
« C’est de la mauvaise musique puisque c’est de la musique classique ».
« La musique classique est une musique de zombie ».
Voilà l’avis bien tranché de Nina, 14 ans et toutes ses dents. Son papa s’appelle Louis et est un pianiste très célèbre, toujours parti partout jouer cette musique poussiéreuse. Et elle compte bien prouver à son père qu’il perd son temps et ne sert à rien. Il y a aussi Tante Plume, la sœur de Louis, musicologue de renom – et alcoologue patentée – qui va jouer les médiatrices entre le père et la fille. Tante Plume habite à Paris et les trajets en train effectués par Nina lui servent de sas de réflexion et de décompression, autre mode de médiation qu’elle aille chez Tante Plume ou qu’elle revienne à Bruxelles… où son père n’est généralement pas. Quant à sa mère, Nina ne l’a pour ainsi dire pas connue puisqu’elle est morte peu après sa naissance. Continuer la lecture
Rédiger un roman, c’est toujours livrer une part de soi. Personnages, scènes précises, ressentis, des bribes de vécu se glissent qui remontent à la surface à mesure que les mots se pressent et que les doigts courent sur le clavier. Mais il y a aussi des élans d’écriture fondateurs, ceux que guide le besoin irrépressible de se dire à livre ouvert pour extirper des blessures anciennes et souvent toujours vives. Parfois cet élan donne un livre unique, qui ne sera suivi d’aucun autre, parfois il sommeille quelque temps et le précèdent des préludes où la fiction domine jusqu’à ce que l’évidence s’impose comme une nécessité absolue. Il semble que le dernier roman de Karine Lambert appartienne à cette seconde catégorie, son nouvel opus venant à la suite de cinq romans publiés au cours des dix dernières années qui ont rencontré le succès auprès de ses lecteurs.
Toute main qui frôle un piano, toute main qui écrit est veinée de bruissements, d’énigmes séculaires, de pulsations de nuit, de créatures insolites, de forêts de sensations. Seules les mains de Véronique Bergen pouvaient écrire un essai aussi merveilleux à propos de la pianiste Martha Argerich. Après la biographie d’Olivier Bellamy, Martha Argerich. L’art des passages est le premier essai consacré à la musicienne. N’étant pourtant pas musicologue, comme l’écrivaine le signale humblement elle-même au début de l’essai, Véronique Bergen approche l’univers de la pianiste d’une manière qui nous fait en douter. À la lecture de cet opus, l’on se risque même à avancer que les mains de l’écrivaine sont aussi familières du piano que du stylo… 