Un roman aux senteurs d’Ardenne

Nel­ly KRISTINK, Le renard à l’anneau d’or, 2017, Weyrich, coll. « Regains », 2017, 232 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87489–449‑7

kristink le renard a l anneau d or.pngDans sa col­lec­tion joli­ment nom­mée Regains, qui remet en lumière des textes pub­liés naguère et quelque peu oubliés, l’éditeur Weyrich a choisi d’inscrire le roman de Nel­ly Kristink Le renard à l’anneau d’or. Le titre sans doute le plus con­nu en son temps de la roman­cière, nou­vel­liste et auteur de réc­its pour la jeunesse, lau­réat du prix Rossel en 1948, sur man­u­scrit.

On a dit que Nel­ly Kristink (1911–1995) était à l’Ardenne ce qu’est Marie Gev­ers à la Flan­dre, souligne d’entrée de jeu Chris­t­ian Libens dans sa post­face. Toutes pro­por­tions gardées, il est vrai que les paysages, les bois, la mon­tagne, le vent dans la lande, entourant le domaine du Rond­buis­son, à la lisière des Fagnes, sont beau­coup plus que le cadre, le décor de l’histoire de Mar­iève : sa res­pi­ra­tion, son bat­te­ment intime.

Il faut par­courir le cycle de douze mois pour con­naître le mul­ti­ple vis­age d’un pays. Il faut avoir éprou­vé le touch­er rêche de ses bruyères et respiré la sen­teur de son herbe nou­velle, il faut avoir cueil­li la myr­tille et le cèpe, il faut avoir écouté la rumeur de ses nuits et mesuré d’un œil rêveur l’ombre du mur […] Les gens des villes croient avoir tout dit lorsqu’ils ont nom­mé les qua­tre saisons mais au Rond­buis­son, des saisons, nous en avions par douzaines ! Il y avait celle de la pre­mière rhubarbe dont la fraîcheur acide a un goût d’avril et celle des nids d’étourneaux qui parsème nos allées de pailles de Petit Poucet… 

La maison­née où débar­que Mar­iève, à peine mar­iée, avec ses rêves de jeune fille, est plutôt austère. Gilles, le maître du Rond­buis­son, époux tac­i­turne, intim­i­dant. Frie­da, vieille ser­vante bougonne, pour un rien vin­dica­tive. Le fidèle Julien, chargé d’ans et de tâch­es (« par un mimétisme sur­prenant, les vête­ments per­daient sur lui leur couleur prim­i­tive pour pren­dre celle des pier­res ou des écorces »), mais inde­struc­tible. Et, comme une fleur venue d’ailleurs, la gra­cieuse Mar­cie, sœur cadette, frag­ile, de Gilles, qui la main­tient en retrait.

Trois enfants ensoleil­lent au fil des années la vie de Mar­iève, qui réus­sit à nouer une rela­tion  con­fi­ante et affectueuse avec sa jeune belle-sœur et lui donne la place qui lui était refusée.

C’est Mar­cie qui a naguère élevé et choyé un renard que Julien avait cap­turé, et qui, avant de lui ren­dre sa lib­erté, lui a attaché un anneau d’or à l’oreille. Le renard revien­dra, promet-elle aux enfants, cap­tivés par son réc­it.

Il revien­dra bel et bien. Pour son mal­heur…

Pub­lié à La Renais­sance du Livre en 1949, réédité à deux repris­es, le livre a inspiré en 1974 une série télévisée de six épisodes à la RTB.

Aujourd’hui, Weyrich ravive le sou­venir du Rond­buis­son et d’un petit fauve roux.

Francine Ghy­sen