Tenir, revenir, raconter, commémorer

Un coup de cœur du Carnet

Andrée DUMON Nom de code : Nadine, Je ne vous ai pas oubliés – Lib­erté. 1945, Mols, 2018, 235 p., 22,9 €, ISBN : 978–2‑87402–239‑5

Je ne vous ai pas oubliésNée en 1922, Andrée Dumon a à peine dix-sept ans quand la guerre boule­verse son quo­ti­di­en. Mais pour une jeune femme déter­minée comme elle, pas ques­tion de se résign­er et d’attendre que la guerre se passe : elle veut s’engager con­tre l’ennemi. Jeune résis­tante, elle est de toutes les actions aux­quelles elle peut par­ticiper, par­fois aidée par ses traits encore enfan­tins, peu enclins à sus­citer la méfi­ance.

Andrée est arrêtée en 1942, peu avant son vingtième anniver­saire, en même temps que ses par­ents. Après un pas­sage par la prison de Saint-Gilles, elle passera alors de camp en camp, s’enfonçant tou­jours plus pro­fondé­ment dans l’enfer organ­isé par les nazis. Pour­tant, la jeune femme reste forte et garde le moral, presque sans jamais fail­lir, jusqu’au bout.

Je ne vous ai pas oubliés, c’est le réc­it de cette vie qui a bas­culé, d’une joie de vivre qu’on a essayé d’étouffer. C’est aus­si l’histoire de ren­con­tres, heureuses, mal­heureuses, moins heureuses, moins mal­heureuses. Car Andrée Dumon racon­te tout avec nuances, met­tant en lumière le posi­tif de chaque sit­u­a­tion, témoignant de cette force de car­ac­tère qui lui a prob­a­ble­ment per­mis de revenir par­mi le siens et de nous offrir, sep­tante-trois ans après, cet impres­sion­nant ouvrage.

Tout inspire le respect et l’admiration dans ce livre. La sim­plic­ité avec laque­lle cette his­toire per­son­nelle est con­fiée, comme si on l’écoutait nar­rée en direct. La mémoire dont fait preuve l’auteure, qui donne tant de détails et de noms que le réc­it s’avère incroy­able­ment tan­gi­ble. Et bien sûr le pro­pos, qui témoigne tant de l’horreur des cir­con­stances que du courage de cette héroïne pour­tant si hum­ble.

Lorsque la volon­té de sur­vivre est chevil­lée au corps, la résis­tance humaine est heureuse­ment bien plus solide que l’on ne le croit. 

Il existe de nom­breux réc­its sur la deux­ième guerre mon­di­ale, la résis­tance, les camps de con­cen­tra­tion, mais celui-ci a la par­tic­u­lar­ité de beau­coup évo­quer les rela­tions entre les détenues, les des­tins qui se croisent et se recroisent, les moments de sol­i­dar­ité et d’humanité. Le titre est extrême­ment bien choisi : d’une part, Andrée Dumon sem­ble se sou­venir d’absolument tout et tout le monde et, d’autre part, elle rend réelle­ment hom­mage à tous ces gens qu’elle n’a pas oubliés. Un hom­mage dont on lui est recon­nais­sant en refer­mant son ouvrage. Mes respects, Madame !

Estelle Piraux