Archives par étiquette : résistance

Humaine jusqu’au bout

Mar­i­anne LEFEBVRE-RAEPSAET, À fleur de mémoires. Lulu Raep­saet, résis­tante com­mu­niste, rescapée de Ravens­brück, Cerisi­er, coll. « Quo­ti­di­ennes », 2025, 176 p., 17 €, ISBN : 9782872672561

lefebvre rapsaet a fleur de mémoireRésis­tance. Sol­i­dar­ité. Human­ité. Ajou­tons : mémoire. Trans­mis­sion. Voilà quelques-uns des ter­mes qui se détachent par­mi tous les autres dans À fleur de mémoires de Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet, un livre con­sacré à sa mère, Lulu Raep­saet, déportée au camp de Ravens­brück et qui, comme beau­coup de sur­vivantes et sur­vivants des camps, a (très) peu racon­té ce qui s’y était passé. Certain·es se sont même tu·es totale­ment, lais­sant leurs descendant·es aux pris­es avec des béances d’autant plus douloureuses. On pense, par exem­ple, à la mère de Chan­tal Aker­man, si silen­cieuse (même si par­fois bavarde), si présente dans la vie et dans l’œuvre de sa fille : « [le silence de ma mère] c’est sur quoi je tra­vaille, depuis des années, d’une manière ou d’une autre (…) comme elle a eu la parole coupée, vrai­ment, j’essaie à ma manière de la lui redonner. » Con­tin­uer la lec­ture

Une héroïne très discrète

Romane CARMON, Yvonne Nève­jean. Sauver les enfants, Racine, 2025, 224 p., 24,95 €, ISBN : 9782390253129

carmon yvonne nevejeanEn 2019, la Ville de Brux­elles a inau­guré la rue Yvonne Nève­jean à Laeken. L’événement est en soi excep­tion­nel : selon une étude récente, dans la Région de Brux­elles Cap­i­tale, pour dix voies au nom d’un homme, on en dénom­bre une seule por­tant le nom d’une femme. Yvonne Nève­jean compte donc par­mi ces priv­ilégiées. Gageons pour­tant que par­mi celles et ceux qui liront ces lignes, rares sont ceux qui savent pré­cisé­ment qui elle est. Con­tin­uer la lec­ture

Van Loo in Vlaanderen

Alain BERENBOOM, Le coucou de Malines. Une enquête de Michel Van Loo, détec­tive privé, Genèse, 2024, 256 p., 22,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑3820104–02

berenboom le coucou de malinesEn 1957, la Sec­onde Guerre est encore proche et les blessures que le con­flit a provo­quées au sein de la société belge sont loin d’être cica­trisées, prin­ci­pale­ment en Flan­dre. Pour cette enquête Michel Van Loo va franchir cette lim­ite si impor­tante qu’est la fron­tière lin­guis­tique. Car c’est à Malines que Diego Bloemkool le charge de fil­er Gertrude De Vijver. Très vite celui-ci lui retire l’enquête (sans le pay­er). Van Loo va néan­moins ten­ter d’entrer en con­tact avec la jeune femme… qu’il trou­ve assas­s­inée.   

Dans Le coucou de Malines, sep­tième roman met­tant en scène Van Loo, Alain Beren­boom reprend le principe qui car­ac­térise la série : chaque livre est l’occasion d’illustrer une des prob­lé­ma­tiques de l’histoire de la Bel­gique de la fin des années 1940 et des années 1950. Con­tin­uer la lec­ture

Souvenir d’exil, écho de résistance

Anne SYLVAIN, Elles iront voir la mer, Genèse, 2024, 200 p., 22,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782382010365

sylvain elles iront voir la mer« Il était embal­lé dans un petit morceau de papi­er jour­nal déchiré à la hâte, un jour­nal alle­mand. En surim­pres­sion étaient écrits au cray­on une suite de chiffres et un mot, qu’elle ne com­pre­nait pas, le tout grossière­ment entouré. Recht­san­walt. […] Le pen­den­tif était mag­nifique. Les lobes du cœur, fine­ment gravés, étaient asymétriques. Léon­tine lut sur le ver­so du médail­lon “Sou­venirs d’exil”. » Ce bijou, à l’odeur par­ti­c­ulière de soufre, recèle l’amour pro­fond, solen­nel et meur­tri de Mel­chior, alors en dépor­ta­tion à Soltau. Con­tin­uer la lec­ture

Femmes résistantes. Récit des camps

Madeleine DEWÉ, Je voy­ais l’aurore… Réc­it de la cap­tiv­ité (1944–1945) de Marie-Thérèse Dewé, Marie-Madeleine Dewé, Berthe Mori­mont-Lam­brecht, Ter­ri­toires de la Mémoire, coll. « À refaire », 2021, 112 p., 16 €

dewe je voyais l auroreÀ l’occasion d’un voy­age mémoriel au camp de Ravens­brück, organ­isé par l’asbl Les Ter­ri­toires de la Mémoire, Madeleine Dewé et André Lebrun ont tran­scrit et mis en forme les pro­pos enreg­istrés par leur tante Marie-Thérèse Dewé, résis­tante, déportée poli­tique qui longtemps après la Libéra­tion (au début des années 1980), livra le témoignage d’un groupe de femmes résis­tantes et de leur dépor­ta­tion en Pologne, en Alle­magne et en Autriche. Marie-Thérèse Dewé témoigne pour celles qui ne sont jamais rev­enues, celles que la mort nazie a fauchées, sa sœur Marie-Madeleine, Berthe Mori­mont. Réc­it cap­i­tal du rôle encore trop sous-estimé des femmes dans la Résis­tance en Bel­gique, trans­mis­sion d’une mémoire des actions (ren­seigne­ment, sab­o­tage) con­tre l’occupation alle­mande, Je voy­ais l’aurore… décrit avec humil­ité l’implication de femmes appar­tenant au réseau d’évasion Comète, lequel aidait les avi­a­teurs et sol­dats alliés à regag­n­er l’Angleterre. Chef du réseau de résis­tance « Clarence », Walthère-Jacques Dewé, le père des héroïnes, fut abat­tu par les Alle­mands en jan­vi­er 1944. Con­tin­uer la lec­ture

Devoir de mémoire

Éve­lyne GUZY, La malé­dic­tion des mots, M.E.O., 2021, 236 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782807002616

guzy la malediction des motsPour Éve­lyne Guzy, bap­tis­er « roman » une enquête sur sa pro­pre famille juive, c’est aus­si un devoir d’honnêteté et la façon de don­ner à la jour­nal­iste et chroniqueuse la lib­erté de fon­dre, à 60 ans, la réal­ité d’Évelyne dans ses pro­pres pas : ceux de la petite Eva, au fil d’une recherche mar­quée par la rigueur et par un acharne­ment courant sur de nom­breuses années. Au départ : il y aurait une let­tre posthume du grand-père Icek, imprégnée formelle­ment de cul­ture yid­dish et qui pré­cise : « Bien sûr, je me doute bien qu’à la pre­mière relec­ture, tu revis­it­eras mes mots pour les rem­plac­er par les tiens ; c’est ta manie, ton méti­er. Je vais m’en accom­mod­er ». Con­tin­uer la lec­ture

L’attaque du train avant Auschwitz

Sylvestre SBILLE, J’écris ton nom, Bel­fond, 2019, 320 p., 17 € / ePub :  11.99 €, ISBN : 978–2‑7144–8225‑9

Qui étaient les jeunes résis­tants juifs qui attaquèrent et stop­pèrent en 1943 un con­voi de déportés, par­ti de Malines pour Auschwitz ? Dans son pre­mier roman, le réal­isa­teur et jour­nal­iste Sylvestre Sbille retrace leur par­cours héroïque.

Bru­tal­ité des faits. Le 19 avril 1943, un nou­veau con­voi, le vingtième depuis qu’a com­mencé en août 1942 la dépor­ta­tion des Juifs de Bel­gique, quitte la gare de Malines. Pour la pre­mière fois, ce sont des wag­ons à bes­ti­aux qui sont util­isés. Entassés les uns sur les autres, plus de 1600 Juifs de tout âge, hommes, femmes, enfants, ain­si qu’un petit nom­bre de résis­tants juifs, et d’autres évadés de con­vois précé­dents, extir­pés de la Caserne Dossin. Leur des­ti­na­tion : Auschwitz. Soudain, non loin de Haacht, à Boort­meer­beek, le train s’arrête bru­tale­ment. Des coups de feu sont tirés, une fusil­lade éclate, des portes de wag­ons s’ouvrent… En quelques min­utes, 231 ou 232 déportés parvi­en­nent à s’échapper. Plus d’une cen­taine seront repris, soit tués, soit déportés à Auschwitz. À la fin de la guerre, 153 d’entre eux avaient survécu. Des 1400 autres déportés du XXe con­voi, près de 900 furent envoyés directe­ment dans les cham­bres à gaz, et la plu­part des autres mou­rurent à Auschwitz et Birke­nau. Con­tin­uer la lec­ture

Lettres d’un siècle

Lucie TESNIÈRE, Madame, vous allez m’émouvoir : une famille française à tra­vers deux guer­res mon­di­ales, Flam­mar­i­on, 2018, 320 p.,19.90 €/ ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑08–143759‑3

Lucie Tesnière, Madame vous allez m'émouvoirRien d’étonnant à ce que l’on trou­ve men­tion sur le site offi­ciel français « Mis­sion cen­te­naire » du réc­it que Lucie Tes­nière con­sacre à la vie de sa famille à par­tir des let­tres de Paul Cabouat, son arrière-grand-père. Ce fut le point de départ de cette quête qui a poussé une femme d’aujourd’hui à « tout arrêter » à l’âge de trente-trois ans – à Brux­elles, elle s’occupait alors de faciliter le développe­ment des éner­gies durables au niveau européen – pour se lancer dans des recherch­es à tra­vers le siè­cle et à tra­vers la France. Con­tin­uer la lec­ture

Tenir, revenir, raconter, commémorer

Un coup de cœur du Carnet

Andrée DUMON Nom de code : Nadine, Je ne vous ai pas oubliés – Lib­erté. 1945, Mols, 2018, 235 p., 22,9 €, ISBN : 978–2‑87402–239‑5

Je ne vous ai pas oubliésNée en 1922, Andrée Dumon a à peine dix-sept ans quand la guerre boule­verse son quo­ti­di­en. Mais pour une jeune femme déter­minée comme elle, pas ques­tion de se résign­er et d’attendre que la guerre se passe : elle veut s’engager con­tre l’ennemi. Jeune résis­tante, elle est de toutes les actions aux­quelles elle peut par­ticiper, par­fois aidée par ses traits encore enfan­tins, peu enclins à sus­citer la méfi­ance. Con­tin­uer la lec­ture

Michèle Fabien. Soulèvement des corps

Un coup de cœur du Carnet

Michèle FABIEN, Jocaste, Claire Lacombe, Berty Albrecht, post­face de Veroni­ka Mabar­di,  Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018, 176 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–403‑5

Michèle Fabien, JocasteJocaste, Claire Lacombe, Berty Albrecht… trois femmes que Michèle Fabi­en arrache au silence, celui de l’Histoire des hommes, des vain­queurs, trois femmes dont elle porte la voix comme un flam­beau éclairant les pas­sions humaines et les mythes, la roue du temps et l’avènement du nou­veau. Dra­maturge, femme de théâtre qui par­tic­i­pa à l’aventure de l’Ensemble Théâ­tral Mobile, fig­ure majeure du Jeune Théâtre belge dans les années 1970–1990, tra­duc­trice du théâtre de Pasoli­ni, Michèle Fabi­en (1945–1999) est l’auteure d’une œuvre ardente qui a renou­velé la scène du théâtre. Salu­ons Espace Nord de pour­suiv­re l’entreprise d’édition des pièces de Michèle Fabi­en. Après Char­lotte, Sara Z. et Notre Sade accom­pa­g­né d’une pré­cieuse lec­ture de Marc Quaghe­beur, ce vol­ume remar­quable­ment post­facé par Veroni­ka Mabar­di réu­nit trois textes qui réin­ter­ro­gent l’espace de la représen­ta­tion, l’émergence d’un corps porté par la let­tre et la réap­pro­pri­a­tion d’une vie, d’une parole, d’un nom, d’un sens. Con­tin­uer la lec­ture