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Focus vidéo sur les maisons d’édition

La Belgique francophone fourmille de maisons d’édition, souvent des petites structures, parfois méconnues. Grâce à plusieurs initiatives récentes, les éditeurs et éditrices qui animent ces maisons et font chaque année naître des dizaines de livres, ont eu l’occasion de présenter leur travail dans des capsules vidéos éclairantes. Continuer la lecture

Sur les traces d’Oncle John

Jean-Baptiste BARONIAN, Lord John, Névrosée, coll. « Sous-Exposés », 2020, 220 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-44-3

baronian lord johnSous-exposé, Jean-Baptiste Baronian ? Lui qui a une bibliographie longue comme les deux bras, et dans des genres très variés, de la littérature de jeunesse à l’essai, en passant par les dictionnaires amoureux (le dernier en date de la cuisine et de la gastronomie belges, au Rouergue) ou encyclopédiques (celui, remarquablement dirigé par ses soins, sur Rimbaud) mais aussi la nouvelle, le roman policier ou d’amour ? Lui dont le nom est cité avec cette déférence qu’on n’accorde qu’aux monstres sacrés par tous les amateurs du genre fantastique ou par les simenoniens – deux castes littéraires éminemment exigeantes, peuplées d’érudits à qui on ne la fait pas ? Lui qui, inlassablement, courageusement, joue son rôle de passeur dans diverses revues littéraires, afin de donner à lire des classiques oubliés comme les plumes contemporaines que son flair infaillible lui fait dénicher ? En sus, force est de constater que la qualité de sa production – que seuls les grincheux, jaloux de cette énergie cavaleuse qu’ils sont incapables de suivre, qualifieront de pléthorique, voire de dispersée – ne faiblit pas. Continuer la lecture

Auteurs en classe se réinvente en confinement

En ces temps de pandémie, alors que l’accès aux écoles est strictement limité, l’enseignement est soumis à rude épreuve. Les profs réinventent au jour le jour les interactions avec leurs élèves et la transmission de savoirs. Très prisée des écoles, l’opération Auteurs en classe a elle aussi dû s’adapter au nouveau contexte. Continuer la lecture

Délivrez-nous du Mal

Emmanuelle POL, Le prince de ce monde, Finitude, 2020, 192 p., 17 €, ISBN : 978-2-36339-128-5

« ‘Pour suivre Jésus, le Christ, rejetez-vous Satan ?’ Satan ! Au vingt et unième siècle ! Donc l’Église admettait toujours l’existence du Diable. Pourquoi nous cachait-on cela ? » Ainsi s’insurge la narratrice, une quadra banale, épouse et mère quelconque, lors d’une cérémonie religieuse prononcée au cours d’une fête familiale. C’est que cette liturgie aux accents d’exorcisme revêt pour elle les atours d’une réelle salvation, un arrachement à « l’autre » qu’elle invoquera corps et âme dans sa descente aux enfers. Qui l’y propulse ? Lui, l’autre, le « Prince de ce monde », le mal en personne, celui qui la séduira, l’obnubilera, la fascinera, la possédera, la détruira… Continuer la lecture

Le grand jeu de lire

Daniel SIMON, Positions pour la lecture. Promenades lectures-écritures-ateliers, Couleur livres, 2019, 140 p., 14 €, ISBN : 978-2-87003-901-4

Bien rares sont les auteurs qui sortent tout armés de leur écriture première. La plupart tournent en rond interminablement. Ils effectuent des rites de passages, sacrifient aux idoles du jour, et suivent des pistes qui débouchent sur des sources taries. Soit qu’ils croient que la littérature est de la musique, soient qu’ils pensent qu’elle est un témoignage vécu, ils n’échappent pas aux apparences, c’est-à-dire à la répétition.

Il est pourtant tout simple de remarquer que la littérature est une vision, soutenue par une langue intime, et happée par l’amour de la vérité. Pour en faire l’expérience personnelle, il suffit d’explorer quelques-unes de ces îles au trésor qu’on appelle les chefs d’œuvre. Continuer la lecture

Marie Peltier. Analyse du complotisme

Marie PELTIER, Obsession. Dans les coulisses du récit complotiste, Inculte, 2018, 146 p., 15,90 €, ISBN : 979-10-95086-89-5

Après L’ère du complotisme : la maladie d’une société fracturée (Les petits matins, 2016), l’historienne, la chercheuse et l’enseignante Marie Peltier approfondit son étude des récits complotistes à partir  de polémiques paradigmatiques comme l’affaire Tariq Ramadan, la question de la laïcité, du port du voile (dans l’affaire Mennel notamment), Charlie Hebdo, @metoo, @balancetonporc… Au fil d’une enquête sur les dérives des débats publics figés entre camps ennemis, l’essai questionne la montée en puissance des réseaux sociaux, les stratégies de guerre narrative, la structuration de l’imaginaire collectif par ce que Marie Peltier nomme des récits polarisés. Comment sortir de débats publics qui, enfermés dans la binarisation et relevant non de l’agora mais de l’arène et d’une scène paroxystique de guerre, se détournent de l’universalisme ? L’événement du 11 septembre 2001 a marqué l’entrée dans l’ère du doute, de la rupture de confiance dans le discours officiel et généré un imaginaire du complot. Cet imaginaire bicéphale, Marie Peltier le définit comme civilisationnel et identitaire d’une part, comme anti-système et anti-impérialiste d’autre part. Défiance envers le discours public et médiatique et désillusion à l’égard des promesses de la démocratie vont de pair. Continuer la lecture

Christine Aventin : déjouer les enfermements

Un coup de cœur du Carnet

Christine AVENTIN, Breillat des yeux le ventre, postface de Christophe Meurée, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 160 p., 8,50 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978-2-87568-406-6

Couronné par le prix quinquennal de l’essai de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2017 pour sa première édition au Somnambule équivoque et aujourd’hui réédité dans la collection Espace Nord, Breillat des yeux le ventre est conçu comme un corps textuel inouï au travers duquel se conquièrent un sujet politique et un nouveau plan d’écriture. Revenant sur sa trajectoire littéraire — le coup d’envoi du Cœur en poche, la dépossession de l’œuvre, de soi, le rapt de l’œuvre par le père —, Christine Aventin tisse une machine littéraire autour d’un feu central, d’un attracteur moléculaire, Catherine Breillat. Dans un jeu de miroirs, d’interfécondation (au sens où Proust l’évoque dans Sodome et Gomorrhe), les films, les écrits de Breillat se retrouvent réengendrés dans le mouvement même où ils révèlent à Christine Aventin l’expérience d’une sororité. Breillat-Aventin en écho d’Antigone et d’une Ismène antigonisée… Continuer la lecture

La preuve vivante

Adeline DIEUDONNÉ, La vraie vie, L’Iconoclaste, 2018, 270 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-37880-023-9

« À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres. »
Papa tire du gros gibier, dès qu’il peut. Ici et jusqu’en Himalaya. Cette « chambre des cadavres« , c’est celle où il dispose ses trophées. Il y a des têtes de sanglier, d’antilopes, de zèbres, même un lion entier. Et une hyène dans un coin. Prédateur, papa l’est aussi envers maman, bien sûr, et maman esquive la violence conjugale en se faisant la plus transparente, la plus molle possible, encaissant juste les coups. La narratrice et son petit frère Gilles vivent une relation fusionnelle. À l’aube de la puberté, ils dorment encore ensemble, se partagent tous leurs secrets et réenchantent leur quotidien en jouant dans une casse de voitures. De retour de l’école, lorsque c’est la saison, ils achètent quotidiennement une glace au marchand ambulant – avec supplément chantilly pour elle. On ne peut pas dire que ce soit une vie rêvée, mais au moins rien ne viendra s’interposer entre Gilles et elle. Rien, jusqu’à l’accident. Continuer la lecture

Un cœlacanthe devenu Orphée

Amélie NOTHOMB, Les prénoms épicènes, Albin Michel, 2018, 154 p., 17.50 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-226-43734-1

Les prénoms épicènesPrétextat, Astrolabe, Textor, Déodat… : Amélie Nothomb soigne toujours les prénoms de ses personnages. Et les choisit en général rares et signifiants. On ne s’étonnera donc qu’à moitié que son nouveau roman s’intitule Les prénoms épicènes. Pour celles et ceux qui sont fâché-e-s avec les notions de grammaire, « épicène » signifie « qui a la même forme au masculin et au féminin ». Claude et Dominique, par exemple, sont des prénoms épicènes. Continuer la lecture

Ménagerie de l’intime

Dominique MAES, Bestiaire de mon jardin secret, Murmure des soirs, 2018, 165 p., 15 €, ISBN : 978-2-930657-43-1

Déambuler dans un parc animalier qui ne craint pas de passer du coq à l’âne, découvrir une ménagerie intime, se balader dans un monde enfoui, imaginaire, en « terra incognita où les légendes se créent », voilà le safari original auquel nous convie Dominique Maes avec son Bestiaire de mon jardin secret.


Lire aussi : un extrait de Bestiaire de mon jardin secret


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Je m’appelle Jean-Michel, regardez-moi

Un coup de cœur du Carnet

Yves BUDIN, Visions of Basquiat, Carnets du Dessert de Lune, 2018, 64 p., 20,00€, ISBN : 9782930607740

Yves Budin_Visions of BasquiatJean-Louis Massot a assurément le sens de la pertinence éditoriale. Après avoir accompagné Yves Budin dans ses aventures graphiques consacrées à Miles Davis, à Jack Kerouac et à David Bowie, voilà que les deux hommes franchissent, dans un volume saisissant, un nouveau pas. Les Carnets du Dessert de lune s’ouvrent cette fois à Jean-Michel Basquiat, cet artiste d’origine haïtienne dont les gestes fulgurants ont traversé New York pendant quelques années: il a couvert les murs de Manhattan de graffitis, il a collaboré avec Andy Warhol, avec Keith Haring et avec Francesco Clemente puis s’est mis à exposer plusieurs centaines de tableaux dans différentes galeries…         Continuer la lecture

Tuer le temps avec Engel à Maramisa

Vincent ENGELMaramisa, Escales, coll. « Domaine français », 2018, 521 p., 21.90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 9782365693592

engel maramisaL’œuvre de Vincent Engel s’élabore selon une architecture audacieuse et ambitieuse, à l’exemple de la cité mystérieuse au cœur de ce roman ample : Maramisa. Ses livres s’emboîtent telles des matriochkas, les unes en contenant d’autres, pour aller s’amplifiant. Les lecteurs assidus d’Engel se souviendront que le roman Maramisa se trouvait en germe dans une nouvelle lauréate du Concours de Nouvelles de Radio France Internationale (RFI), publiée en 1993 (!) dans son premier recueil : Légendes en attente. Longue genèse que le lecteur peut découvrir sur le site du roman, où Vincent Engel propose des prolongements à son livre, en mode réalité augmentée : vidéos, musique, iconographies, textes divers, FAQ, forum, rencontres, etc. Continuer la lecture

Pensée et histoire de la franc-maçonnerie

Lambros COULOUBARITSIS, La complexité de la franc-maçonnerie. Approche historique et philosophique, Ousia, 2018, 583 p., 28 €, ISBN : 978-2-87060-183-9

couloubaritsis la complexite de la franc maconnerieProfesseur émérite de l’Université Libre de Bruxelles, spécialiste de la philosophie grecque et médiévale, notamment d’Aristote, auteur entre autres d’ouvrages de référence — Histoire de la philosophie. Aux origines de la philosophie européenne (De Boeck, 2003), Histoire de la philosophie ancienne et médiévale (Grasset, 1998), La proximité et la question de la souffrance humaine (Ousia, 2005) —, Lambros Couloubaritsis poursuit dans La complexité de la franc-maçonnerie les réflexions développées dans La philosophie face à la question de la complexité (Ousia, 2014). Alliant la voie historienne et l’approche philosophique, il livre une somme novatrice et décisive sur le phénomène de la franc-maçonnerie, démontant les clichés, la vulgate qui entoure le mouvement, proposant des éclairages inédits. Continuer la lecture

Prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles : le palmarès

La Fédération Wallonie-Bruxelles a remis ses prix littéraires le 14 mai 2018 au Théâtre royal du Parc. Cinq prix ont été décernés, couvrant les domaines de la littérature générale et de la littérature pour la jeunesse, de la littérature en langue française et de la littérature en langue régionale. Continuer la lecture

Simon Leys ou Pierre Ryckmans ?

Simon LEYS, La Chine, la mer, la littérature, Essais choisis par Jean-Luc Outers et Pierre Piret, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 377 p., 9.50 €, ISBN :  978-2-87568-250-5

leys la chine la mer la litteratureL’érudition, la subtilité et la vivacité du sinologue Pierre Ryckmans font des textes réédités, préfacés et postfacés par Jean-Luc Outers et Pierre Piret sous le titre La Chine, la mer et la littérature une chance pour quiconque cherche à s’initier à l’immense civilisation chinoise. Ainsi, dès les premières pages, deux traits méconnus nous en sont livrés et surtout expliqués : la « monumentale absence du passé » qui se constate dans le peu de bâtiments anciens subsistants, d’une part, et, de l’autre, la calligraphie en tant qu’« art suprême aux yeux des Chinois ». Les deux correspondent à leur conviction que la pérennité spirituelle appartient à l’écrit transmissible et métamorphosable, jusqu’aux « faux » copiés au fil des siècles, bien plus qu’à la pierre aussi orgueilleuse que soumise aux ruines du temps. La récurrence des pratiques iconoclastes dans l’histoire de la Chine, y compris sous l’action des Gardes rouges dans les années soixante du XXe siècle, en reçoit un éclairage inattendu. De même, approchant « Poésie et peinture », Ryckmans met en exergue « les vertus du vide » qui s’échangent de l’une à l’autre, blanc, silence, non-dit, ellipse du verbe, absence du sujet, et qui répondent à l’idéal du qi (esprit, souffle, énergie…), « concept central de la théorie esthétique » pour manifester la « communion avec l’univers ». Exemple splendide, ces vers de Ma Zhiyuan : Continuer la lecture

Noir et blanc

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Pierre ORBAN, Toutes les îles et l’océan, Mercure de France, 2018, 294 p., 21 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-7152-4729-1

orban toutes les iles et l oceanAu début des années 1960, Adèle embarque vers une ville non nommée qui apparaîtra finalement être Stanleyville. Elle est à la recherche de Sainto avec qui elle a vécu une brève mais très forte relation et dont elle est enceinte. Dans la première partie de Toutes les îles et l’océan, Jean-Pierre Orban raconte cette lente remontée sur un bateau, où Adèle est la seule Blanche, et l’arrivée dans une ville à feu et à sang. La deuxième partie a pour cadre Bruxelles, la troisième Londres et une brève quatrième se déroule sur l’océan. Continuer la lecture