Imaginer, raconter, méditer

Bernard CAPRASSE, La dérive des sen­ti­ments, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2022, 400 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782874896910

caprasse la derive des sentiments« La mort de Bar­bara fut un écroule­ment. Elle enténébra le cœur du cheva­lier, ombra son esprit, fis­sura son âme. »

Le livre de Bernard Caprasse, La dérive des sen­ti­ments, s’ouvre trag­ique­ment. L’épouse du cheva­lier Jean de Ster­pigny meurt en met­tant au monde l’enfant qu’ils attendaient avec une fer­veur heureuse.

La petite Héloïse est d’abord rejetée par son père, muré dans sa douleur. Mais, au fil du temps, elle se rap­proche de lui. Une affec­tion com­plice se noue entre Jean de Ster­pigny, qui se définit ironique­ment comme « un hobereau rivé à ses ter­res », un vaste domaine arden­nais entourant un manoir, et sa fille, née avec un pied bot qui ne l’empêche pas d’être agile et ne la tour­mentera que plus tard, sous le regard des autres : à l’école où ses condis­ci­ples la surnom­ment « boit­il­lon » ; au bal, où les danseurs se font rares.

Le cœur sage, ingénu, d’Héloïse s’enflamme pour Louis Tav­erneux, qui n’est pas de son monde, un marc­hand de bétail qui l’a hélée lors d’une foire à bes­ti­aux qu’elle se plaît à fréquenter. Ils se revoient. Elle frémit d’une vive émo­tion amoureuse, s’enchante d’une joie de vivre toute nou­velle. N’écoute pas les mis­es en garde (le seul hori­zon de Louis serait de faire for­tune, et son cœur est volage).

Héloïse, pre­mière héroïne du roman de Bernard Caprasse. Dans son sil­lage, nous croi­sons de nom­breux per­son­nages très con­trastés, par­mi lesquels l’attachant Bertrand, petit-fils du cheva­lier ; Char­lotte, sa bien-aimée, généreuse, idéal­iste.

Un roman touf­fu, foi­son­nant, qui brasse les car­ac­tères, les événe­ments, les révéla­tions, les machi­na­tions aus­si, les drames… 

Mais s’éclaire de nota­tions fines, de descrip­tions limpi­des. « Le ter­rien de son côté aimait à prof­iter de la patience des arbres. » « Il ne neigeait plus. Le soleil arro­sait les champs dont la blancheur retour­nait vers l’infini une lumière cristalline.» Et ne craint pas des médi­ta­tions orig­i­nales et sagaces.

« Fuir est un enfer­me­ment. Sans répit, le fugi­tif est aux aguets. Il craint d’être recon­nu, red­oute les trahisons, apprend des bruits, scrute les vis­ages, se méfie de ce qui dans l’air paraît anor­mal et plus encore des calmes trompeurs. »

«  Elle choisir­ait son des­tin, seule, libre, déter­minée. Mais il arrive que ce soit le des­tin qui choi­sisse pour vous.»

Francine Ghy­sen

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