répéter »

Jean-Pierre ORBANNous nous ressem­blons tant, Mael­strÖm, 2015, 56 p., 6 €

orbanInutile de s’interroger sur le genre auquel appar­tient Nous nous ressem­blons tant de Jean-Pierre Orban. Le lecteur, bien libre de con­vo­quer le nar­rataire invis­i­ble du Camus de La Chute, le délire de Mol­loy, le désar­roi des Six per­son­nages de Piran­del­lo ici ramenés à un seul, pourquoi pas même l’écorchement brel­lien de Ces gens-là, ne trou­vera pas dans ces illus­tres références des besi­cles inter­pré­ta­tives d’un grand sec­ours. Le ton don­né est en tout cas celui de la con­fes­sion embar­rassée, hargneuse par­fois, quand ce n’est un tan­ti­net manip­u­la­trice dans sa séduc­tion de l’auditeur.

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Descente aux enfers

Marc PIRLETHis­toire de Bruna, Mur­mure des soirs, 2014, 188 p., 10 €, ISBN : 978–2‑930657–23‑3

pirletAlerté par un ami, l’écrivain lié­geois Marc Pir­let ren­con­tre une rescapée des camps de la mort. Elle est d’origine polon­aise, s’appelle Bruna, approche des nonante ans, et habite Seraing. Elle va lui con­fi­er pour la pre­mière fois le réc­it détail­lé de l’enfer qu’elle a vécu. Con­tin­uer la lec­ture