Le goût doux-amer des secrets de famille

Un coup de cœur du Car­net

Cather­ine BARREAU, La con­fi­ture de morts, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2020, 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑87489–591‑3

barreau la confiture de mortsDans ce roman d’apprentissage, nous suiv­ons Véra, jeune ado­les­cente entêtée et peu socia­ble, qui s’évade dès qu’elle en a l’occasion grâce à la lec­ture. Véra vit à Namur avec son père, un avo­cat renom­mé, dans une mai­son un peu délabrée, cam­pée au bas d’un coteau de la citadelle. L’obligation sco­laire et les mesquiner­ies des jeunes ado­les­centes de son école obscur­cis­sent le quo­ti­di­en de la jeune femme qui se ver­rait bien vivre en autar­cie avec son père, fig­ure com­plice et bien­veil­lante, avec qui elle partage de nom­breux traits.

L’écriture de Cather­ine Bar­reau entrelace avec une grande déli­catesse couleurs, sen­sa­tions, pen­sées, rêves et sou­venirs pour nous immerg­er dans le vécu de la nar­ra­trice. Les temps du réc­it se super­posent, comme dif­férentes couch­es simul­tanées qui com­posent le per­son­nage prin­ci­pal et l’établissent dans sa com­plex­ité. Véra est à la fois cette ado­les­cente un peu bornée à qui son père arrache une promesse du bout des lèvres un matin d’automne, cette jeune femme ayant com­mis un acte incom­préhen­si­ble et qui se retrou­ve plus ou moins con­tre son gré en étab­lisse­ment psy­chi­a­trique et cette per­son­ne presque apaisée et soucieuse de respecter la parole qu’elle a don­née jadis à son père qui monte dans le train en direc­tion de Mortepire.  

Car le réc­it s’articule tout entier autour d’un lieu : le hameau de Mortepire. Un endroit qui pour notre héroïne four­mille de sou­venirs d’enfance et qu’elle avait décidé d’éviter coûte que coûte. Mais à la mort de son père et suite à la promesse qu’elle lui avait faite quelques années plus tôt, elle est désor­mais tenue d’y retourn­er. Mortepire, pays à la croisée de la Gaume et de l’Ardenne, est superbe­ment décrit par l’autrice, qu’on sent éprise de cette belle région et de ses paysages. Dans ce hameau isolé se trou­vent des répons­es et l’explication du secret famil­ial auquel Véra ne sem­ble pas vouloir se con­fron­ter. Lors de ce retour tant dif­féré, l’héroïne va se heurter à la ques­tion de ses orig­ines.

Final­iste du prix Rossel et du grand prix du Roman de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture française de Bel­gique, La con­fi­ture de morts, livre mag­nifique et sub­til, paru juste avant le con­fine­ment de mars, avait jusqu’ici été privé de la recon­nais­sance qu’il mérite. Nous par­i­ons qu’un roman d’une telle intel­li­gence est appelé à séduire encore de nom­breux lecteurs…

Marie Bau­rins