Chopin, évidemment

Éric-Emmanuel SCHMITTMadame Pylin­s­ka et le secret de Chopin, Albin Michel, 2018, 119 p., 13.50 €/ ePub : 8.99 €, ISBN : 9782226435736

schmitt_madame pylinska et le secret de chopinQu’y a‑t-il de pire que de devoir sup­port­er les leçons de piano de sa sœur aînée ? Éric-Emmanuel n’en peut plus des sons ingrats qui sor­tent pénible­ment de cette boite sans âme. Le par­a­site est infect et prend une place folle, trô­nant au beau milieu du salon depuis tou­jours. Quelle audace ! Le jour de ses neuf ans, Aimée, sa tante adorée, s’approche de la bête et s’aventure à essay­er de la dompter. Ses doigts glis­sent sur les touch­es ivoire et la mélodie s’envole, légère, chargée d’une émo­tion jamais ressen­tie jusque-là. Pour le jeune garçon, c’est la stupé­fac­tion.

- Qu’est-ce que c’était ?
- Chopin, évidem­ment. 

Le coup de foudre est immé­di­at. À cet instant, Chopin devient une pas­sion et une obses­sion.

Éric-Emmanuel a vingt ans lorsqu’il ren­con­tre madame Pylin­s­ka, pro­fesseur de piano à Paris. Cette excen­trique Polon­aise a des méth­odes très par­ti­c­ulières et elle attend de son élève une rigueur extrême quant au respect des con­signes qu’elle lui donne. Elle exige de lui qu’il cueille des fleurs sans en faire tomber la rosée du matin, qu’il écoute le silence, qu’il observe avec atten­tion les ondu­la­tions de l’eau et surtout – surtout ! – qu’il ne touche plus de piano. C’est là le prix à pay­er pour par­venir au Graal. Car si le jeune homme a étudié des années durant le piano, est par­venu à jouer Bach, Beethoven ou Schu­bert, Chopin lui résiste. Mal­gré son acharne­ment, Chopin ne cède pas sous ses doigts ; impos­si­ble de repro­duire la magie procurée par l’interprétation d’Aimée. Alors l’élève s’applique et se plie, bon gré mal gré, aux deman­des far­felues du pro­fesseur dans l’espoir fou qu’un jour le mir­a­cle se pro­duise…

À peine quelques mois après la pub­li­ca­tion de La vengeance du par­don, Éric-Emmanuel Schmitt nous pro­pose un roman court et effi­cace. 119 pages : cela suf­fit à l’académicien pour nous emmen­er avec lui à la con­quête de l’un de plus fab­uleux com­pos­i­teurs. Avec la plume qu’on lui con­nait, il nous décrit avec une grande sen­si­bil­ité la large palette d’émotions ressen­ties en écoutant Chopin. Avec beau­coup de tal­ent, Schmitt réalise le tour de force de faire vivre la musique à tra­vers l’écriture. Et l’histoire qui accom­pa­gne et guide le héros sert par­faite­ment le réc­it. Une réus­site.

La pas­sion de Schmitt pour la musique clas­sique n’est pas feinte. On se sou­vien­dra de Ma vie avec Mozart, essai pub­lié en 2006 chez Albin Michel, ou plus récem­ment du Car­naval des ani­maux, chez le même édi­teur. Dans ce beau livre, l’auteur imag­i­nait un réc­it autour de la fan­tas­tique musique de Camille Saint-Saëns. Le texte était illus­tré d’aquarelles de Pas­cale Bor­det et accom­pa­g­né d’un CD reprenant bien évidem­ment la musique de Saint-Saëns ain­si que le texte lu par Anne Roumanoff. Un bien joli pro­gramme.

Romans, essais, théâtre, nou­velles, ciné­ma : Éric-Emmanuel Schmitt est un auteur touche-à-tout. Madame Pylin­s­ka et le secret de Chopin vient com­pléter le Cycle de l’invisible, déjà con­sti­tué de Mon­sieur Ibrahim et les Fleurs du Coran ou encore Oscar et la Dame rose.

Audrey Chèvrefeuille