Archives par étiquette : nature

De quoi donc sommes-nous faits ?

Béatrice LIBERT et Laurence TOUSSAINT, Un arbre nous habite, Atelier du Grand Tétras, 2019, 48 p., 14 €, ISBN : 978-2-37531-041-0

Quand le poète évoque la nature, cela donne souvent lieu à des images, des saisies de mouvements, des récits, des visions. Mais quand il l’invoque, le poète en appelle alors à une mémoire plus ancienne qui tente de renouer avec cet état dont l’homme est aussi fait, une magie qui, au cours de l’histoire de la poésie, se nourrit d’une archaïque fusion jusqu’à la religiosité nouvelle des naturalistes survivalistes. Continuer la lecture

La nature : grimoire ou miroir ?

Thierry-Pierre CLÉMENT, Approche de l’aube, préface de Jean-Pierre Lemaire, Ad Solem, 2018, 119 p., 19 €, ISBN : 978-2-37298-096-8

Retour délibéré aux fondamentaux de l’existence, la poésie de Thierry-Pierre Clément octroie au monde naturel une préférence souveraine : montagne, forêt, oiseaux, horizon mer-ciel, lumière du jour, jeux du vent, nulle attention n’étant accordée à la modernité urbaine ou technique. Tous ces éléments de la nature primitive, empreints de familiarité autant que de mystère, il s’agit pour le poète d’en guetter les signes les plus ténus, de les accueillir en lui, d’explorer les sentiments et les questions qu’ils lui inspirent. « Il est bon d’appartenir à la terre », écrit-il, ou, devant le spectacle d’une glycine, « stupéfait de recevoir ce matin / tant de merveille imméritée ». Ainsi une relation à la fois constante et dissymétrique s’exerce-t-elle entre le Dehors et le Dedans, assignés respectivement aux rôles de dispensateur et de bénéficiaire, mais sans exclure un profond désir de communion, sinon même de fusion : « laisse-la devenir toi / et toi / deviens la rose », « et nous laissons la mer / entrer dans notre cœur ». Même si elle n’est pas explicitée, la dimension spirituelle de cette poésie ne laisse guère de doute : évocation brève de thèmes tels que l’attente, l’espoir, l’éternité, sans oublier cette voix « qui habite au fond de notre cœur / mais est plus vaste que notre cœur ». Ainsi la relation nature-poète forme-t-elle le parfait réceptacle d’une foi en devenir. Continuer la lecture

Un livre flamboyant, rouge et noir

Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, ONLIT, 2018, 262 p., 18 € / ePub : 9 €, ISBN : 978-2-87560-102-5

Il faudrait être inspiré comme elle pour commenter le dernier opus de Véronique Bergen et communiquer la beauté violente d’un texte où elle déploie une énergie féroce et tous ses talents de conteuse, de visionnaire et de poète. Tous doivent être sauvés ou aucun est une fable animale, soit que les animaux méritent une parole, hors allusion biblique, soit parce qu’ils sont souvent les compagnons des hommes, leurs témoins et parfois hélas leurs victimes. Que les humains les élèvent  et les sélectionnent aux fins d’expériences dites scientifiques ou les destinent à simuler le défi qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas tenter eux-mêmes, mais dont ils tireront après coup toute le bénéfice, le rapport est toujours inégal. De nombreux animaux de laboratoire sont parfois utilisés à des fins futiles ou sacrifiés pour les besoins ou simplement la gloire de quelques-uns ou la volonté de domination des autres. Continuer la lecture

Un roman aux senteurs d’Ardenne

Nelly KRISTINK, Le renard à l’anneau d’or, 2017, Weyrich, coll. « Regains », 2017, 232 p., 13 €, ISBN : 978-2-87489-449-7

kristink le renard a l anneau d or.pngDans sa collection joliment nommée Regains, qui remet en lumière des textes publiés naguère et quelque peu oubliés, l’éditeur Weyrich a choisi d’inscrire le roman de Nelly Kristink Le renard à l’anneau d’or. Le titre sans doute le plus connu en son temps de la romancière, nouvelliste et auteur de récits pour la jeunesse, lauréat du prix Rossel en 1948, sur manuscrit. Continuer la lecture

Face à l’immensité

Un coup de cœur du Carnet

Régis DUQUÉ, Les voies sauvages, Lansman, 2017, 62 p., 12€, ISBN : 978-2-8071-0159-3

duqué.jpgLa montagne a toujours fasciné le commun des mortels. Qui ne s’est jamais extasié depuis un avion survolant quelque massif ? Qui n’a jamais levé les yeux vers ces grandes dames en louant quelque caractère sacré ? Il est toutefois des hommes et des femmes pour qui la fascination est si intense qu’elle en devient passionnelle, addictive, mystique. Continuer la lecture

Le jardin extraordinaire

Leonor PALMEIRA, Camille PIER, La Nature contre-nature (tout contre), L’arbre de Diane Editions, coll. « La tortue de Zénon », 2016, 80 p., 12 €

palmeiraIl s’en passe des choses dans la nature. Des choses que l’on n’imagine pas, que l’on ne veut pas voir, ou que l’on nous cache parce qu’elles rendraient chèvre l’ordre établi. Celui, par exemple, de la différence entre les hommes et les femmes, cette fameuse différenciation sexuelle qui serait le dernier rempart contre la confusion identitaire, l’ultime argument pour défendre la famille traditionnelle. Que n’a-t-il pas fallu entendre, en France, au moment des débats pour le mariage pour tous – et toutes ! Quelles couleuvres n’a-t-il pas fallu avaler ! Même si, au fond, on peut être d’accord avec Juliette Gréco quand elle chante « La nature complique jamais inutilement / Y’a que les hommes pour s’épouser ». Mais la nature est plus égalitaire que la société humaine ; dans le règne animal c’est : le non-mariage pour toutes et tous. Continuer la lecture

Le regard de l’oiseau

Un coup de coeur du Carnet

Jean de BOSSCHERE, Les paons et autres merveilles, illustrations de Bernard DUHEM, Paris, Klincksieck, coll. « De natura rerum », 2016, 174 p., 17,50 €

bosschereEn 1924, Jean de Bosschère quitte Londres et s’installe non loin de Rome, sur la via Appia Antica. Il commence à rédiger Marthe et l’enragé qui paraît en 1927. En 1933, il publie Les paons et autres merveilles où il décrit les deux années de bonheur passées à Due Santi. Dans ce dernier livre, il n’évoque cependant jamais la rédaction de Marthe et l’enragée. Les deux textes sont d’ailleurs dissemblables. Autant Marthe est un roman sombre et dramatique, autant Les paons est solaire et heureux. Là où le premier roman décrivait la jeunesse de l’auteur en le dissimulant sous le masque de son personnage, le récit de 1933 est conduit par un je totalement assumé. Mais surtout le discours sur l’enfance change complètement entre les deux livres. Continuer la lecture