Dans le giron d’un livre gigogne

Un coup de cœur du Car­net

aNNe HERBAUTS, Ma matri­ochka, Cast­er­man, 2022, 11 p., 11,90 €, ISBN : 9782203236646

herbauts ma matriochkaLe dernier livre d’aNNe herbauts épouse la forme d’une matri­ochka, dont il porte le joli nom. Pour réalis­er cet éton­nant tout car­ton, l’autrice-illustratrice belge s’est amusée à adapter d’autres car­ac­téris­tiques d’une poupée russe. Comme le jou­et en bois, le livre est séparé en une par­tie supérieure, dont les pages s’ouvrent vers le haut, et une inférieure, dont les pages s’ouvrent vers le bas. Ain­si, elles peu­vent se feuil­leter indépen­dam­ment les unes des autres, à la manière d’un livre méli-mélo, ce qui offre aux lecteurs la pos­si­bil­ité de créer autant de lec­tures que les règles de prob­a­bil­ité le per­me­t­tent, soit une abon­dance d’interprétations, ou, s’ils le préfèrent, de suiv­re une lec­ture linéaire qui s’avère riche en sens et d’une grande cohérence poé­tique. Ce fonc­tion­nement ludique sied par­ti­c­ulière­ment à cet objet en forme de jou­et : non seule­ment il mime une poupée gigogne et son fonc­tion­nement, mais il en a l’apparence solide. En effet, l’objet est en car­ton épais, résis­tant aux manip­u­la­tions des petites mains.

La matri­ochka d’herbauts accueille tout un monde dans son giron. Les pages devi­en­nent des per­son­nages qui se suc­cè­dent, s’emboitent les uns dans les autres : matri­ochka, chat mous­tachu, souris, bis­cuit, du plus grand au plus petit. Mais on y trou­ve aus­si… un noy­au d’abricot, un arbre, un escar­got, et puis… un choco­lat chaud, un nuage, la lune, la galette… Les vis­ages rond et souri­ants, aux joues rouges, se par­ent d’imprimés fleuris ou de petits car­reaux. Les illus­tra­tions, très acces­si­bles aux plus petits, mêlent les tech­niques pour com­pos­er une ambiance accueil­lante, joyeuse et col­orée. Le minus­cule, le très grand, le dedans, le dehors, autant de décou­vertes qui se cachent dans Ma matri­ochka ! Et ce n’est pas un hasard si l’on entend ma-ma dans le titre : la matri­ochka est une fig­ure mater­nelle, et le livre est lui-même dédié « aux mamans ». On décou­vre au fil des pages l’idée d’une mater­nité généreuse, qui nour­rit et comble, mais qui s’ouvre en out­re comme une boite, un con­tenant qui offrirait un cadre ras­sur­ant dans lequel évoluer.

Invi­ta­tion au jeu, hom­mage aux mamans, objet déli­cieux offrant des inter­pré­ta­tions poé­tiques, ce livre joyeux est à lire et relire dès deux ans et demi, et bien après.

Fan­ny Deschamps

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