Archives par étiquette : nature

On ne voit bien qu’avec le cœur…

Nathalie BOUTIAU, Puis vien­dra le matin, Sam­sa, 2024, 242 p., 20 €, ISBN : 978–2‑8759–3565‑6

boutiau puis viendra le matinJeanne est une quin­quagé­naire qui tra­vaille au château de Freyr, un domaine de sept hectares. Elle décou­vre un matin une boîte avec une chat­te et trois cha­tons et décide de les sauver. Au fur et à mesure qu’elle leur prodigue des soins et leur cherche une famille d’accueil, la blessure d’un vieux deuil est réveil­lée, avec la cul­pa­bil­ité qui l’a accom­pa­g­né. Con­tin­uer la lec­ture

Terres de l’enfance et cosmos

Marie GEVERS, Madame Orpha, Pré­face de Guy Gof­fette, Post­face de Véronique Jago-Antoine, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 272 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–597‑1
Marie GEVERS, Gulden­top, Pré­face d’Anne-Marie La Fère, Post­face de Pierre Halen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 184 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–598‑8

gevers madame orphaDavan­tage qu’un lieu géo­graphique, le domaine famil­ial de Mis­sem­bourg con­stitue un des per­son­nages prin­ci­paux de l’œuvre de Marie Gev­ers. Situé à Edegem, près d’Anvers, le jardin-roi est au cœur des réc­its Vie et mort d’un étang, Gulden­top, Madame Orpha. Thème et creuset de la nar­ra­tion, il en est aus­si le vecteur, le levi­er. Dans le roman auto­bi­ographique, Madame Orpha ou la Séré­nade de mai, la nar­ra­trice, une fil­lette de dix ans, évoque la pas­sion adultère, trans­gres­sive de Madame Orpha, la femme du receveur, et du jar­dinier Louis. Con­tin­uer la lec­ture

Dire le désastre

Un coup de cœur du Car­net

Luc BABA, Ves­dre, Arbre à paroles, 2022, 123 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–725‑9

baba vesdreDix mois à peine après les ter­ri­bles inon­da­tions de juil­let dernier, voici que nous parvient un texte nour­ri de ces jours où les riv­ières et les fleuves ont tué des hommes et détru­it des maisons. Luc Baba, qui vit au bord de la Ves­dre, a été témoin direct du désas­tre qu’il nous rend en séquences brèves, tout en finesse. Car le pro­pos d’un écrivain n’est pas de recenser, de doc­u­menter un dossier mais de met­tre des mots qui suiv­ent au plus près les femmes et les hommes cernés par les flots.

D’abord pour rap­pel­er le plaisir des per­son­nes qui vivent en com­pag­nie de l’eau, qui s’endorment et se réveil­lent avec son mur­mure à l’oreille, qui en con­nais­sent la faune et la flo­re, la lumière et les odeurs. Et qui savent que quelque­fois, elle grogne, monte jusqu’à un point don­né, puis se retire. Mais cette fois, c’est dif­férent, elle ne s’arrête pas, tous les points de repère sont effacés, il n’y a plus d’électricité, les télé­phones sont déchargés, cha­cun est seul chez soi, sans plus aucun con­tact direct autre que des vis­ages aux fenêtres. Dans les flots passent des voitures, des objets, des ani­maux, des arbres. Dans l’esprit de ceux et celles qui atten­dent, des images défi­lent, les vis­ages des par­ents et amis, la crainte du pire, des lam­beaux de prières, des sou­venirs qui se bous­cu­lent. On est sous le toit et on sait que ce qui est en-dessous est déjà per­du, le puz­zle qu’on a com­mencé, la pho­to encadrée, les livres et les choses que l’on aime. Et on pense à l’après. Con­tin­uer la lec­ture

« Au fil de l’eau »

Maylis DAUFRESNE (autrice) et Stéphanie AUGUSSEAU (illus­tra­trice), Au fil de l’eau, Orso, coll. « Mur­mure », 2021, 36 p., 14,6 €, ISBN : 9791097284459

daufresne augusseau au fil de l eau« Zéphyr est grand et Éole est petite ». En plus d’être grand, Zéphyr est d’un blanc immac­ulé, pos­sède de longues oreilles sou­ples et ne se dépar­tit jamais d’un doux sourire. Et Éole, elle, est plus en ron­deur, son pelage mar­ron est recou­vert de tach­es rose clair et un sourire iden­tique se des­sine sur son minois. Peut-être ce trait en com­mun scelle-t-il leur ten­dre ami­tié, ain­si que l’été, les étoiles et l’érable « qui éclabousse la clair­ière de rouge en automne » qu’ils aiment tous les deux. Mais il y a aus­si toutes ces dif­férences qui les ren­dent com­plé­men­taires et insé­para­bles : l’un est posé et pro­tecteur, l’autre est émo­tive et curieuse. En bref, ils s’adorent et ce, « […] depuis tou­jours, c’est-à-dire au moins six ans ». Con­tin­uer la lec­ture

Grandir dans un jardin

Un coup de cœur du Car­net

Zoé DERLEYN, Debout dans l’eau, Rouer­gue, 2021, 144 p., 16 / ePub : 11.99 , ISBN : 978–2‑8126–2196‑3

derleyn debout dans l eauElle, dont le prénom nous est tu, c’est une jeune fille aux portes de l’adolescence. Du haut de ses onze ans bien son­nés, elle nous con­te sa vie avec ses grands-par­ents, dans un domaine cam­pag­nard fla­mand. Elle quitte peu les alen­tours, mais l’exploration du grand jardin lui offre d’inépuisables curiosités. Out­re le per­son­nel de mai­son, il y a sa grand-mère, qui n’est guère loquace, et son grand père qui ne l’est guère plus et vit ses derniers moments. Au vieil­lard alité, qui ne quitte plus la cham­bre, elle relate avec parci­monie la vie du dehors, les fruits et les légumes qui mûris­sent au soleil de l’été. Con­tin­uer la lec­ture

Marie Gevers la réenchanteresse

Un coup de cœur du Car­net

Marie GEVERS, Plaisir des météores, post­face de Véronique Jago-Antoine, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2020, 240 p., 9 €, ISBN : 9782875684950

gevers plaisir des meteoresDeman­dez à n’importe qui le sens du mot « météore » et il vous sera répon­du qu’il s’agit d’un corps céleste, à la tra­jec­toire ful­gu­rante. En général, ils s’écrasent dans le désert ou tombent dans l’océan, plus rarement sur le toit d’une isba dans quelque ex-République sovié­tique. Chacun/e à sa façon, Arthur Rim­baud, Isado­ra Dun­can, James Dean, Janis Joplin, Simone Weil, Kurt Cobain, Ayr­ton Sen­na, en furent un. Con­tin­uer la lec­ture

Récits du monde végétal

Chris­tine VAN ACKER, L’en vert de nos corps, Pré­face de Vin­ciane Despret, Arbre de Diane, coll. « La tortue de Zénon », 2020, 228 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930822–15‑0

Pour évo­quer le monde végé­tal que le savoir dom­i­nant de l’Occident a ignoré pen­dant des siè­cles, Chris­tine Van Ack­er a choisi de nouer deux reg­istres, ceux de la poésie et de la sci­ence jusqu’à brouiller leurs fron­tières, mon­trant l’artificialité des découpes entre champs de con­nais­sance. Livre-jardin, livre-forêt, ryth­mé par un essaim de cita­tions qui pollinisent le texte, L’en vert de nos corps nous fait pénétr­er dans les mélodies du végé­tal. Par les sens et les ver­tus de l’écoute, en col­lant l’oreille au tronc des grands silen­cieux, en prê­tant atten­tion aux fleurs, aux arbres, aux légumes, non pour ce qu’ils nous pro­curent comme bien­faits mais pour eux-mêmes. Con­tin­uer la lec­ture

De quoi donc sommes-nous faits ?

Béa­trice LIBERT et Lau­rence TOUSSAINT, Un arbre nous habite, Ate­lier du Grand Tétras, 2019, 48 p., 14 €, ISBN : 978–2‑37531–041‑0

Quand le poète évoque la nature, cela donne sou­vent lieu à des images, des saisies de mou­ve­ments, des réc­its, des visions. Mais quand il l’in­voque, le poète en appelle alors à une mémoire plus anci­enne qui tente de renouer avec cet état dont l’homme est aus­si fait, une magie qui, au cours de l’his­toire de la poésie, se nour­rit d’une archaïque fusion jusqu’à la reli­giosité nou­velle des nat­u­ral­istes sur­vival­istes. Con­tin­uer la lec­ture

La nature : grimoire ou miroir ?

Thier­ry-Pierre CLÉMENT, Approche de l’aube, pré­face de Jean-Pierre Lemaire, Ad Solem, 2018, 119 p., 19 €, ISBN : 978–2‑37298–096‑8

Retour délibéré aux fon­da­men­taux de l’ex­is­tence, la poésie de Thier­ry-Pierre Clé­ment octroie au monde naturel une préférence sou­veraine : mon­tagne, forêt, oiseaux, hori­zon mer-ciel, lumière du jour, jeux du vent, nulle atten­tion n’é­tant accordée à la moder­nité urbaine ou tech­nique. Tous ces élé­ments de la nature prim­i­tive, empreints de famil­iar­ité autant que de mys­tère, il s’ag­it pour le poète d’en guet­ter les signes les plus ténus, de les accueil­lir en lui, d’ex­plor­er les sen­ti­ments et les ques­tions qu’ils lui inspirent. « Il est bon d’ap­partenir à la terre », écrit-il, ou, devant le spec­ta­cle d’une glycine, « stupé­fait de recevoir ce matin / tant de mer­veille imméritée ». Ain­si une rela­tion à la fois con­stante et dis­symétrique s’ex­erce-t-elle entre le Dehors et le Dedans, assignés respec­tive­ment aux rôles de dis­pen­sa­teur et de béné­fi­ci­aire, mais sans exclure un pro­fond désir de com­mu­nion, sinon même de fusion : « laisse-la devenir toi / et toi / deviens la rose », « et nous lais­sons la mer / entr­er dans notre cœur ». Même si elle n’est pas explic­itée, la dimen­sion spir­ituelle de cette poésie ne laisse guère de doute : évo­ca­tion brève de thèmes tels que l’at­tente, l’e­spoir, l’é­ter­nité, sans oubli­er cette voix « qui habite au fond de notre cœur / mais est plus vaste que notre cœur ». Ain­si la rela­tion nature-poète forme-t-elle le par­fait récep­ta­cle d’une foi en devenir. Con­tin­uer la lec­ture

Un livre flamboyant, rouge et noir

Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, ONLIT, 2018, 262 p., 18 € / ePub : 9 €, ISBN : 978–2‑87560–102‑5

Il faudrait être inspiré comme elle pour com­menter le dernier opus de Véronique Bergen et com­mu­ni­quer la beauté vio­lente d’un texte où elle déploie une énergie féroce et tous ses tal­ents de con­teuse, de vision­naire et de poète. Tous doivent être sauvés ou aucun est une fable ani­male, soit que les ani­maux méri­tent une parole, hors allu­sion biblique, soit parce qu’ils sont sou­vent les com­pagnons des hommes, leurs témoins et par­fois hélas leurs vic­times. Que les humains les élèvent  et les sélec­tion­nent aux fins d’expériences dites sci­en­tifiques ou les des­ti­nent à simuler le défi qu’ils ne peu­vent pas ou ne veu­lent pas ten­ter eux-mêmes, mais dont ils tireront après coup toute le béné­fice, le rap­port est tou­jours iné­gal. De nom­breux ani­maux de lab­o­ra­toire sont par­fois util­isés à des fins futiles ou sac­ri­fiés pour les besoins ou sim­ple­ment la gloire de quelques-uns ou la volon­té de dom­i­na­tion des autres. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman aux senteurs d’Ardenne

Nel­ly KRISTINK, Le renard à l’anneau d’or, 2017, Weyrich, coll. « Regains », 2017, 232 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87489–449‑7

kristink le renard a l anneau d or.pngDans sa col­lec­tion joli­ment nom­mée Regains, qui remet en lumière des textes pub­liés naguère et quelque peu oubliés, l’éditeur Weyrich a choisi d’inscrire le roman de Nel­ly Kristink Le renard à l’anneau d’or. Le titre sans doute le plus con­nu en son temps de la roman­cière, nou­vel­liste et auteur de réc­its pour la jeunesse, lau­réat du prix Rossel en 1948, sur man­u­scrit. Con­tin­uer la lec­ture

Face à l’immensité

Un coup de cœur du Carnet

Régis DUQUÉ, Les voies sauvages, Lans­man, 2017, 62 p., 12€, ISBN : 978–2‑8071–0159‑3

duqué.jpgLa mon­tagne a tou­jours fasciné le com­mun des mor­tels. Qui ne s’est jamais extasié depuis un avion sur­volant quelque mas­sif ? Qui n’a jamais levé les yeux vers ces grandes dames en louant quelque car­ac­tère sacré ? Il est toute­fois des hommes et des femmes pour qui la fas­ci­na­tion est si intense qu’elle en devient pas­sion­nelle, addic­tive, mys­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Le jardin extraordinaire

Leonor PALMEIRA, Camille PIER, La Nature con­tre-nature (tout con­tre), L’arbre de Diane Edi­tions, coll. « La tortue de Zénon », 2016, 80 p., 12 €

palmeiraIl s’en passe des choses dans la nature. Des choses que l’on n’imagine pas, que l’on ne veut pas voir, ou que l’on nous cache parce qu’elles rendraient chèvre l’ordre établi. Celui, par exem­ple, de la dif­férence entre les hommes et les femmes, cette fameuse dif­féren­ci­a­tion sex­uelle qui serait le dernier rem­part con­tre la con­fu­sion iden­ti­taire, l’ultime argu­ment pour défendre la famille tra­di­tion­nelle. Que n’a‑t-il pas fal­lu enten­dre, en France, au moment des débats pour le mariage pour tous – et toutes ! Quelles couleu­vres n’a‑t-il pas fal­lu avaler ! Même si, au fond, on peut être d’accord avec Juli­ette Gré­co quand elle chante « La nature com­plique jamais inutile­ment / Y’a que les hommes pour s’épouser ». Mais la nature est plus égal­i­taire que la société humaine ; dans le règne ani­mal c’est : le non-mariage pour toutes et tous. Con­tin­uer la lec­ture

Le regard de l’oiseau

Un coup de coeur du Carnet

Jean de BOSSCHERE, Les paons et autres mer­veilles, illus­tra­tions de Bernard Duhem, Klinck­sieck, coll. « De natu­ra rerum », 2016, 174 p., 17,50 €, ISBN : 9782252040195

bosschereEn 1924, Jean de Boss­chère quitte Lon­dres et s’installe non loin de Rome, sur la via Appia Anti­ca. Il com­mence à rédi­ger Marthe et l’enragé qui paraît en 1927. En 1933, il pub­lie Les paons et autres mer­veilles où il décrit les deux années de bon­heur passées à Due San­ti. Dans ce dernier livre, il n’évoque cepen­dant jamais la rédac­tion de Marthe et l’enragée. Les deux textes sont d’ailleurs dis­sem­blables. Autant Marthe est un roman som­bre et dra­ma­tique, autant Les paons est solaire et heureux. Là où le pre­mier roman décrivait la jeunesse de l’auteur en le dis­sim­u­lant sous le masque de son per­son­nage, le réc­it de 1933 est con­duit par un je totale­ment assumé. Mais surtout le dis­cours sur l’enfance change com­plète­ment entre les deux livres. Con­tin­uer la lec­ture

Les remous du temps

Primaëlle VERTENOEIL

mathysÀ un rythme réguli­er, Philippe Math­ys pub­lie des recueils de poésie, sou­vent d’une grande qual­ité, tant styl­is­tique qu’esthétique. Avec ce dernier recueil, Les Soubre­sauts du temps, pub­lié au Tail­lis Pré, Philippe Math­ys appro­fon­dit une fois de plus des thèmes qui lui sont chers, par­mi lesquels le rap­port à la tem­po­ral­ité et à la nature. Sujets poé­tiques quelques peu « banals » chez cer­tains, ils n’en restent pas moins, sous la plume de Math­ys, des préoc­cu­pa­tions per­son­nelles d’une grande pro­fondeur. Con­tin­uer la lec­ture

L’arbre devant soi

Géral­dine JAMART, Soif de vie, Brux­elles, Tra­verse, coll. « Caram­bole », 2014, 72 p., 10 €

jamartSoif de vie est un recueil com­posé de cinq par­ties, cha­cune intro­duite par une cita­tion, comme épinglée pour révéler la démarche poé­tique de sa jeune auteure pub­liée pour la pre­mière fois. Une pre­mière fois, c’est quelque chose. Cela se racon­te.

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