Heureux qui comme Schliemann…

Michel CLAISE, La porte des lions, Luce Wilquin, 2018, 276 p., 20 €, ISBN : 9782882535511

Heureux qui comme Schlie­mann, fit de – très – nom­breux voy­ages et surtout de mul­ti­ples décou­vertes qui révo­lu­tion­nèrent l’archéologie. Voici, grossière­ment résumé, le sujet du neu­vième livre pub­lié par Michel Claise, indé­fectible­ment fidèle aux édi­tions Luce Wilquin.

Mais qui fut cet Hein­rich Schlie­mann, né en Alle­magne en 1822 ? Une pré­face nous explique d’emblée d’où vient le titre du roman, La porte des lions, et le des­tin excep­tion­nel de cet homme par­ti de qua­si rien, qui fit for­tune dans des affaires mul­ti­ples en pleine ruée vers l’or améri­cain ou dans la Russie des tsars, après des années d’errance et de mis­ère à Ham­bourg et Ams­ter­dam. Dès l’entame du réc­it, Claise s’attache à mon­tr­er que les grandes pas­sions trou­vent leur source dans l’enfance et, sin­gulière­ment en ce qui con­cerne Hein­rich Schlie­mann, dans les réc­its que lui fai­sait son père pas­teur à par­tir de L’Iliade. Il se pas­sion­na pour les civil­i­sa­tions anci­ennes et les langues au point d’en par­ler près de vingt (!), s’inscrivit sur le tard à la Sor­bonne, réus­sit avec suc­cès une thèse et res­ta dans l’Histoire comme le décou­vreur de la ville de Troie ain­si que les tré­sors de Mycènes. Une pré­face dont il eût été préférable à nos yeux de faire l’économie car elle nous fruste du plaisir de la décou­verte pré­cisé­ment.

Il sera égale­ment reçu à la Mai­son Blanche, se liera d’amitié avec l’empereur du Brésil, fera le pèleri­nage de La Mecque, pour ne citer que quelques-unes de ses étapes de globe-trot­ter. Il trou­vera le temps de se mari­er avec une Russe qui lui fera trois enfants sans amour, de divorcer et de vivre sur le tard un grand amour avec une Grecque ! Il écrira égale­ment des ouvrages savants et son auto­bi­ogra­phie, source de Michel Claise.

Dans une écri­t­ure sobre et clas­sique, celui-ci suit scrupuleuse­ment la chronolo­gie des faits, depuis les orig­ines de son héros jusqu’à sa mort. Un réc­it linéaire qui alterne sys­té­ma­tique­ment avec des épisodes de L’Iliade d’Homère placé à la fin de cha­cun des seize chapitres. Schlie­mann en con­nais­sait l’histoire par cœur : guerre de Troie, trahisons, meurtres intrafa­mil­i­aux, jalousies, inces­tes, com­plots cru­els et san­guinaires de la cour de Mycènes, mul­ti­ples héros : le roi Agamem­non, Ménélas, Thyeste, Atrée, Clytemnestre, Pâris, Achille, Pri­am, Ulysse bien sûr et Hélène…

Michel Claise imag­ine de la sorte que cet Alle­mand aux mul­ti­ples pas­sions a été porté par le même rêve que l’illustre Agamem­non : con­quérir Troie comme on réalise un rêve d’enfant. On le sent aus­si habité d’un espoir : don­ner aux lecteurs d’aujourd’hui le goût des clas­siques, Homère bien sûr, mais égale­ment Pla­ton, Sopho­cle, etc.